4 juillet 2014

Léviathan (1962) de Léonard Keigel

LeviathanPaul Guéret aime Angèle, une jeune blanchisseuse. Il la suit, réussit à lui parler, lui donne rendez-vous mais elle se refuse à lui. Paul en est désespéré… Dès sa publication en 1929, le grand roman de Julien Green Léviathan a attiré plusieurs metteurs en scène et non des moindres : Marc Allégret, Georg Pabst, Robert Siodmak, Eisenstein, Cukor, Jacques Tourneur, Visconti. A chaque fois, le projet n’aboutit pas pour des raisons diverses et ce n’est qu’en 1962 que l’adaptation au grand écran verra enfin le jour sous la direction du débutant Léonard Kiegel. Il s’agit d’une histoire très sombre où les différents personnages ont de grandes frustrations et où l’amour, loin d’être un élément émancipateur, n’apporte qu’aigreur et rancoeur, voire pire encore. Pour son premier film, Léonard Kiegel parvient parfaitement à restituer l’atmosphère assez oppressante, presque morbide, du livre ; il est aidé par la présence de Julien Green qui a écrit les dialogues de cette adaptation. Louis Jourdan a laissé au vestiaire son profil de grand séducteur : son personnage est censé être quelconque, sans attrait ; il a su adapter son jeu et gagne ainsi en complexité. Face à lui, Marie Laforêt apporte une touche de sensualité et de spontanéité, elle semble entrer dans son personnage au fur et à mesure que le film avance. Mais le plus beau personnage, le plus complexe, le plus tourmenté sans doute, est celui de Madame Grosgeorges admirablement interprété par l’actrice internationale Lili Palmer (1) qui a probablement ici l’un de ses plus beaux rôles. Elle fait preuve d’une très grande présence à l’écran, absolument superbe dans toutes les scènes où elle apparaît. La très belle photographie est signée Nicolas Hayer(2). Léviathan est une belle adaptation littéraire, assez puissante, qui a certainement grandement bénéficié de la participation active de Julien Green. Il fait partie de ces films qu’une mauvaise distribution à l’époque a jetés dans l’ombre alors qu’ils méritent un bien meilleur statut.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Louis Jourdan, Lilli Palmer, Marie Laforêt, Madeleine Robinson, Georges Wilson
Voir la fiche du film et la filmographie de Léonard Keigel sur le site IMDB.
Voir les autres films de Léonard Keigel chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le film est produit par Pierre Jourdan, frère de Louis Jourdan.
* La musique utilise des extraits de La Nuit transfigurée d’Arnold Schönberg.
* Auparavant très difficile à visionner, Léviathan vient de ressortir restauré dans une belle édition DVD (Voir sur Amazon…) Parmi les suppléments, il faut noter la présence de scènes commentées d’une autre adaptation d’un roman de Julien Green, Adrienne Mesurat, que Marcel L’Herbier a réalisée pour la télévision en 1953 avec Anouk Aimée et Alain Cuny dans les rôles principaux. Ces courtes scènes filmées (env. 15 à 20 minutes) sont les seules dont on ait la trace aujourd’hui car toutes les autres ont été interprétées en direct.

(1) Lili Palmer est une actrice d’origine allemande qui a tourné en Allemagne, en Angleterre, aux Etats Unis et en France.

(2) Nicolas Hayer est l’un des plus grands directeurs de la photographie français. Sa filmographie est impressionnante, il a travaillé pour Clouzot (Le Corbeau), Cocteau (Orphée), Duvivier, Melville, Daquin, Becker, etc.

22 décembre 2012

La dame de pique (1965) de Léonard Keigel

La dame de piqueA la cour de Louis XVI à la veille de la Révolution, la comtesse russe Anna Fedotovna joueuse invétérée, est proche de la ruine. Un mystérieux comte lui révèle une martingale permettant de gagner à coup sûr, mais qu’elle ne doit employer qu’une seule fois et surtout ne révéler à personne. Une promesse que la comtesse aura bien du mal à tenir… La belle nouvelle de Pouchkine, La dame de pique, a été adaptée plusieurs fois au cinéma. Son climat étrange, à la frontière du fantastique, s’y prête bien. L’adaptation en a été ici écrite par Julien Green et son fils adoptif Eric Jourdan. Le film brille surtout par sa belle reconstitution dans une atmosphère russe hivernale. Le jeu des acteurs est hélas assez rigide, austère même, avec des personnages qui semblent manquer de présence et de sentiments. La dame de pique marque le retour à l’écran de Dita Parlo, actrice d’origine allemande, bien connue pour avoir joué notamment dans L’Atalante de Jean Vigo. Sa carrière avait été stoppée par la Seconde Guerre mondiale. C’est hélas sa dernière apparition au cinéma.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Dita Parlo, Michel Subor, Simone Bach, André Charpak, Jean Négroni
Voir la fiche du film et la filmographie de Léonard Keigel sur le site IMDB.

Remarque :
Le film vient d’être réédité en DVD par Les Documents Cinématographiques.

Principales adaptations de la nouvelle de Pouchkine :
La Dame de Pique de Yakov Protazanov (1916) avec Ivan Mosjoukine
La Dame de Pique de Fyodor Otsep (1937) avec Marguerite Moreno
La Reine des Cartes (Queen of Spades) de Thorold Dickinson (1949) avec Edith Evans et Anton Walbrook
Pikovaya Dama de Roman Tikhomirov (1960) avec Oleg Strizhenov
La Dame de Pique de Léonard Keigel (1965) avec Dita Parlo
+ de nombreuses adaptations pour la télévision.