10 juillet 2013

Je suis curieuse (1967) de Vilgot Sjöman

Titre original : « Jag är nyfiken »

1e partie : « Je suis curieuse – Version jaune (Jag är nyfiken – en film i gult) »
2e partie : « Je suis curieuse – Version bleue (Jag är nyfiken – en film i blått) »
Titre français de la 2e partie « Elle veut tout savoir »

Je suis curieuse Je suis curieuseInitialement prévu pour être un film de 3 h30, Je suis curieuse du suédois Vilgot Sjöman est sorti sur les écrans en deux parties : Version jaune et Version bleue. C’est un film à fort contenu politique qui reflète bien les remises en cause et les questionnements en cette fin des années soixante. Le film est très libre dans son contenu mais aussi dans sa forme puisque, si le thème général est l’éveil politique de Lena, une jeune femme de 22 ans, le film mêle réalité et fiction : Vilgot Sjöman peut ainsi apparaître en train de préparer ou de monter son film ou encore les acteurs peuvent prolonger leur relation dans la vie réelle. La première partie, Version jaune, est la plus complète et la mieux équilibrée. Elle aborde plusieurs thèmes politiques, les inégalités de salaires, la non-violence, l’égalité des sexes, la libération sexuelle. En parallèle, nous voyons Lena vivre une aventure avec un homme (qui vote à droite) qui lui cache qu’il a déjà un enfant et qu’il vit en couple. La seconde partie, Version bleue, est plus axée sur la libération dans un sens large, notamment sexuelle, mais aussi sur le plan des religions et des prisons. Le film doit beaucoup à son actrice principale, Lena Nyman. Il faut la voir avec son micro arpenter les rues de Stockholm pour demander avec candeur aux passants : « La société suédoise est-elle une société de classes ? »… ou encore interroger à l’aéroport les voyageurs de retour d’Espagne pour leur demander si cela les avait dérangé de passer leurs vacances dans un pays dirigé par un dictateur… Je suis curieuseJamais agressive mais tout de même obstinée, elle parvient par son naturel et sa candeur à toujours obtenir des réponses ou, au moins, des tentatives de réponse. Sur le plan de la sexualité, le film a pu paraître impudique, abordant largement la question sans tabou, avec liberté et naturel. Vu un demi-siècle plus tard, Je suis curieuse reste un film très intéressant, non seulement (et de façon évidente) sur le plan historique et sociologique, mais aussi pour mesurer à quel niveau ces questionnements restent actuels ou pas, ouvrant ainsi la voie à une réflexion philosophique plus large.
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Lena Nyman, Vilgot Sjöman, Börje Ahlstedt, Peter Lindgren
Voir la fiche du film et la filmographie de Vilgot Sjöman sur le site IMDB.

Remarques :
* Le jaune et le bleu sont les deux couleurs du drapeau suédois.

* Assez étrangement, en France, le film ne fit que peu d’effet quand il est sorti, en janvier 1968 (pour la première partie) et en septembre 1968 (pour la seconde). Il n’en fut pas de même aux Etats-Unis où il rencontra un vif succès mais ce sont les scènes de nudité (totale ce qui était alors extrêmement rare en dehors des films pornographiques) qui alimentèrent le bouche à oreille : c’est un film que l’on allait voir ostensiblement pour montrer son ouverture d’esprit. En outre, Vilgot Sjöman ne fait à aucun moment montre d’anti-américanisme (mis à part, quelques mentions très rapides de la guerre au Vietnam).

* Olaf Palme apparaît dans le film, il est interviewé (par le réalisateur) sur l’inégalité des salaires et la non-violence. Il était alors ministre des transports. Martin Luther King et le poète russe Evgueni Evtouchenko sont vus dans des documents d’époque.

* La Suède de 1967 est dirigée par les sociaux-démocrates (socialistes modérés) depuis les années trente. Tage Erlander était alors chef du gouvernement depuis 1946. Olaf Palme lui succédera en 1969. Le gouvernement social-démocrate avait pris un certain nombre de mesures dans les années cinquante et soixante pour réduire les inégalités sociales et accroitre la protection sociale. Le pays était considéré comme l’un des plus avancés en ce domaine.

* Vilgot Sjöman a beaucoup travaillé au théâtre avec Bergman, ce qui laisse supposer qu’il a su parfaitement diriger Lena Nyman. En Suède, l’actrice a reçu le prix de la meilleure actrice aux Guldbagge Awards en 1968 pour cette interprétation.

14 mai 2012

La grande bouffe (1973) de Marco Ferreri

La grande bouffeUn cuisinier, un producteur de radio, un pilote de ligne et un juge se réunissent dans une villa bourgeoise pour, ce qu’ils appellent, un « week-end gastronomique »… La grande bouffe fait partie de ces films qui firent grand scandale à sa sortie. Cette fuite en avant vers la jouissance est une parabole sur notre société de consommation, société de l’abondance. Marco Ferreri a choisi la forme la plus provocante qui soit, montrant des scènes de sexe de façon très crue et directe (les quatre amis invitent trois prostituées et une institutrice) et surtout une perte totale des valeurs bourgeoises. Les personnages gardent le prénom des acteurs (par exemple le personnage joué par Michel Piccoli s’appelle Michel) ce qui accentue le réalisme et la force du propos. Bien entendu, le propos est toujours actuel puisque cette société de consommation, ici dénoncée, est la nôtre aujourd’hui. La recherche de la simple jouissance et de l’abondance mène-t-elle inéluctablement vers la mort ?
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi, Andréa Ferréol
Voir la fiche du film et la filmographie de Marco Ferreri sur le site IMDB.

Remarques :
* Le vieux gardien de la maison est interprété par Henri Piccoli, le père de Michel Piccoli. Sa fille dans le film est Cordelia Piccoli, sa fille dans la vraie vie.
* Les dialogues sont signés par Francis Blanche.
* A noter, une belle parodie de Marlon Brando par Ugo Tognazzi (le film Le Parrain était sorti peu avant) et Mastroianni parodie un certain leader d’extrême-droite français (qui venait de fonder le FN) lorsqu’il se met un slip sur l’oeil en guise de bandeau.

28 novembre 2011

Les liaisons coupables (1962) de George Cukor

Titre original : « The Chapman Report »

Les liaisons coupablesLe Dr Chapman et son équipe se rendent à Los Angeles pour réaliser une enquête sur vie sexuelle des femmes américaines… Les liaisons coupables est basé sur un best-seller d’Irving Wallace (1). George Cukor dresse le portrait de quatre femmes qui sont insatisfaites de leur mariage ou de leur vie sexuelle. Ces quatre personnages féminins sont volontairement très typés. Le film provoqua la colère de la Ligue pour la Vertu qui parvint à faire opérer de nombreuses coupes et à faire ajouter une fin, plus morale (2). Cukor est bien servi par quatre actrices de talent, dont la jeune Jane Fonda et l’anglaise Claire Bloom qui fait une belle interprétation de nymphomane névrosée. Les liaisons coupables Les acteurs masculins sont en revanche plus ternes. La photographie est superbe, un très beau Technicolor. Les liaisons coupables est généralement mal considéré. C’est assez injuste car, malgré ses coupes, il ne manque pas de charme, ni d’intérêt. Cukor a su éviter toute vulgarité et a même donné une certaine élégance par sa mise en scène.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Shelley Winters, Jane Fonda, Claire Bloom, Glynis Johns, Efrem Zimbalist Jr., Harold J. Stone
Voir la fiche du film et la filmographie de George Cukor sur le site IMDB.

Voir les autres films de George Cukor chroniqués sur ce blog…

(1) Le roman d’Irving Wallace était basé sur les Kinsey Reports, une vaste enquête dont les résultats furent publiés dans deux livres parus en 1948 et 1953 qui firent scandale.
(2) La dernière scène, où le Dr Chapman et son assistant citent le chiffre de 85% de mariages heureux comme résultat de l’enquête, a été ajoutée sous la pression de la Legion of Decency (Ligue pour la Vertu) afin de montrer que les « déviances » montrées dans le film étaient loin d’être la norme.