9 janvier 2011

Le passage du Rhin (1960) de André Cayatte

Le passage du RhinLui :
Le passage du Rhin nous fait suivre le parcours de deux français aux tempéraments opposés pendant la Seconde Guerre mondiale. Tous deux sont faits prisonniers dès le début de la guerre et envoyé travailler dans des fermes allemandes. L’un est un journaliste qui se bat par idéal pour défendre la Liberté, l’autre est un pâtissier qui subit un peu sa vie. On comprend aisément que le film d’André Cayatte ait pu désarçonner à sa sortie : il prend le contrepied de l’image classique du héros et, en outre, montre la guerre vue du côté allemand. Pour ne rien arranger, il montre aussi une certaine collaboration ordinaire. Le Passage du Rhin a effectivement souvent été critiqué pour son « propos discutable ». Avec le recul, on s’aperçoit que le propos du cinéaste est surtout profondément humaniste. Charles Aznavour se révèle une fois de plus étonnant par la justesse de son interprétation. Avec Tirez sur le Pianiste (1), ce film contribuera à montrer au grand jour ses qualités d’acteur. En réalité, le seul reproche que l’on puisse faire à ce Passage du Rhin est sa construction un peu brouillonne : Cayatte saute parfois d’une scène à l’autre sans liaison et c’est à nous de combler les trous…
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Charles Aznavour, Nicole Courcel, Georges Rivière, Cordula Trantow
Voir la fiche du film et la filmographie de André Cayatte sur le site IMDB.

(1) Il est amusant qu’Aznavour ait enchaîné les deux films car on ne peut pas dire que Cayate ait été un cinéaste très apprécié par la Nouvelle Vague…!

4 janvier 2011

La foire aux chimères (1946) de Pierre Chenal

La foire aux chimèresLui :
La foire aux chimères est un petit bijou qui a été oublié pendant quarante ans pour être redécouvert dans les années quatre-vingt. C’est à la fois un mélodrame et un film policier qui repose sur un scénario riche et complexe, même s’il est plutôt improbable. Un brillant graveur de billets de banque (officiels) est l’objet de moqueries car il a été défiguré par un accident. Solitaire, il rencontre dans une foire une jeune femme aveugle d’une grande beauté qu’il épouse et couvre d’attentions assez coûteuses… Au-delà du caractère policier de l’intrigue, c’est le traitement que fait Pierre Chenal qui fait tout l’attrait de La Foire aux Chimères. L’atmosphère est étrange, à la frontière de l’irréel ou du conte de fées, une atmosphère souvent épaisse, parfois légère, s’appuyant sur des décors habilement cadrés. De nombreuses scènes sont des petites merveilles. Eric von Stroheim exprime toute la complexité de son personnage avec son jeu multi-facettes et forme avec Madeleine Sologne, beauté froide presque irréelle et aérienne, un couple étonnant de contrastes. Il faut aussi mentionner le troisième personnage du gangster mondain et poète (Louis Salou) et les merveilleux dialogues de Louis Ducreux. Le caractère inéluctable de l’issue (on sait, bien entendu, que tout cela va mal se terminer) ajoute à ce sentiment de d’instabilité et d’irréalité. Et quelles étonnantes dernières minutes filmées entièrement en cadrages inclinés ! On peut se demander comment un film comme La foire aux chimères peut rester si méconnu.
Note : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Erich von Stroheim, Madeleine Sologne, Louis Salou, Margo Lion, Yves Vincent
Voir la fiche du film et la filmographie de Pierre Chenal sur le site IMDB.

Voir les autres films de Pierre Chenal chroniqués sur ce blog…

Anecdote :
La chanteuse dans le cabaret est… Line Renaud, alors âgée de 17 ans !

31 décembre 2010

Le bal des actrices (2009) de Maïwenn Le Besco

Le bal des actricesLui :
En regardant Le Bal des Actrices, on se dit que la caricature est un art bien difficile. Le film montre Maïwenn Le Besco filmant un documentaire sur une dizaine d’actrices françaises. Chacune des actrices joue un rôle où elle se moque un peu d’elle-même. Ainsi Karine Viard joue l’actrice prétentieuse et snob, Marina Foïs l’actrice inquiète, adepte de chirurgie esthétique et qui a des difficultés à se voir confier des rôles, etc… Le tout est entrecoupé de chansons chorégraphiées par le style Bollywood. Le problème dans ce genre de film est qu’il est difficile de trouver le bon équilibre. Bertrand Blier (qui fait d’ailleurs une petite apparition amusante dans le film) l’avait trouvé dans son excellent film Les Acteurs mais ce n’est hélas pas le cas pour Maïwenn Le Besco qui reste un peu entre deux chaises : n’allant pas assez loin dans la caricature, Le Bal des Actrices est trop proche du documentaire. Quand il est présent, l’humour ne fonctionne pas bien ; l’ensemble est aussi trop improvisé. Le second degré étant en panne, on se retrouve alors avec un film plutôt nombriliste sur la profession d’actrice… ce qui n’est pas un sujet très passionnant en soi. Les scènes les moins superficielles sont finalement celles de Maïwenn en couple avec Joey Starr (qui, de façon surprenante, joue avec naturel et retenue!) A la décharge de Maïwenn Le Besco, reconnaissons qu’elle avait choisi là un exercice difficile.
Note : 1 étoile

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Karin Viard, Marina Foïs, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Jeanne Balibar, Charlotte Rampling, Muriel Robin, Karole Rocher, Joey Starr, Yvan Attal
Voir la fiche du film et la filmographie de Maïwenn Le Besco sur le site IMDB.

30 décembre 2010

Louise-Michel (2008) de Gustave Kervern et Benoît Delépine

Louise-MichelLui :
Victimes d’un patron-voyou qui a fermé et vidé son usine en une nuit, une vingtaine d’ouvrières décident de se venger en engageant un tueur « professionnel ». Ouvrière analphabète, Louise se charge de le recruter. Elle trouve Michel, ex-agent de sécurité qui vivote dans un labyrinthe de mobile homes abandonnés. Sur un vague fond social (1), le film est surtout une comédie bien déjantée avec un humour noir débridé. Tout est déglingué, saugrenu. Beau jeu d’acteur de Bouli Lanners et de Yolande Moreau. S’il y a quelques inévitables longueurs, L’ensemble est plutôt réussi car on rit souvent et franchement.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Yolande Moreau, Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde, Mathieu Kassovitz
Voir la fiche du film et la filmographie de Gustave Kervern et Benoît Delépine sur le site IMDB.

(1) Louise-Michel est une militante révolutionnaire de la commune de Paris (1871) devenue ensuite l’une des figures du mouvement anarchiste.

Remarques :
* Albert Dupontel fait une courte mais amusante apparition dans une scène… après le générique de fin.
* Gustave Kervern et Benoît Delépine sont des piliers de l’émission télévisée Bienvenue au Groland.

Homonyme :
Louise-Michel, la rebelle de Solveig Anspach (2008) avec Sylvie Testud.

29 décembre 2010

Séraphine (2008) de Martin Provost

SéraphineLui :
Le film est basé sur l’histoire de Séraphine de Senlis, peintre naïf de condition très modeste qui fut découverte par le collectionneur d’art visionnaire Wilhelm Uhde (il fut l’un des premiers acheteurs de Picasso). Séraphine peignait dans un état proche de l’extase, « sur ordre d’en haut »… Martin Provost réalise un film à la mise en scène sobre, à l’image de son personnage, mais a parfois le défaut de s’attarder un peu trop. Le film est porté par l’interprétation inspirée de Yolande Moreau qui semble vivre réellement son personnage. Les couleurs sont volontairement assez neutres pour mieux faire ressortir les éclatantes couleurs des peintures de Séraphine. Le film a permis de redécouvrir cette peintre qui connut une fin tragique, sorte de Camille Claudel de la peinture.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent
Voir la fiche du film et la filmographie de Martin Provost sur le site IMDB.

Remarques :
Tableau de Séraphine de Senlis Séraphine Louis dite Séraphine de Senlis * Séraphine de Senlis n’a jamais dévoilé le secret de fabrication de ses couleurs. Sur ce point précis, le film ne fait donc qu’émettre des hypothèses.
* Sur plainte d’Alain Vircondelet, auteur de la biographie Séraphine de Senlis (Albin Michel), le T.G.I. de Paris a condamné le 26 novembre 2010 le réalisateur Martin Provost et la société TS Productions à verser 25 000 euros de dommages et intérêts à l’auteur qui les accusait de plagiat. Tout en reconnaissant les similitudes sur quelques passages précis, le Tribunal a donc fortement relativisé les demandes de l’auteur qui réclamait 600 000 euros.

16 décembre 2010

Une soirée de folie (1925) de Leo McCarey

Titre original : « What price Goofy? »

Une soirée de folieLui :
(Muet, 22 mn) Une jeune femme particulièrement jalouse, un mari un peu tête en l’air, tels sont les deux personnages principaux de cette comédie très enlevée de Leo McCarey. Le scénario, écrit par le producteur Hal Roach lui-même, est particulièrement remarquable. Le rythme est rapide avec une très belle exploitation des situations pour développer le burlesque : la salle de bains à deux portes, le chien rapporteur, l’utilisation du cambrioleur, le retournement final… Ce What Price Goofy ? est vraiment un petit bijou du burlesque muet.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Charley Chase, Katherine Grant, Lucien Littlefield, Marjorie Whiteis, Noah Young
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Voir les autres films de Leo McCarey chroniqués sur ce blog…

Remarques:
Le titre What price Goofy est une déformation humoristique de What price Glory, une pièce de Maxwell Anderson et Laurence Stallings très célèbre à l’époque. Cette pièce sera adaptée au cinéma peu après par Raoul Walsh What price Glory (1926), l’un des plus grands succès de Walsh en muet, puis par John Ford What price Glory (1952) avec James Cagney. L’histoire est très différente puisqu’il s’agit de deux soldats de la Guerre 14-18, amoureux de la même femme puis confrontés à l’enfer du front.

What Price Goofy?

13 décembre 2010

L’autre (2008) de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic

L'autreLui :
Anne-Marie est une quarantenaire qui vient de se séparer de son jeune amant. Lorsque celui-ci lui apprend qu’il fréquente une autre femme, elle cherche à en savoir plus sur elle, une recherche qui l’obsède de plus en plus… Sur une trame d’histoire que l’on pourrait penser rebattue, Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic nous livrent un des films les plus originaux du cinéma français actuel. Ils ont une façon toute particulière d’inscrire le personnage principal dans un décor urbain, cette façon est à la fois très graphique (1) et créatrice d’une atmosphère étrange et envoutante. La caméra semble épier son personnage principal, la suivant ou l’observant à distance avec une fausse furtivité. Elle vient se placer parfois juste derrière Dominique Blanc, jouant alors le rôle d’une caméra subjective (impression bien entendu amplifiée lors des scènes de miroirs). Pourtant très ancré dans la réalité, notamment par l’importance des transports en commun actuels et de la technologie qui est présente mais actuelle, le film semble hors du temps. Cette impression est accentuée par le jeu de Dominique Blanc, actrice à la diction si particulière (on peut penser à Jeanne Moreau) et dont le calme et le sourire contrastent avec son mal à l’aise intérieur. L’environnement sonore joue aussi un rôle très important dans la mise en place du climat. L’autre semble aller jusqu’aux limites du réalisme sans toutefois franchir la ligne qui le ferait basculer dans le fantastique. C’est un film qui peut dérouter mais qui, par ses qualités graphiques, son climat, sa force, se place parmi les productions les plus intéressantes du cinéma français récent.
Note : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Dominique Blanc, Peter Bonke, Cyril Guei, Anne Benoît, Christèle Tual
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(1) Le générique est, à lui seul, superbe. On a déjà vu des plans aériens d’une autoroute périurbaine de nuit dans nombre de films américains mais jamais de façon aussi graphique, presque abstraite avec ses flots qui semblent suspendus, hors de la réalité.

Remarque :
Le film est adapté du roman d’Annie Ernaux « L’occupation ».

Homonymes :
L’autre (In name only) de John Cromwell (1939) avec Carole Lombard et Cary Grant
L’autre de Robert Mulligan (1972)
L’autre de Bernard Giraudeau (1991)
L’autre de Youssef Chahine (1999)
L’autre de Benoît Mariage (2003)

9 décembre 2010

Un barrage contre le Pacifique (2008) de Rithy Panh

Un barrage contre le PacifiqueLui :
Dans l’Indochine des années trente, une française tente de faire vivre une plantation de riz sur une concession achetée aux autorités coloniales. Ceux-ci ont oublié de lui préciser que les terres étaient régulièrement submergées par la mer toute proche. Elle a deux grands enfants, un fils et une fille, qu’elle craint de voir partir… Un barrage contre le Pacifique est au départ un roman autobiographique de Marguerite Duras qui a déjà été adapté, dans les années cinquante donc peu après sa sortie, par René Clément. Le réalisateur cambodgien Rithy Panh remet le personnage de la mère au centre de l’histoire et signe un film d’un beau classicisme. Sa réussite tient beaucoup à l’interprétation d’Isabelle Hubert, dans un personnage particulièrement complexe : elle parvient à générer en nous des sentiments contradictoires, elle est tout à la fois. Il faut aussi souligner la belle prestation de Gaspard Ulliel, dans un rôle plus simple certes, qui sait montrer beaucoup de présence à l’écran. Un Barrage contre le Pacifique est aussi un film montrant la corruption ; on peut y voir là un certain prolongement des documentaires tournés par le réalisateur sur son pays.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Isabelle Huppert, Gaspard Ulliel, Astrid Berges-Frisbey, Randal Douc
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Précédente adaptation : 
Barrage contre le Pacifique de René Clément (1958), film qui souffrait de son casting international : Sylvana Mangano (la fille), Anthony Perkins (le fils) et Jo Van Fleet (la mère). Une coproduction italo-américano-française…

7 décembre 2010

Ricky (2009) de François Ozon

RickyLui :
Ouvrière dans une usine de produits chimiques, Katie se lie avec un intérimaire qui vient vivre chez elle. Lorsque naît Ricky quelques mois tard, le bébé montre rapidement des dispositions très particulières. François Ozon est un réalisateur qui n’hésite pas à prendre des risques, à explorer des voies nouvelles, ce qui est une très bonne chose. Ici, il tente un rapprochement inattendu entre le film fantastique et le film social. C’est l’irruption du merveilleux dans un quotidien terne, en quelque sorte. La symbiose n’est pas parfaite, assez insatisfaisante même, mais le film a le mérite d’être très original. François Ozon laisse ouverte l’interprétation de Ricky : on peut certainement y voir un pamphlet social contre les enfants battus, une fable écologique, … On peu aussi supposer que tout l’ensemble (y compris la séquence du début) sort de l’imagination d’une femme enceinte qui craint d’être contaminée par les produits chimiques de son usine. Mais choisir une explication est secondaire, tout compte fait, ou du moins chacun peut choisir la sienne. 
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Alexandra Lamy, Sergi López, Mélusine Mayance, Arthur Peyret
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2 décembre 2010

Parlez-moi de la pluie (2008) de Agnès Jaoui

Parlez-moi de la pluieLui :
Une intellectuelle féministe retourne dans son Var natal pour se présenter aux élections régionales. Un réalisateur de documentaires sur le retour (il vit toujours sur la gloire d’un court métrage remarqué il y a 20 ans) fait équipe avec un jeune rencontré dans un stage de cinéma pour une série sur « les femmes qui ont réussi »… Les trois personnages centraux de Parlez-moi de la pluie ne sont pas bardés d’assurance, aucun c’est sûr de lui-même ni de sa voie ; leurs hésitations provoquent ratés et controverses. Leur vie sentimentale prend le dessus. Le défaut du film d’Agnès Jaoui est sans doute de sembler partir dans plusieurs directions sans vraiment en explorer une seule. Il y a de tout… un peu. L’ensemble reste plaisant mais, malgré une bonne prestation d’acteurs, nous laisse plutôt sur notre faim (la fin, quant à elle, est franchement gentillette). Djamel Debbouze est assez étonnant, quittant son habituel personnage exubérant et poseur, pour adopter un jeu retenu avec plus de délicatesse et donc de richesse.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze, Agnès Jaoui, Pascale Arbillot, Frédéric Pierrot, Florence Loiret Caille
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