Lui :
Trois jeunes marins ont vingt-quatre heures de permission à terre. Ils ont la ferme intention de visiter la ville et, pourquoi pas, y faire des agréables rencontres. Un jour à New York est l’adaptation d’un spectacle de Broadway, lui-même inspiré du ballet Fancy Free sur une musique de Leonard Bernstein. Pour leur première réalisation, Stanley Donen et Gene Kelly vont signer un film très moderne, une comédie musicale qui innove de façon majeure sur deux plans : d’une part, ils portent le spectacle au grand air, une grande partie de l’action, y compris certains ballets, se déroule en extérieurs, dans la ville elle-même et, d’autre part, ils intègrent totalement les scènes de danse dans le récit, ce ne sont plus des intermèdes, ce ne sont plus des simples motifs d’ornementation ou d’enluminure. Une bonne humeur et un optimisme permanent portent le film et les extraordinaires talents de danseur de Gene Kelly le hissent très haut. Les chorégraphies, souvent à deux ou à six, sont enrichies d’un humour plein de candeur et prennent place dans des décors très simples, ce qui les met d’autant plus en valeur. Un jour à New York a apporté une vraie bouffée d’air pur à la comédie musicale américaine.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Stanley Donen chroniqués sur ce blog…
Remarques :
– Dans la très belle scène onirique A day in New York, les danseurs qui accompagnent Gene Kelly ne sont pas ses partenaires du film (seule Vera-Allen y participe).
– Alice Pearce tenait déjà le rôle de la colocataire enrhumée sur les planches de Broadway.
– Pour les scènes tournées dans les rues de New York elles-mêmes, la camera était placée dans un gros break pour éviter les attroupements (Frank Sinatra était alors extrêmement populaire et attirait des foules énormes). A la fin du morceau New York, New York, on peut d’ailleurs apercevoir rapidement des centaines de badauds
Titre original : « 49th parallel »
Titre (USA) : « The invaders »
Lui :
Un sous-marin allemand, maraudant près de Terre Neuve, est forcé de fuir par le Détroit d’Hudson au nord du Canada. Il est alors coulé par l’aviation canadienne mais un groupe de six allemands réussit à mettre pied à terre. Ils vont s’efforcer de rejoindre les Etats-Unis pour s’y réfugier… Le 49e Parallèle a été financé par le Ministère de l’Information britannique. C’est la première grande fiction de propagande de la seconde Guerre Mondiale, le scénario ayant été écrit par Emeric Pressburger. Le film a été tourné en 1940/41, à une époque où le Canada avait déclaré la guerre à l’Allemagne mais où les Etats-Unis restaient neutres. Le 49e Parallèle milite donc en faveur d’une prise de position des USA, le propos étant ici de démontrer que personne n’est à l’abri de l’envahisseur nazi et de faire bien prendre conscience de la notion de civilisation en danger. Sur le plan cinématographique, nous sommes très loin du film précédent de Powell, Le lion a des ailes, assemblé à la hâte. Le 49e parallèle bénéficie d’un scénario solide et riche et Powell eut tous les moyens nécessaire pour aller tourner en grande partie sur place au Canada ce qui lui permet de nous gratifier de superbes images extérieures. Quelques stars comme Laurence Olivier, Raymond Massey ou Leslie Howard apportèrent un surcroît de stature, mais le plus remarquable est Eric Portman qui interprète l’officier allemand. Son discours dans la communauté rurale est un moment extrêmement fort. Le film doit également beaucoup à David Lean qui en assura entièrement le montage. Le rythme est enlevé et le film ne comporta aucun temps mort pendant ses deux heures. Le 49e parallèle remportât un vif succès, y compris aux Etats-Unis où il fut distribué sous le nom encore plus explicite de The Invaders (les envahisseurs).
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
(Court-métrage de 31 mn) Un oscar, un césar, grand prix du festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, Le Mozart des pickpockets s’est fait remarquer par son humour et son ton très juste. Deux pickpockets, rois des mauvais plans, se retrouvent avec un garçon de dix ans, apparemment sourd et muet, sur les bras. Philippe Pollet-Villard a lui-même écrit cette histoire et la filme dans un style qui évoque à la fois les Pieds Nickelés et certaines comédies italiennes des années cinquante et soixante. Malgré la brièveté du film, il prend le temps d’asseoir ses personnages, de leur donner une certaine épaisseur et enrobe le tout avec quelques bonnes trouvailles d’humour. Il trouve ainsi le bon équilibre et signe un petit film très convaincant.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Titre original : « The Song of Songs »
Autre titre français (vidéo) : « Cantique d’amour »
Lui :
Déçus par le maigre succès du film précédent Blonde Venus, les Studios Paramount impose à Marlene Dietrich de tourner avec un autre réalisateur que son Von Sternberg préféré : pour Le Cantique des Cantiques ce sera donc Rouben Mamoulian. Personne n’est satisfait de cette association forcée, d’autant plus que le scénario est jugé par tous épouvantable. Il s’agit d’un roman, déjà adapté en pièce puis par deux fois à l’écran, dont l’histoire tient, il est vrai, plus du roman-photo que d’un grand roman d’amour : une jeune paysanne arrive à Berlin et y rencontre un jeune sculpteur dont elle tombe amoureuse. A la vision du film, on perçoit sans peine que le courant n’est pas passé entre le réalisateur et Marlene dont le jeu est assez inconsistant, avec des sautes d’expression d’un plan à l’autre comme si elle semblait prendre des poses. Rouben Mamoulian parvient tout de même à créer de très belles scènes, notamment dans l’atelier du sculpteur avec la statue pour troisième personnage. Il parvient également à magnifier Marlene dans une ou deux scènes, même s’il est délicat de savoir si le crédit doit en être donné à la star ou au réalisateur qui n’a pas pu montrer ici tout son talent. Le Cantique des Cantiques n’eut que peu de succès, il est même devenu assez peu courant aujourd’hui.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Rouben Mamoulian chroniqués sur ce blog…
Remarques : A) Malgré les affirmations des services de publicité de Paramount, Marlene Dietrich n’a pas posé nue comme modèle pour la création de la statue utilisée dans le film. Elle a catégoriquement refusé pour plusieurs raisons dont une fort simple qui est dévoilée par sa fille dans son livre (mais qu’en homme bien élevé, je n’aurai pas la muflerie de répéter…) B) Si le courant n’est pas vraiment passé entre Rouben Mamoulian et Marlene Dietrich (sans qu’il y ait eu d’hostilité franche, Mamoulian sachant arrondir les angles), il en fut tout autrement entre Marlene et Brian Aherne qui eurent une liaison le temps du tournage, ce qui a du apporter un peu de chaleur au film qui en manque singulièrement. C) Après cet intermède, Marlène sera « redonné » à von Sternberg qui fera L’impératrice Rouge (The Scarlet Empress) tandis que Rouben Mamoulian fera tourner Greta Garbo (la bête noire et grande rivale de Marlene Dietrich) dans La Reine Christine (Queen Christina). Ils signeront là deux des plus grands films hollywoodiens de toute la décennie.
Précédentes versions : The Song of Songs de Joseph Kaufman (1918) avec Elsie Ferguson Lili of the Dust de Dimitri Buchowetzki (1924) avec Pola Negri
Lui :
Comme il l’avait promis (1), le producteur anglais Alexander Korda a mis tout son studio à contribution pour réaliser un film de propagande dès les premiers jours qui suivirent la déclaration de guerre contre l’Allemagne en 1939. Le Lion a des ailes fut ainsi tourné et monté en à peine un mois ; dix jours plus tard, le film sortait dans une soixantaine de pays… La première moitié du film est un montage d’actualités des cinq années précédentes montrant l’appétit de conquêtes d’un Hitler qui ne tient jamais ses promesses. Est ensuite montrée comment l’industrie anglaise s’est déjà reconvertie dans une production de guerre (2). La reconstitution d’un raid de la Royal Air Force sur des bateaux de guerre allemands qui suit est la moins édulcorée de ce film qui s’achève par la démonstration de la capacité de l’Angleterre à repousser une attaque aérienne allemande, grâce notamment à un nouvel outil non nommé et non montré (le radar). Cinématographiquement parlant, Le Lion a des ailes n’a pas vraiment de valeur autre qu’historique. C’est un film de propagande, fourre-tout assemblé à la hâte, destiné d’une part à exalter l’esprit patriotique anglais et d’autre part à montrer à tous la force de l’Angleterre. Avec le recul, il nous montre le rôle que s’apprêtait à tenir le cinéma anglais pendant la guerre.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
Les scènes montrant Elizabeth I s’apprêtant à repousser l’Armada sont extraites du film Fire over England de William Howard (1937) avec Flora Robson (autre produit des Denham Studios d’Alex Korda).
(1) En 1938, Alexander Korda avait promis à Churchill, en échange d’aide à la création, de tout mettre en œuvre pour faire un grand film de propagande anti-nazie le jour où la guerre serait déclarée. On considère aujourd’hui qu’Alex Korda a ainsi sauvé l’industrie cinématographique anglaise en montrant qu’elle pouvait être une arme de guerre. (2) Michael Powell reconnaît dans ses mémoires que cette partie ne correspond pas du tout à la réalité de l’époque et qu’elle est le résultat d’un montage habile.
Lui :
Ben Stiller est à la fois devant et derrière la caméra dans cette satire délirante des films de guerre. La trame en est assez simple : des acteurs vedettes du box-office, censés tourner un grand film d’action, se retrouvent lâchés en pleine jungle dans un terrain… réellement hostile. En premier, ce sont donc les acteurs qui sont brocardés, des acteurs déconnectés de la réalité, obnubilés par leur plan de carrière et parfois prêts à tout pour décrocher un oscar. C’est aussi un système de production qui est sur le grill avec un Tom Cruise presque méconnaissable en producteur grossier, brutal et cynique, probablement le personnage le plus réussi (et le plus délirant) du film. Ajoutez à cela un faux héros de guerre, un responsable des effets spéciaux un peu trop passionné et surtout une bande de vrais trafiquants d’héroïne et vous aurez une idée du cocktail explosif qui compose Tonnerre sous les tropiques. Si tout n’est pas du même niveau, il y a de beaux moments d’humour et Ben Stiller, pour une fois, ne reste pas cantonné dans un humour potache et ne fait pas durer les gags ; le rythme est même assez enlevé. L’ensemble est amusant, un humour mordant avec des moments joliment délirants.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
Le Etan Cohen qui a co-signé le scénario avec Ben Stiller et Justin Théroux n’a aucun lien avec Ethan Coen des frères Coen (notez la position du « h »…)
Lui :
Une femme, qui a bien du mal à faire vivre décemment ses deux enfants depuis que son mari l’a quittée, en vient à faire passer la frontière proche à des immigrés clandestins dans le coffre de sa voiture. Pour son premier long métrage, Courtney Hunt parvient à trouver un bel équilibre entre drame social et un certain suspense, imbriquant parfaitement l’un dans l’autre. Le ton est particulièrement juste, porté par la belle prestation des deux actrices principales Melissa Leo et Misty Upham. Si l’ensemble n’est guère optimiste, Courtney Hunt ne laisse pas tomber son film dans le misérabilisme, elle se concentre sur ses deux portraits de femmes, leur donne beaucoup de force et de vie et parvient même à achever sur une note revitalisante. Frozen River fait partie de ces films qui ne s’oublient pas facilement.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui : L’homme de Londres est un roman de Georges Simenon qui a déjà été porté à l’écran par deux fois dans les années quarante. On comprend que Béla Tarr l’ait choisi car cette histoire de meurtre dans un port ferroviaire offre au réalisateur hongrois un support idéal pour le cinéma qu’il affectionne. Il s’applique donc à créer une ambiance empreinte d’une lenteur extrême qui devient hypnotique et à explorer les tréfonds de l’âme de ses personnages. Désireux de calquer le rythme de son film sur la vie monotone de son personnage principal, Bela Tarr lui donne hélas trop d’importance et s’éloigne de la recherche d’une rythmique propre. De ce fait, le caractère hypnotique de son cinéma ne joue pas ici pleinement, c’est d’autant plus dommage que les images sont très belles (l’affiche du film en donne une idée). On peut bien entendu parler alors de « recherche formelle »… mais quand on commence à employer ces mots-là pour parler d’un film, ce n’est généralement pas bon signe!
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Autres adaptations du roman de Simenon : L’Homme de Londres (1943) d’ Henri Decoin avec Fernand Ledoux, Jules Berry et Suzy Prim (lire nos commentaires) Le port de la Tentation (Temptation harbour) de l’anglais Lance Comfort (1947) avec Robert Newton et Simone Simon.
Lui : The Fire Raisers fait partie de ces petits films, des « quota-quickies » (1), que l’anglais Michael Powell réalisa au tout début de sa carrière. Cette fois, il bénéficiait d’un casting de choix avec d’excellents acteurs comme Leslie Banks (l’inquiétant comte des Chasses du Comte Zaroff), Francis L. Sullivan à la voix caressante (2) et même une actrice américaine Carol Goodner. L’histoire met en scène un agent d’assurance qui devient incendiaire dans le but de monter des escroqueries à l’assurance. Si The Fire Raisers n’est pas un grand film, il est néanmoins bien fait, avec un bon rythme et une bonne présence des personnages à l’écran. Il se laisse regarder sans déplaisir.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) « Quota » parce que les compagnies de cinéma en Angleterre devaient respecter un quota de 10% de films anglais (l’industrie cinématographique anglaise avait alors bien du mal à résister à la déferlante hollywoodienne après l’avènement du parlant) et « quickie » parce ces films devaient être réalisés très rapidement, le budget standard d’un « quota-quickie » étant défini au mètre de pellicule (1 livre par pied, soit environ 6000 livres pour un film de 75 mn).
Pour le jeune réalisateur Michael Powell qui n’avait pas encore trente ans, ces « quota-quickies » lui permirent de se faire la main. Alfred Hitchcock (dans une moindre mesure) a lui aussi réalisé quelques « quota-quickies ». (2) Francis L. Sullivan est un merveilleux acteur anglais qui a l’apparence physique de Sydney Greenstreet et une voix délicate et profonde, un peu dans le style James Mason. Quand il joue un personnage retors comme ici, le résultat est enchanteur.