Lui :
Tourné juste après La horde sauvage, Un nommé Cable Hogue traite du même thème : la fin de l’Ouest. Laissé sans eau dans le désert par des associés peu recommandables, Cable Hogue erre plusieurs jours et finit par trouver une source d’eau. Il entreprend d’y construire une halte pour les diligences qui passent non loin de là. Cette fois, Sam Peckinpah n’utilise pas une débauche de violence pour montrer ce monde finissant, à l’aube d’un changement de civilisation, non, il utilise l’humour : Un nommé Cable Hogue est en fait une comédie, ce qui est assez rare pour un western. Cependant, malgré une solide construction de scénario et un déroulement parfait, le film peine à intéresser et l’humour, somme toute assez épars, ne suffit pas à relever l’ensemble. Le film est toutefois généralement assez bien estimé.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Bien qu’il fut tourné après L’Ange Bleu, Coeurs Brûlés sortit avant lui aux Etats-Unis et c’est donc avec ce film que Marlene Dietrich est devenue une star outre-Atlantique. Une chanteuse de cabaret échoue à Mogador, au Maroc. Elle y rencontre à la fois un richissime gentleman et un légionnaire qui collectionne les conquêtes féminines. Elle va hésiter entre le cœur et la raison. Coeurs Brûlés est bien plus convaincant que L’Ange Bleu (film qui a certes marqué les esprits mais qui semble bien surcoté) ne serait-ce que par le déroulement de son scénario, bien mis en place, et aussi par son climat presque onirique. Sur ce point Cœurs Brûlés s’inscrit tout à fait dans la lignée des films muets (nous sommes en 1930 aux tout début du parlant), il a cette nonchalance aristocratique, paraissant presque inaccessible, impression accentuée par le fait que tout est tourné en studio. Cette histoire d’amour fou permet à Sternberg de mettre parfaitement en valeur Marlene Dietrich avec de très beaux gros plans sur son visage, notamment dans la scène où Gary Cooper va la rejoindre dans sa chambre, superbe scène pleine d’ambiguïté, presque en demi-teintes, où Marlène paraît mystérieuse, forte et vulnérable à la fois. Pour le côté provoquant, on notera sa première apparition sur scène habillée en homme, smoking et haut de forme, et le baiser sur la bouche d’une femme : Paramount utilisera comme accroche publicitaire « La femme que même les femmes peuvent désirer »…! Après L’Ange Bleu et Morocco, Joseph von Sternberg tournera cinq films avec Marlene Dietrich.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Une décoratrice d’intérieur (Doris Day) partage sa ligne téléphonique avec un don juan beau parleur (Rock Hudson). Ils ne se sont jamais vu mais se détestent cordialement. A la suite d’un concours de circonstances, le beau garçon va se faire passer pour un texan afin de la courtiser… Confidences sur l’oreiller est assez typique de ces comédies américaines des années 50 : la recherche du célibataire idéal nourrie de quiproquos et de belles toilettes. Celle-ci est très conventionnelle et manque un peu d’éclat et de rebondissements malgré la présence de quelques bonnes trouvailles de scénario. Doris Day, qui passe avec ce film d’une carrière tournée vers la chanson à la comédie, s’en tire plutôt bien mais Rock Hudson a toujours ce jeu assez plat qui le caractérise. Confidences sur l’oreiller fut un énorme succès populaire à l’époque. Avec le recul, il paraît trop prévisible. Il comporte bien quelques scènes savoureuses mais l’ensemble est plutôt ennuyeux.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Alors que la promotion qu’il pensait devoir lui revenir est donnée à un de ses collègues d’origine étrangère, un ouvrier se joint à un gang qui organise des actions punitives contre les étrangers. La légion noire est ouvertement une dénonciation du Ku-Klux-Klan et l’originalité est de montrer comment un homme ordinaire peut succomber aux sirènes de cette organisation sinistre : une fois pris dans l’engrenage, il ne pourra plus revenir en arrière, lui-même victime autant que bourreau. Le film eut un grand retentissement à sa sortie aux Etats-Unis et fut même en partie banni en Europe (1). Il faut dire que, sans être exceptionnel, La Légion Noire est un film assez efficace, avec quelques scènes explicites lors des expéditions punitives qui, si elles ont perdu de leur impact aujourd’hui, marquèrent assez fortement les esprits dans les années 30. Pour l’un de ses premiers films où il tient la tête d’affiche, Humphrey Bogart livre une prestation assez convaincante. La Légion Noire peut sembler un peu naïf aujourd’hui, notamment dans son final, mais le fond de son propos, sur la xénophobie, reste toujours d’actualité, hélas.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Archie Mayo chroniqués sur ce blog…
(1) L’ouvrier qui souffle la promotion à Humphrey Bogart est présenté comme étant un polonais. Les sous-titres français parlent de « hongrois ». Cette substitution remonte t-elle aux années 30 (du fait de la montée de l’antisémitisme, cet ouvrier polonais étant implicitement juif) ou est-elle postérieure ?
(2) La Warner sortit un autre film dénonçant directement les méfaits du Ku-Klux-Klan 15 ans plus tard : Storm Warning (1951) de Stuart Heisler avec Ronald Reagan et Ginger Rodgers (film inédit en France).
Lui :
Histoire de crime presque parfait, Assurance sur la mort est le premier « grand film » de Billy Wilder en tant que réalisateur. Pour adapter ce roman policier de James M. Cain, il s’est adjoint les services de Raymond Chandler dont c’est ici le premier apport en tant que scénariste. La construction est originale puisque le film débute par la confession d’un agent d’assurances : une balle dans le corps, il avoue son crime à un magnétophone. Donc, le suspense n’est pas de savoir qui a tué, ni pourquoi (il dit avoir tué pour l’argent et pour une femme), mais de savoir comment cet homme a pu en arriver là. L’originalité d’Assurance sur la mort est aussi là : le meurtrier est un homme tout à fait ordinaire, ni médiocre ni brillant, un cadre moyen sans histoire. Habitué à des rôles plus légers, Fred McMurray a été réticent à accepter le rôle mais Billy Wilder a insisté, attiré justement par son côté affable. Face à lui, Barbara Stanwyck, avec sa perruque blonde et souvent vêtue de blanc, est étonnante en mante religieuse qui berne les hommes avec un petit sourire légèrement démoniaque. Edward G. Robinson complète le trio ; suspicieux, malin et méthodique, il oppose l’intelligence et la déduction aux pulsions incontrôlées. Original sur bien des points et remarquablement bien construit, Assurance sur la Mort est bien l’un des plus grands classiques du film noir.
Note :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Billy Wilder chroniqués sur ce blog…
Remarques :
– Le Code Hays avait longtemps interdit d’adaptation les deux livres de James M. Cain, Assurance sur la mort et Le Facteur sonne toujours deux fois. Tous deux reposent il est vrai sur le même thème, le désir sexuel qui pousse au crime un homme ordinaire. Ces deux livres ont donné deux très grands films noirs, à classer sans aucun doute parmi les 10 plus grands des années 40.
– L’histoire est basée sur un fait divers réel qui s’est déroulé à New York en 1927.
Lui :
Au lendemain de la guerre de Sécession, de vils marchands d’armes trouvent de nouveaux marchés en vendent des armes aux Indiens. Des hommes vont aider l’armée à faire cesser ce trafic. Comme l’annonce l’avertissement en début de film, Une aventure de Buffalo Bill condense en un seul récit plusieurs épisodes célèbres du début de la Conquête de l’Ouest. La vérité historique est cependant globalement respectée. On peut regretter l’importance donnée à la supposée romance entre Calamity Jane et Bill Hickock qui est ici le véritable héros du film, plus que Buffalo Bill. Le propos de Cecil B. DeMille est ici d’exalter le courage d’hommes qui forgèrent l’esprit d’une Nation en pleine évolution et, même si l’on peut regretter la simplicité du discours du fait d’un certain manichéisme, il le fait ici sans aucun excès, avec un très grand classicisme qui met en valeur le caractère profondément humain de ces grandes figures de l’Ouest. Une Aventure de Buffalo Bill apparaît ainsi comme un grand western classique : confrontation avec les Indiens, embuscade, arrivée de la cavalerie en renfort, règlements de comptes et chasse à l’homme forment un ensemble toujours efficace 75 ans après sa sortie.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui : The Asphalt Jungle, Quand la ville dort, fait partie des films noirs les plus marquants des années 40 et 50. Il marque en effet le début d’un genre, c’est le premier film qui montre toute la préparation, le déroulement et les suites d’un cambriolage de haut vol. C’est le premier « film de casse » (1). Auparavant les films décrivant le parcours de gangster les présentaient comme des hommes parfois brillants mais invariablement avides de pouvoir et de grandeur. La grande originalité de John Huston est de présenter ses personnages comme des hommes ordinaires. Ils ne sont pas brillants mais professionnels, avec des problèmes ordinaires : ils vont tenter de faire le plus gros casse de leur vie. Le film nous décrit la préparation puis le déroulement avec une précision digne d’un documentaire, sauf que Huston est surtout intéressé par les personnages plus que par l’action elle-même. Cela donne à Quand la ville dort une profondeur qui dépasse le genre. Pour accentuer cette authenticité, Huston a choisi de ne pas prendre d’acteur connu ; Sam Jaffe incarne remarquablement ce petit homme, cerveau de l’opération, et Sterling Hayden, à la fois gros bras et gros poupon, parvient à traduire tous les tiraillements internes de son personnage. Il faut aussi signaler la présence de la jeune Marilyn Monroe dans un petit rôle, petit mais assez important toutefois. L’atmosphère est citadine, nocturne, engendrant une impression d’enfermement qui ne se relâchera qu’à la toute fin, superbe fin apportant une sensation d’air libre et frais dans la campagne du Kentucky. Quand la ville dort a été copié maintes et maintes fois, citons notamment Du rififi chez les hommes de Jules Dassin qui en reprend la trame avec bonheur.
Note :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) Si vous voulez impressionner votre entourage immédiat avec un effet facile, vous pouvez employer le terme américain : « Asphalt Jungle est le premier caper movie »…
Remakes :
Si le film a été maintes fois copié, le roman de W.R. Burnett a été adapté 3 fois supplémentaires par la MGM, remakes qui sont loin d’être aussi remarquables : L’or du Hollandais (The Badlanders), un western de Delmer Davies (1958) avec Alan Ladd et Ernest Borgnine Les bijoux du Pahraon (Cairo) de Wolf Rilla (1963) avec George Sanders Cool Breeze de Barry Pollack (1972) avec Thalmus Rasulala.
Lui :
Si Cecil B. DeMille est connu pour ses films historiques, il n’a pas abordé si souvent l’histoire des Etats-Unis. Les Conquérants d’un Nouveau Monde en évoque une page assez ancienne puisqu’elle prend place avant la Déclaration d’Indépendance, un évènement appelé La Révolte de Pontiac (1763), du nom d’un chef indien qui organisa une attaque coordonnée de plusieurs tribus indiennes contre les colons anglais près de Pittsburgh (Pennsylvanie).
A la réalité historique est ajoutée l’aventure d’une belle anglaise exilée comme esclave (Paulette Godard) que se disputent un noble et beau capitaine (Gary Cooper) et un trafiquant d’armes (Howard Da Silva) pactisant avec l’ennemi. L’image est d’un très beau technicolor avec de très belles scènes de forêt et une fameuse scène de kayak sur d’imposantes chutes d’eau. La reconstitution du siège de Fort Pitt est assez impressionnante de réalisme. On remarquera aussi la présence de Boris Karloff, vraiment convaincant en chef indien. Précisons toutefois que Les Conquérants d’un Nouveau Monde n’est pas à recommander aux amateurs de « contenu politiquement correct » puisque les indiens y sont présentés assez fourbes. Le film est néanmoins très prenant, épique à souhait, mêlant Histoire, aventure et romanesque de façon quasiment parfaite. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Le titre français pourrait nous laisser penser qu’il s’agit là d’un film banal. Il n’en est rien : Les Affameurs est un grand film. Deuxième des cinq westerns qu’Anthony Mann tournera avec James Stewart, c’est aussi son premier film en couleurs. James Stewart interprète ici un aventurier, ancien roi de la gâchette, qui escorte un convoi de fermiers partis chercher de nouvelles terres dans l’Oregon. Le propos du film est essentiellement sur cet homme bien décidé à se racheter, sur le fait de laisser aux hommes une seconde chance ; son parcours va toutefois être rendu très ardu par une histoire d’appât du gain et de vengeance. Dès les premières minutes de Bend of the River, nous sommes happés par les évènements, l’intensité est immédiatement assez forte et elle ne faiblira pas avant la fin du film. Le film sonne très vrai, la reconstitution du voyage du convoi ou de la bourgade de Portland paraissent vraiment authentiques et nous sommes littéralement plongés au cœur de cette fin de XIXe siècle. Cette immersion est rendue encore plus efficace par les images d’Irving Glassberg, d’un superbe Technicolor. Certaines scènes, telles celles du bateau à aubes remontant le fleuve, sont vraiment majestueuses. Les Affameurs est un grand western, intense et prenant, indéniablement l’un des plus beaux westerns qui soient.
Note :
Lecteurs : (2 notes, moyenne : 4,50 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Lui : Désir est un film assez surprenant ; il semble hybride, ou plus exactement à deux têtes. Il est le fruit de la rencontre entre le réalisateur Frank Borzage et le producteur Ernst Lubitsch. Ils semblent vouloir tous deux tirer le film dans des directions presque opposées. Borzage, c’est l’amour fou, qui transcende le matériel ; Lubitsch, c’est le matériel qui surpasse l’amour avec une petite touche d’immoralité. Le début du film nous montre dans le détail et de façon enlevée comment une aventurière de grand chemin parvient se faire confier un collier de très grande valeur par un bijoutier renommé. C’est indéniablement du Lubitsch, vif et brillant, avec un comique de situation plutôt original. Au fur et à mesure, Borzage reprend le dessus avec une histoire d’amour qui naît là où la raison l’attend le moins. Le rythme devient plus posé, l’amour survient et prend le pas sur tout. Marlène Dietrich est resplendissante en mondaine rusée face à Gary Cooper qui personnifie toujours si bien la simplicité et la candeur. L’alchimie entre ces deux êtres que tout oppose est magique. Désir (s’agit-il du désir matériel, du désir amoureux ou bien encore les deux ?) est un film remarquable, autant un film d’Ernst Lubitsch qu’un film de Frank Borzage. Il porte la marque des deux.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)