Lui :
Un ex-policier tombe amoureux d’une charmante prostituée et va tout faire pour la pousser à abandonner son métier. Irma La Douce est l’adaptation d’une comédie musicale française qui avait eu un certain succès à Broadway. Billy Wilder a choisi de l’adapter en comédie pure, c’est-à-dire en enlevant toutes les chansons. Hélas, il n’est pas parvenu à trouver le bon rythme. Le film semble beaucoup trop long, avec certes de nombreux bons moments de comédie mais c’est le côté plutôt fleur bleue de cette histoire qui ressort le plus et le film semble souvent s’enliser. Jack Lemmon nous fait pourtant un beau numéro, son travestissement en lord anglais de bonne famille est assez brillant. Le Paris de carton-pâte, avec sa collection de clichés sur les français, est plutôt amusant ; le technicolor assez criard le rend encore plus pittoresque. Plus court, on peut imaginer ce que le film aurait pu être plus enlevé. Tel qu’il est, Irma La Douce paraît bien loin des meilleures comédies de Billy Wilder.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Dans les années de la Grande Dépression, un journaliste (Rock Hudson) rencontre un pilote, ancien héro de la Guerre de 14-18 reconverti dans les cascades aériennes (Robert Stack), sa femme (Dorothy Malone) et son mécanicien (Jack Carson). Rapidement, il en vient à mieux les connaître et découvrent leurs relations difficiles. Ce scénario est adapté du roman Pylône de William Faulkner que Douglas Sirk a adapté en grand mélodrame, tout à fait dans la lignée de ses films des années 50 si ce n’est que celui-ci est en noir et blanc. L’incertitude, les sentiments non exprimés, le mal de vivre qui trouve son exutoire dans une passion dévorante pour les avions et la recherche du danger, tels sont les grands thèmes de La Ronde de l’Aube. Une fois de plus, le film paraît littéralement plombé par Rock Hudson (même s’il paraît à quelques moments un peu plus convaincant que d’habitude, comme lors de son monologue à son journal vers la fin du film) et le jeu rigide de Robert Stack n’arrange rien. Dorothy Malone livre en revanche une belle interprétation de son personnage, le seul qui ait un peu de force. Le fait que tous les personnages soient habillés à la mode de 1958 alors que l’histoire se déroule au tout début des années 30 ne contribue guère à la crédibilité de l’ensemble. Les scènes de courses aériennes sont filmées de façon très efficaces ; elles sont assez remarquables.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui : Les amants du Capricorne apparaît comme un film plutôt surprenant dans la filmographie d’Alfred Hitchcock. Alors qu’il s’est fait une solide réputation de maître du suspense, le réalisateur tourne un film en costumes, sans intrigue policière marquée, un film qu’il produit lui-même. Dans l’Australie de 1830, un jeune gentleman irlandais rencontre un ancien forçat qui a fait fortune et sa femme qu’il a jadis connue. Celle-ci est la proie de terreurs qui semblent irraisonnées. Point de suspense donc mais un drame doté d’une grande profondeur, sur la culpabilité, le remords, l’amour et l’esprit de sacrifice. Le film fut un énorme échec (1), Alfred Hitchcock avouera lui-même regretter de l’avoir tourné, disant qu’il avait été obnubilé par sa volonté de faire tourner Ingrid Bergman qui était à l’époque l’une des actrices les plus recherchées (2). Les raisons de cet échec commercial sont toutefois plutôt inhérentes à l’aspect atypique du film pour Hitchcock car la seule faiblesse que l’on puisse reprocher au film se situe certainement du côté du scénario qui paraît un peu bâclé vers la fin. Hormis cela, Les amants du Capricorne est un beau film qui parvient à restituer la formidable tension interne de ses personnages. Le film est aussi connu pour ses longs plans-séquences, des plans de plusieurs minutes sans aucune interruption, qui mettaient les acteurs sous pression mais qui permettent d’obtenir une belle fluidité.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Le film fut même racheté par la banque qui avait avancé l’argent de la production. Le film fut donc fatal à la Transatlantic Pictures, la compagnie d’Alfred Hitchcock, qui n’aura ainsi produit que deux films : La Corde et Les amants du Capricorne.
(2) C’est notamment ainsi qu’il parle du film dans ses entretiens avec François Truffaut dans les années 60. Il faut dire que la critique en général n’a guère été tendre avec le film (à part Les Cahiers du Cinéma dans les années 50 qui a même classé le film parmi les 10 meilleurs films de tous les temps). Dans son autobiographie, Ingrid Bergman évoque à peine le film. Joseph Cotten, quant à lui, parle du film en des termes peu élogieux (il l’appelle « under corny crap« ). Ils ont tort…
Une anecdote célèbre : un soir de tournage, Ingrid Bergman a commencé à se plaindre auprès de Hitchcock des conditions de tournage. Hitchcock, n’étant pas du genre à argumenter avec les acteurs et encore moins à se mettre en colère, a quitté la pièce sans bruit et Ingrid Bergman a continué à se plaindre dans le vide pendant de longues minutes…
Lui :
Chef de chantier dans une entreprise de construction, Doug n’a pas assez de temps pour remplir toutes ses obligations professionnelles et familiales. Un mystérieux scientifique lui propose de créer un clone de lui-même qui ira travailler à sa place… Ce scénario constitue certes une bonne base pour une comédie mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Visiblement tout l’effort a été mis sur les effets spéciaux qui permettent d’avoir Michael Keaton plusieurs fois sur la même image au détriment des personnages eux-mêmes. Tous les seconds rôles semblent bâclés, y compris celui tenu par Andie McDowell et Mes doubles, ma femme et moi se révèle être plutôt un one-man-show de Michael Keaton. le film offre de bons moments mais semble globalement trop retenu pour être vraiment amusant.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « People will talk »
Autre titre : « Le mystérieux Dr Praetorius »
Elle :
(pas vu)
Lui :
Du fait de sa vision peu conventionnelle mais très humaniste de la médecine, un brillant docteur est jalousé par un de ses collègues qui a juré sa perte. Pendant que l’on fouille dans son passé, le docteur tombe amoureux de l’une de ses patientes. On murmure dans la ville semble ainsi bâti sur une double trame de scénario dont les chemins vont s’entremêler. Cary Grant sait donner de la profondeur à son personnage, optant pour un jeu assez retenu tout en gardant beaucoup de présence. Le film repose aussi sur de beaux seconds rôles, avec notamment Finlay Currie dans un rôle de butler pittoresque et impassible et Walter Slezak plein de bienveillance. On a reproché parfois au film son côté un peu bavard et ses bonnes intentions trop évidentes mais il faut le replacer dans son époque, en pleine vague du maccarthysme. On murmure dans la ville apparaît alors comme un subtil plaidoyer contre l’intolérance ce qui lui donne une tout autre dimension. Mankiewicz a déclaré que People will talk était son film préféré.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Autres versions :
Le film est adapté d’une pièce de Curt Goetz qui avait déjà été portée à l’écran : Frauenarzt Dr. Prätorius (1950) de l’allemand Karl Peter Gillmann assisté de l’auteur lui-même (à noter qu’il s’agit du premier film ouest-allemand sorti après la guerre).
Kurt Hoffman tournera une nouvelle version en 1965 : Dr. med. Hiob Prätorius.
Lui :
Le règne du roi d’Angleterre Henri VIII constitue depuis toujours un riche creuset pour la littérature et le cinéma. Deux sœurs pour un roi est l’adaptation d’une série de romans « Les Tudors » dans lequel l’auteur Philippa Gregory n’hésite à donner des coups de pouce à l’Histoire pour pimenter son récit. Cinématographiquement, cette prétendue compétition entre Anne Boleyn et sa sœur Mary permet de mettre deux grandes stars face à face et de faire froufrouter tout ce petit monde dans des costumes (superbes ceci dit) de l’époque. Dès les premières minutes, Deux sœurs pour un Roi montre tous les atours du film historique à grand spectacle, avec moult mouvements de camera et musique épique très présente. Les personnages sont très typés pour relever l’intrigue et créer des oppositions marquantes. Malgré une assez belle prestation de Natalie Portman, plutôt convaincante de son rôle d’intriguante, Deux soeurs pour un Roi se présente donc comme un film particulièrement formaté.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « Sunrise: A song of two humans »
(Film muet) En 1926, Friedrich Wilhelm Murnau quitte son Allemagne natale pour venir s’installer aux Etats-Unis. L’Aurore est son premier film à Hollywood. Grâce au succès aux Etats-Unis de son précédent film Le dernier des hommes, la Fox met alors à sa disposition de très gros moyens. Le réalisateur a parfaitement su les utiliser, L’Aurore étant finalement un film assez allemand où l’inspiration du cinéaste reste intacte. L’histoire est simple et proche de nous, « l’histoire de deux êtres humains » (1). C’est Carl Meyer qui a écrit cette adaptation d’une nouvelle de Hermann Sudermann : séduit par une touriste venue de la ville, un jeune fermier envisage de tuer sa femme pour laquelle il avait un amour profond. L’Aurore forme un ensemble parfait où tout semble fonctionner en harmonie. La photographie et les éclairages sont absolument superbes, de nombreuses scènes sont de véritables tableaux qui forcent l’admiration, non seulement dans les scènes se situant à la campagne, ou sur le lac, mais aussi dans la grande ville. La mobilité de la caméra est permanente, toujours avec une grande délicatesse, les superpositions (faites pour la plupart directement sur le négatif avec des caches) forment des effets parfaitement fondus et particulièrement expressifs. Les scènes urbaines, entièrement recréées en studio, sont assez grandioses, vertigineuses même. Le jeu des acteurs est très expressif, d’une force rare. Quelques pointes d’humour viennent compléter cet ensemble. L’Aurore est l’un des plus beaux films muets, probablement le plus beau. Malgré de très bonnes critiques, le film fut pourtant un échec commercial dont Murnau ne se releva pas. L’engouement pour le cinéma parlant naissant a desservi les films muets dès 1927 (2). Nous sommes là à la fin d’une époque. Quel dommage car, s’il y a un film qui mérite d’être qualifié d’oeuvre d’art, c’est bien L’Aurore de Murnau.
Note :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) C’est le sous-titre du film.
En préambule, Murnau définit ainsi son film : « Ce chant de l’Homme et la Femme est de nulle part et de partout, on pourrait l’entendre n’importe où, à n’importe quelle époque. Partout où se lève et se couche le soleil, dans le tourbillon des villes ou dans le plein air d’une ferme, la vie est toujours la même, tantôt amère, tantôt douce, avec ses rires et ses larmes, ses fautes et ses pardons. » (Le dernier carton manque sur certaines copies du film, le texte s’arrêtant ainsi abruptement à « tantôt douce »).
(2) Seulement quinze jours séparent la première du film Le chanteur de jazz de celle de L’Aurore. A noter toutefois que L’Aurore est le premier film avec le système Movietone de la Fox qui permettait de placer une musique sur la pellicule elle-même, système qui deviendra un futur standard.
Versions :
Les négatifs originaux ont été perdus lors d’un incendie en 1937. La version la plus courante actuellement est la version Movietone de 95 minutes environ. On peut aussi trouver dans un coffret DVD (Fox Box Set), une version plus longue, 106 minutes, issue d’une copie d’origine tchèque. Un coffret HD avec les deux versions est sorti fin 2010.
Remake : Le voyage à Tilsit (Die Reise nach Tilsit) de l’allemand Veit Harlan (1939). Le voyage à Tilsit est le titre de la nouvelle de Hermann Sudermann.
Homonymes (sans autre rapport avec le film de Murnau que le titre) : Aurore de Luc Dionne (2005) avec Marianne Fortier Aurore de Nils Tavernier (2006) avec Margaux Châtelier et Carole Bouquet.
Lui :
Après avoir exécuté un contrat, un tueur à gages solitaire tente de retrouver les commanditaires qui l’ont doublé. Adaptation d’un roman de Graham Greene, This gun for hire, Tueur à gages, est souvent cité comme l’un des tous premiers films noirs de la décennie quarante. L’histoire est en fait à mi-chemin entre le policier et l’espionnage ; le film est tourné en pleine guerre et, sans rien dévoiler de l’intrigue, disons qu’il y est question de cinquième colonne. Toute la force du film vient du personnage principal, un tueur solitaire et froid qui attire tout de même la sympathie par les petites touches qui permettent de réaliser que sous le désespoir, il y a une bonne part d’humanité en lui. Le film fut un formidable tremplin pour la carrière d’Alan Ladd, le « tueur au visage d’ange », et de l’envoûtante Veronica Lake dont la chevelure est blonde est superbement mise en valeur par la photographie noir et blanc et les éclairages assez contrastés. Les deux acteurs forment un séduisant duo qui fut largement réutilisé par la Paramount. A noter également, les petites touches de psychanalyse qui commencent à faire leur apparition, annonciatrices de la vogue qui naîtra après la fin de la guerre. En plus de son beau suspense, Tueur à gages est donc un film intéressant à plus d’un titre.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remakes :
* James Cagney a réalisé en 1957 (c’est sa seule réalisation) une copie absolument conforme, plan par plan : A deux pas de l’enfer (Short cut to Hell).
* Le personnage interprété par Alan Ladd dans Tueur à gages a très fortement inspiré Jean-Pierre Melville pour Le Samouraï : Alain Delon en tueur froid et solitaire qui nourrit son canari est la réplique d’Alan Ladd qui recueille un petit chat.
Homonymes : Tueurs à gages (Intent to kill) de Jack Cardiff (1958) Les tueurs à gages (Camorra) de l’italien Pasquale Squitieri Tueurs à gages (Grosse Point Blank) de George Armitage (1997) avec John Cusack Tueur à gages (Killer) de Darezhan Omirbayev (Kazakhstan) (1998)
Lui :
Sur les indications d’un mystérieux informateur, un jeune journaliste (Patrick Dewaere) se lance dans une enquête qui va le mener jusqu’aux portes d’une multinationale. Mille milliards de dollars (c’est le chiffre d’affaires annuel des 20 plus grosses sociétés mondiales) est un film politique très efficace. En grand spécialiste du cinéma populaire de qualité, Henri Verneuil fait évoluer son scénario avec une superbe maîtrise et maintient l’attention de façon constante par un suspense parfaitement dosé. Patrick Dewaere, ici dans l’un de ses tous derniers rôles, montre beaucoup de maturité dans son jeu, assez retenu et complet. Le propos est toujours aussi actuel.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
1. La multinationale G.T.I. du film Mille milliards de dollars présente de très grandes similitudes avec I.T.T., énorme multinationale (aujourd’hui démantelée) aux multiples ramifications économiques et politiques assez obscures.
2. Le générique du film mentionne deux livres comme source d’inspiration :
“Mille milliards de dollars” de Robert Lattès (1969)
“False Font” (“Gare à l’intox”) de Lawrence Meyer (1979)
Il omet de mentionner une troisième source, sans doute par crainte de poursuites d’ITT :
“The Sovereign State of ITT” de l’anglais Anthony Sampson (1972), livre qui a mis en perspective tout l’opportunisme de cette multinationale, à commencer par cette rencontre entre le président d’ITT et Hitler dès son arrivée au pouvoir en 1933 (pendant toute la Seconde Guerre Mondiale, ITT a été ensuite fournisseur d’armes et de matériel des deux camps).