18 octobre 2020

La Fille Rosemarie (1958) de Rolf Thiele

Titre original : « Das Mädchen Rosemarie »
Autre titre français (TV) : « Prénom : Rosemarie »

La Fille Rosemarie (Das Mädchen Rosemarie)Dans l’Allemagne des années cinquante en plein renouveau économique, une jeune femme cherche à séduire des industriels dans l’espoir de s’intégrer à la haute société. Réalisant qu’elle ne pourra y parvenir vraiment, elle accepte de pratiquer l’espionnage industriel sur l’oreiller pour le compte d’un mystérieux entrepreneur français…
Ce film allemand de 1958 s’inspire directement d’un fait divers survenu l’année précédente à Francfort-sur-le-Main : le meurtre d’une prostituée de luxe, Rosemarie Nitribitt, qui a causé un grand scandale car le carnet d’adresses de la jeune femme était rempli de noms d’hommes politiques et d’industriels du pays. Ce meurtre n’a, à ce jour, toujours pas été élucidé. Cette histoire est surtout l’occasion pour le cinéaste de livrer un portrait mordant des milieux économiques et financiers et de ridiculiser l’arrivisme des grands industriels. Il le fait non sans humour, ce qui donne parfois un ton de comédie à l’histoire. Le film est assez remarquable sa belle photographie noir et blanc et la qualité de son interprétation. Il permit à l’actrice Nadja Tiller de connaitre une notoriété internationale. Peu connu aujourd’hui, La Fille Rosemarie connut pourtant un grand succès à sa sortie et remporta le Lion d’or à la Mostra de Venise. Avec le recul, le film nous apparaît assez unique en son genre.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Nadja Tiller, Peter van Eyck, Carl Raddatz, Gert Fröbe, Hanne Wieder, Mario Adorf, Horst Frank
Voir la fiche du film et la filmographie de Rolf Thiele sur le site IMDB.

Remarques :
* Les films allemands des années cinquante ne sont pas si nombreux. Parmi eux, La Fille Rosemarie est considéré comme étant le seul critiquant le miracle économique de la république de Bonn.
* La Fille Rosemarie est le film le plus remarquable de la filmographie de Rolf Thiele avec une adaptation de Tonio Kröger de Thomas Mann, sélectionnée au Festival international du film de Berlin 1964.

La Fille Rosemarie (Das Mädchen Rosemarie)Nadja Tiller et Carl Raddatz dans La Fille Rosemarie (Das Mädchen Rosemarie) de Rolf Thiele.

30 mars 2017

La Chambre ardente (1962) de Julien Duvivier

Titre original : « La chambre ardente »

La Chambre ardenteHistorien, Michel Boissard est invité avec sa femme, Marie, descendante de la marquise de Brinvilliers, célèbre empoisonneuse, dans le château de Mathias Desgrez, descendant du dernier amant de la marquise qui la dénonça. Au château viennent aussi les deux neveux, Marc et Stéphane Desgrez, qui attendent impatiemment l’héritage… La chambre ardente est adaptée d’un roman policier de John Dickson Carr. Il fait partie des derniers films de Julien Duvivier qui en a écrit le scénario avec Charles Spaak, l’un des plus grands scénaristes du cinéma français (1). A l’intrigue policière viennent se mêler l’insolite et la dérision, formant un cocktail très réussi. L’atmosphère est à la fois troublante et amusante. L’interprétation est tout en contrastes subtils : au virevoltant Claude Rich et au facétieux Claude Piéplu font face la diaphane Edith Scob ou l’intense Nadja Tiller. Tous les rôles sont très bien tenus, à deux exceptions près : Jean-Claude Brialy et Walter Giller, tous deux étonnamment très mauvais. Méprisé à sa sortie par la Nouvelle Vague, La chambre ardente reste un film plutôt sous-estimé aujourd’hui.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Nadja Tiller, Jean-Claude Brialy, Claude Rich, Perrette Pradier, Edith Scob, Claude Piéplu
Voir la fiche du film et la filmographie de Julien Duvivier sur le site IMDB.

Voir les autres films de Julien Duvivier chroniqués sur ce blog…

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La Chambre ardente
Jean-Claude Brialy, Claude Piéplu et Claude Rich dans La Chambre ardente de Julien Duvivier.

La Chambre ardente
Nadja Tiller et Perette Pradier (Héléna Manson à l’arrière-plan) dans la scène de l’enterrement vraiment peu banal de La Chambre ardente de Julien Duvivier.

Remarque :
* La chambre ardente est le nom donné dès le XVIe siècle à un tribunal extraordinaire pour juger des crimes concernant l’Etat. C’est elle qui jugea la marquise de Brinvilliers sous Louis XIV dans la célèbre Affaire des poisons (1676). Ses audiences se tenaient dans une pièce tendue de noir et éclairée par des torches ou des bougies, d’où son nom.

(1) On serait tenté d’écrire « l’un des plus grands scénaristes français » mais Charles Spaak est belge… Il a débuté aux côtés de Jacques Feyder à la fin des années 20 et la liste de ses contributions est bien longue, citons seulement La Grande Illusion de Jean Renoir. Sa première collaboration avec Duvivier date de 1936 (La Belle Equipe).

10 juin 2015

Âme noire (1962) de Roberto Rossellini

Titre original : « Anima nera »

Âme noireAdriano et Marcella viennent de se marier et emménage dans un appartement à Rome. Lui est un menteur invétéré, combinard et sans le sou, aux multiples aventures féminines. Elle est une jeune femme simple, désireuse de fonder un foyer durable. Le passé un peu agité d’Adriano va se manifester rapidement… Adaptation d’une pièce de Giuseppe Patroni Griffi, le peu connu Âme noire est le dernier film de Rossellini pour le cinéma. C’est un film un peu délicat à interpréter : on peut, comme le fait Hélène Frappat dans sa monographie sur Rossellini, y voir une oeuvre de transition entre son oeuvre entamée pendant la guerre et le projet encyclopédique auquel il se consacrera exclusivement par la suite. On peut également y voir, comme Marie-Pierre Lafargue dans le Dictionnaire du cinéma italien, une tentative désespérée de se plier au cinéma de l’époque, « le cinéaste se risquant à la manière antonionienne en faisant subir à son personnage principal l’expérience du vide ». Certes, mais si les thèmes forts du film en sont le mensonge, la culpabilité, les valeurs bourgeoises du couple, on peine à en cerner le fond du propos si ce n’est de nous offrir une vision très sombre de l’âme humaine : le titre Âme noire n’est pas usurpé ! Dans sa forme, le film n’a rien d’enthousiasmant si ce n’est un très beau plan de fin : un traveling arrière partant d’un gros plan sur Annette Stroyberg en plein discours de ses intentions qui vient se terminer sur un gros plan sur Vittorio Gassman qui, de dos, l’écoute résigné.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Vittorio Gassman, Nadja Tiller, Annette Stroyberg, Eleonora Rossi Drago
Voir la fiche du film et la filmographie de Roberto Rossellini sur le site IMDB.

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Vittorio Gassman et Nadja Tiller dans Âme noire de Roberto Rossellini

Remarque :
Vittorio Gassman a raconté à propos du film : « Ma faible motivation au travail s’est parfaitement accordée avec la distance que Roberto prenait avec le cinéma. Un jour, pour éviter de se déplacer de Rome à Ostie, il a inventé un système compliqué de miroirs pour projeter un arrière-plan de mer dans une scène de studio. Le résultat est horrible : Nadja Tiller et moi-même donnons l’impression d’être dans un aquarium. »
(Il est vrai que cette scène est assez épouvantable…)