30 novembre 2010

Amère victoire (1957) de Nicholas Ray

Titre original : « Bitter Victory »

Amère victoireLui :
En 1943, l’état major britannique en Lybie envoie un petit commando s’emparer de documents militaires allemands. Il place à sa tête le major David Brand, un militaire de carrière qui n’a pas vraiment d’expérience du combat (Curt Jürgens), secondé par le capitaine Leith (Richard Burton), archéologue de profession. Les deux hommes se connaissent mais ne s’estiment guère, tous deux étant de tempéraments opposés et amoureux de la même femme. Face au danger, Brand fait preuve de lâcheté et Leith doit agir à sa place, ce qui ne fera que renforcer la rivalité pendant le long et périlleux trajet de retour dans le désert. L’histoire d’Amère Victoire, adaptée d’un roman à succès de René Hardy (1),Amère victoire met en relief la façon dont les vraies personnalités se dévoilent entièrement face au danger. Nicholas Ray retranscrit parfaitement cette opposition de caractères somme toute très humains. Sous la surface, chacun a des contradictions qu’il ne parvient pas toujours à gérer. Belle mise en scène de Nicholas Ray avec un jeu d’acteurs très retenu et parfaitement contrôlé. L’image est un beau noir en blanc en cinémascope qui magnifie les grandes étendues du désert.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Richard Burton, Curd Jürgens, Ruth Roman, Raymond Pellegrin
Voir la fiche du film et la filmographie de Nicholas Ray sur le site IMDB.
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(1) René Hardy est un ancien résistant, soupçonné d’être responsable de l’arrestation de Jean Moulin et sept autres grands résistants en juin 1943 mais, en l’absence de preuves suffisantes, n’a jamais été condamné. Après la guerre, il a écrit plusieurs livres qui ont rencontré un certain succès.

Remarques :
Amère Victoire est une production française : les producteurs sont Paul Graetz et l’éditeur Robert Laffon. S’il fut, bien évidemment, tourné en anglais, il s’agit donc bien d’un film français.

29 novembre 2010

Une femme a passé (1928) de René Jayet

Une femme a passéLui :
(Film muet) Une femme a passé est un film très méconnu qui, heureusement, a été récemment restauré. Il s’agit du premier long métrage du réalisateur français René Jayet, réalisateur qui s’est hélas illustré par la suite avec des films marqués d’un comique pas toujours très fin… Mais, rien de tel dans ce premier film, bien au contraire. Il s’agit d’un grand drame de la jalousie dans le monde des mariniers, une histoire de femme fatale. La plus grande partie du film se déroule sur une péniche (nous sommes, notons-le, six ans avant L’Atalante de Jean Vigo) et ce lieu clos exacerbe bien entendu les tensions. L’environnement et l’atmosphère générale sont très populaires ; René Jayet montre là une indéniable influence de l’expressionisme allemand. Les gros plans sur le décor ou sur une partie de la scène sont toujours très réalistes, on sent presque la poussière. Certains gros plans sur les visages sont assez remarquables. Une femme a passé est un film qui mérite d’être découvert.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Suzanne Talba, Camille Bardou, Gilbert Périgneaux, Gaby Dary
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27 novembre 2010

Max veut faire du théâtre (1911) de René Leprince et Max Linder

Max veut faire du théâtreLui :
(Muet, 12 mn) Max veut faire du théâtre et n’a donc aucune envie de se marier. Son père le force à rencontrer une jeune fille qui serait un beau parti. En réalité, celle-ci n’a aucune envie de se marier car elle nourrit les mêmes ambitions. Tous deux vont faire en sorte de se montrer le plus laid possible pour rebuter l’autre. Il y a de bonnes trouvailles et l’humour fonctionne bien, grandement basé sur les mimiques et les manières de nos deux tourtereaux. La fin repose sur un faux-semblant amusant.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Max Linder, Jane Renouardt
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27 novembre 2010

Max célibataire (1910) de Max Linder

Max célibataireLui :
(Muet, 8 mn) A la suite d’une petite querelle de ménage, la femme de Max retourne chez sa mère. Il se voit contraint de faire les tâches ménagères ce qui ne va pas se passer sans casse… Il faut bien avouer que cet humour qui repose sur les maladresses d’un homme forcé de faire la vaisselle, la cuisine ou les courses fonctionne beaucoup moins bien aujourd’hui. La toute dernière partie où Max retourne toute la maison pour trouver sa cravate est toutefois assez amusante.
Note : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Max Linder
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Remarques :
Le nom du réalisateur n’est pas connu de façon certaine.

24 novembre 2010

Les pirates du rail (1938) de Christian-Jaque

Les pirates du railLui :
A la frontière chinoise, la ligne de chemin de fer du Tonkin est souvent attaquée par des pirates et des groupes qui cherchent à prendre le pouvoir. A la tête de la concession, un groupe de français est en danger permanent. En cette fin des années trente, l’orientalisme et l’exotisme étaient à la mode et avec ces Pirates du Rail, Christian-Jaque tente de profiter de cette vogue. L’intrigue est confuse, un peu simplette, l’histoire étant tirée d’un feuilleton paru dans un grand journal du soir. Elle n’est pas très crédible non plus. Erich von Stroheim campe… un chinois qui a fait West Point (!), Marcel Dalio ne semble peu convaincu de son personnage de marchand d’armes, Charles Vanel se démène pour donner un peu de vraisemblance à l’ensemble.
Note : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Charles Vanel, Suzy Prim, Erich von Stroheim, Marcel Dalio, Simone Renant
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23 novembre 2010

L’empreinte (2008) de Safy Nebbou

Titre original : « L’empreinte de l’ange »

L'empreinte de l'angeLui :
A la fin de L’Empreinte, on se dit qu’une telle histoire est vraiment improbable et c’est à ce moment précis qu’un carton précise qu’elle est inspirée d’un fait réel (survenu aux Etats-Unis). En allant chercher son fils dans un anniversaire, une mère de famille aperçoit une fillette et paraît profondément troublée. Elle se met à l’espionner pour trouver où elle habite sans que l’on comprenne tout d’abord ses motivations. Comme souvent, il est préférable d’en savoir un minimum avant de voir ce film car tout l’art de Safy Nebbou est de ne dévoiler que lentement les motivations de son héroïne. Nous la voyons se mettre en chasse, patiente et obstinée. Le réalisateur parvient à créer une tension qui, si elle est légère, se maintient tout au long du film et nous ne savons plus qui ou quoi croire. Très belle interprétation, riche et complexe, de Catherine Frot (que le grand public connaît surtout par ses rôles comiques alors qu’elle a déjà prouvé maintes fois qu’elle avait un registre plus large). Malgré la présence de Sandrine Bonnaire, Catherine Frot domine le film, elle en est le pivot central. Toute cette histoire est d’ailleurs vécue par les yeux de son personnage. Au final, L’Empreinte est un très bon suspense psychologique français.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Catherine Frot, Sandrine Bonnaire, Wladimir Yordanoff, Antoine Chappey, Michel Aumont
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Remarques :
* Par décision de justice du début 2010, le film doit dorénavant porter le titre L’empreinte. Le titre initial L’empreinte de l’ange est en effet celui d’un livre de Nancy Houston.
* L’ « empreinte de l’ange » désigne la partie creuse située entre la bouche et le nez, plus ou moins marquée selon les personnes. D’après une légende, juste avant la naissance, un ange viendrait poser son doigt sur notre bouche, comme pour faire silence, afin que nous puissions oublier le paradis dont on vient et accepter de naître.

Homonyme :
L’empreinte de David Mathieu-Mahias (2004), moyen-métrage avec Michael Lonsdale

22 novembre 2010

La frontière de l’aube (2008) de Philippe Garrel

La frontière de l'aubeLui :
Ce qui frappe en premier, à la vision de La frontière de l’aube, c’est sa superbe photographie en noir et blanc. Elle est signée William Lubtchansky, grand directeur de la photographie français dont ce sera hélas le dernier film puisqu’il est décédé en mai 2010. Pas un plan qui ne soit parfaitement composé avec un superbe éclairage qui va souvent près des limites. Un grand plaisir pour l’œil… heureusement, car il n’en est pas de même sur le contenu : cette histoire d’amour fou au-delà de la mort apparaît assez ennuyeuse. On peut bien entendu évoquer l’hommage, ou les références, au cinéma muet qui était, il est vrai, un beau vecteur pour ce genre d’histoires. Mais, comparativement, La Frontière de l’Aube manque singulièrement de force. Il eut fallu que ses personnages donnent l’impression de s’élever, de transmettre au spectateur leurs sentiments et leur passion. Ni Louis Garrell ni Laura Smet ne semblent avoir cette capacité. Par leur jeu, ils s’enferment dans leur histoire dont nous ne sommes que spectateur. Le film a toutefois des moments de fulgurance : la scène où l’on assiste à l’une de leurs discussions tourmentées avec un très gros plan sur les yeux de Laura Smet est superbe par son intensité. A noter également, la très belle musique, sobre et pure, de Jean-Claude Vannier avec Didier Lockwood au violon.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Louis Garrel, Laura Smet, Clémentine Poidatz
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17 novembre 2010

Le voyage à travers l’impossible (1904) de Georges Méliès

Le voyage à travers l'impossibleLui :
Devant l’immense succès de son film Le Voyage dans la Lune qu’il a réalisé deux ans plus tôt, Méliès décide de lui donner une suite. Après la lune, c’est au tour du soleil d’être la destination d’une expédition fantastique. L’histoire est (très) librement adaptée d’une pièce de Jules Verne qui porte le même nom. L’ingénieur Mabouloff et ses collègues de la « Société de Géographie Incohérente » construisent un véhicule révolutionnaire : l’automabouloff intersidéral. Ils se rendent dans les Alpes pour trouver un grand plan incliné qui servira de rampe de lancement. Après un rapide voyage, ils parviennent sur la surface du soleil (!) où ils sont obligés de s’enfermer dans une grande glacière… Le voyage à travers l'impossible Ils reviennent sur terre avec un engin submersible qui tombe au fond d’un océan avant qu’une pieuvre géante ne cause une explosion dans la salle des machines qui les fait revenir de force à la surface. Il faut bien avouer qu’à la première vision, l’histoire n’est pas toujours très facile à comprendre sans les commentaires qui étaient dits à l’époque par un bonimenteur sur place. De plus, certaines actions sont montrées deux fois (1). Le Voyage à travers l’Impossible reprend globalement la succession d’évènements du Voyage dans la Lune (conférence, construction, départ, court séjour sur place, retour dans la mer) mais l’ensemble apparaît un peu plus confus. Méliès met beaucoup plus d’humour : tout est prétexte à gesticulations diverses et à la farce, aucune séquence n’est vraiment sérieuse. Il est, probablement pour cette raison, beaucoup moins poétique que son prédécesseur. Le Voyage à travers l’Impossible est plus développé et plus long ; en 1904, c’est le plus long film jamais produit. Méliès vend des copies coloriées à la main. Une fois de plus, Méliès va plus loin que tout autre… il continue de « créer » le cinéma.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Georges Méliès
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(1) Par exemple, lorsque les savants arrivent dans les Alpes par train, nous les voyons descendre du wagon depuis l’intérieur. Ensuite, nous voyons le train arriver en gare à nouveau (mais, cette fois, vu de l’extérieur) et les voyageurs descendre du train. Cette façon de montrer deux fois des actions importantes était une convention dans certains spectacles populaires. Cette pratique sera abandonnée quelques années plus tard.

Remarques :
* Méliès tient lui-même le rôle de l’ingénieur Mabouloff.
* Une fin additionnelle de deux minutes aurait été mise à la disposition des exploitants (moyennant supplément). Une copie de cette fin allongée aurait été redécouverte il y a peu.

16 novembre 2010

Le sang d’un poète (1930) de Jean Cocteau

Le sang d'un poèteLui :
Financé par le vicomte Charles de Noailles (qui a également produit L’Âge d’or de Luis Buñuel), le premier film de Jean Cocteau est un moyen métrage de 49 minutes qui nous plonge dans une sorte de rêve illustrant la difficulté de la création et les errements du poète. On retrouve dans Le Sang du Poète certains symboles et thèmes qui sont chers à Cocteau, les corps, le miroir-porte vers une autre réalité, la mort. Cocteau joue beaucoup avec les trucages, utilisant pleinement les possibilités techniques de l’époque pour créer des images surréalistes, à la fois fortes et belles (le film a toutefois été source de querelles entre Cocteau et les surréalistes). Le Sang d’un poète est souvent présenté comme le film le plus personnel de Cocteau dans la mesure il s’est « portraituré » lui-même, pour reprendre sa propre expression. Le titre initialement prévu était même « La vie d’un poète ».
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Enrique Rivero, Elizabeth Lee Miller, Pauline Carton, Odette Talazac
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7 novembre 2010

La fée aux choux (1900) de Alice Guy

La fée aux chouxLui :
(Muet, 1 minute) Dans un jardin féérique planté de choux géants, une gracieuse fée cueille des nouveau-nés et vient les poser à l’avant-plan. Depuis qu’elle fut redécouverte, cette petite fantaisie d’Alice Guy a souvent été datée de manière incorrecte de 1896 et présentée comme étant le premier film doté d’un scénario inventé (avec l’Arroseur arrosé qui est de la fin 1895) (1). Comme nous le montre l’excellent coffret édité par Gaumont, La Fée aux Choux aurait été en réalité réalisé par Alice Guy en l’an 1900, date qui paraît bien plus cohérente avec sa filmographie. Alice Guy est, avec les frères Lumière et Georges Méliès, l’un des trois grands pionniers du cinéma. Qu’elle ait été longtemps occultée dans les histoires du cinéma est une grande injustice.
Sage-femme de première classe Alice Guy a par la suite tourné plusieurs variantes de la Fée aux Choux dont l’étonnant Sage-femme de première classe (1902) parfois décrit à tort comme un remake ou même confondu avec l’original (2). Il s’agit d’une petite fantaisie de 4 minutes, bien plus élaborée, où l’on voit un jeune couple aller chez… une marchande de bébés ! Comme aucun des bébés exposés ne leur convient, la marchande les fait entrer dans la réserve, un jardin plein de choux géants et commence à leur montrer les différents modèles en les cueillant derrière les choux pour les étaler au premier plan sur une couverture comme une vulgaire marchandise. Les nourrissons sont de vrais bébés (on les voit brailler à plein poumons). Le couple finit par faire son choix, paye et repart avec son nouveau-né. Il y a de quoi choquer nos esprits modernes mais l’ensemble reste charmant, d’une grande fraîcheur et surtout plein d’humour.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs:
Voir la fiche du film et la filmographie de Alice Guy sur le site IMDB.
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(1) Les Frères Lumière filmaient essentiellement des scènes de la vie et non des histoires inventées : l’arrivée d’un train, une sortie d’usine, etc… Méliès, de son côté, débutera en 1896. Les premiers films d’Alice Guy dateraient de 1897.
(2) Ces imprécisions ont été engendrées par les déclarations d’Alice Guy dans les années 50 et 60 qui a présenté ce film comme étant son tout premier en le datant de 1896.

A voir aussi : Une conférence de Maurice Ginati à la Cinémathèque Française le 13/03/2011 où l’historien-chercheur place Sage Femme de Première Classe (1902) comme étant le premier film d’Alice Guy. Sa conférence est assez passionnante car il retrace au passage l’évolution des matériels, la construction des studios Gaumont…