3 juin 2011

L’homme de la plaine (1955) d’ Anthony Mann

Titre original : « The man from Laramie »

L'homme de la plaineLui :
Will Lockhart, un ancien capitaine de l’armée, arrive dans une petite ville du Nouveau-Mexique à la tête d’un convoi de marchandises destinées au magasin local. Mais il vient aussi pour rechercher un trafiquant d’armes, l’assassin indirect de son jeune frère… L’homme de la plaine est tiré d’une histoire parue dans le Saturday Evening Post, adaptée par Philip Yordan. L’histoire est forte avec une belle caractérisation des personnages et une remarquable mise en situation. Anthony Mann a déclaré qu’il avait traité cette histoire comme une libre interprétation du Roi LearL’homme de la plaine est effectivement un drame shakespearien par ce personnage du père et de ses trois fils (1). Anthony Mann tourne pour la première fois en Cinémascope, utilisant parfaitement ce nouveau format. James Stewart apporte beaucoup par son interprétation à la fois sobre et puissante, très authentique. Ce qui est remarquable dans L’homme de la plaine, c’est qu’il n’y a rien de superflu, rien n’est trop appuyé, tout est parfaitement à sa place. On touche là la quintessence du genre.
Note : 5 étoiles

Acteurs: James Stewart, Arthur Kennedy, Donald Crisp, Cathy O’Donnell, Alex Nicol
Voir la fiche du film et la filmographie de Anthony Mann sur le site IMDB.
Voir les autres films de Anthony Mann chroniqués sur ce blog…

Remarques :
L’homme de la plaine est le cinquième et ultime western d’Anthony Mann avec James Stewart. Ces cinq westerns sont parmi les plus beaux du genre.
Winchester ‘73 (1950) Winchester 73
Bend of the river (1952) Les affameurs
The Naked Spur (1953) L’appât
The Far Country (1955) Je suis un aventurier
The Man from Laramie (1955) L’homme de la plaine

(1) Jacques Lourcelles résume admirablement le drame de L’homme de la plaine :
« Dave est le fils réel qu’il regrette d’avoir, Hansbro est le fils de substitution (fils adoptif) dans lequel il place de chimériques espoirs, Lockhart est le fils idéal qu’il aurait souhaité et qu’il n’aura jamais, proche de lui par le caractère et l’obstination. » Tout le film est là…

7 réflexions sur « L’homme de la plaine (1955) d’ Anthony Mann »

  1. 5 films que je vois et revois au moins 2 fois par an (sans compter les autres films de Mann)!

  2. « The Man from Laramie » (L’Homme de la plaine) fait partie de ces westerns qui vous envoûtent dès la première image. En l’occurrence, dès les premières secondes du générique. J’ai oublié qui a composé la chanson-titre mais elle est très belle. Et la suite confirme au-delà de nos espérances ces primes impressions favorables. André Bazin avait consacré un article à ce film. Pour en dire le plus grand bien, on s’en doute. Kevin Costner s’est pour sa part souvenu des premières séquences de « L’Homme de la plaine »dans son beau film « Open Range », quand lui-même et R. Duvall vont prendre le thé chez A. Benning. La gaucherie, la pudeur extrêmement touchante que parvient à exprimer J. Stewart dans le petit salon de la jolie demoiselle Wagoman, on se dit qu’aujourd’hui peu d’acteurs sauraient la jouer avec une telle finesse. James Stewart était un grand bonhomme, on ne le répètera jamais assez. Mais il y a aussi les autres : formidable Arthur Kennedy, travaillé par tant de frustrations qu’il se brisera contre les forces mauvaises qu’il a déclenchées pour son plus grand malheur et celui de ses proches. Et puis, et puis… Il y a un certain Chris Boldt, personnage fourbe, malfaisant, incarné comme il se doit par Jack Elam, le louchon magnifique. Un western sans Elam, c’est un peu comme un plat sans sel. Evidemment, dans onze westerns sur dix, Jack Elam se fait dessouder. C’est encore le cas ici. Cet acteur était devenu presque à lui seul un stéréotype du western. A un moment ou à un autre, il fallait que Jack Elam meure. C’était déjà le cas dans « The Far Country » (Je suis un aventurier). Le règlement de comptes final a lieu, comme presque toujours chez Anthony Mann, sur une éminence rocheuse. C’est tragique et sublime à la fois. Vous l’aurez compris : on peut sans doute vivre sans avoir vu « L’Homme de la plaine ». Mais on vit encore mieux en l’ayant vu. Et revu.

  3. Voici ma petite pierre à cet excellent commentaitre : la chanson « The Man from Laramie » a été composée par Lester Lee pour la musique et Ned Washington pour les paroles.

  4. Superbe western, tragédie antique dans des décors qui à eux seuls suffisent à dire l’âpreté des hommes, leur violence. Pas une image de trop, pas une émotion qui ne soit maitrisée. Vraiment une oeuvre classique dans des paysages admirablement filmés auxquels s’accrochent les chevaux et les cavaliers. Admirable vraiment.

  5. Je suis étonné que personne (ni « Lui » ni les commentateurs précédents) n’évoquent le fait que The Man from Laramie peut être considéré comme la matrice des westerns spaghetti.

    Si si, je suis très sérieux, et je n’écris pas cela pour déprécier ce film.

    Bien sûr, je ne parle pas de la mise en scène et de la narration, que Leone et quelques autres ont ensuite fait éclater à leur sauce, mais des archétypes du récit et des personnages. Quoique, d’ailleurs, à y penser, même certains éléments de mise en scène (le long travelling arrière sur Stewart sortant de son « hôtel » et marchant, marchant, marchant d’un pas décidé et ferme jusqu’à Dave qu’il désarçonne et frappe ; la scène de l’enterrement de Dave beaucoup plus tard ; etc.) ont pu inspirer Leone. En tout cas, l’homme mystérieux qui sert de catalyseur aux drames locaux et dont l’arrivée provoque l’explosion de situations sociales et relationnelles qui couvaient : les westerns spaghetti sont largement basés sur ce schéma. Les conflits terriens basés sur la loi du plus fort. La vengeance cachée *. Vous parlez de quintessence du genre, c’est vrai et cela pose question… car les deux autres western Mann-Stewart que j’aie vu (Les affameurs et L’appât) sont au contraire totalement atypiques !

    Cette impression que The Man from Laramie a servi de matrice à l’évolution ultérieure du genre m’est venue à l’esprit précisément parce qu’il est radicalement différent des Affameurs et de L’appât. Là où ces derniers étaient épurés, avec des situations inattendues (ou désamorcées étonnamment) et un fil dramatique très simple (donc très fort), celui-ci est complexe, avec des relations tordues, des mystères, une enquête, des rancœurs mal enfouies, etc.

    J’ajoute même (et c’est encore un point commun avec les westerns spaghetti) qu’ici la mise en scène surpasse totalement le scénario, c’est-à-dire que certains points du scénario restent obscurs ou incohérents (vraiment !) mais que c’est sans importance du moment qu’ils apportent du rythme ou une ambiance, du moment qu’ils servent la mise en scène. Ainsi, quid de l’attaque nocturne contre Stewart, suivie de la mort mystérieuse de son assaillant (absolument pas expliquée ensuite : aucune raison ni à l’attaque ni au fait qu’il soit ensuite découvert mort) ? Quid de cet Indien travaillant avec Barbara Waggoman, témoin de l’attaque nocturne, plusieurs fois présent à des moments clefs, mais jamais actif ni expliqué ? Quid du fait que Vic empêche Dave de vendre les 200 fusils d’un coup (au point de le tuer pour éviter le massacre qui s’ensuivrait)… puis que ce même Vic essaie à la fin précisément d’appeler les Appaches auprès du charriot de fusils ? Si l’on essaie de démêler précisément le scénario, il comporte des incohérences étonnantes et des trous. Peut-être s’agit-ils de points éclairés par le feuilleton paru préalablement, et censément connu de nombreux spectateurs de l’époque ? Peut-être mais pas convaincant. Surtout, ce sont des scènes. Des climats, des rebondissements. Utiles au récit, et peu importe les détails du scénario du moment que tout s’enchaîne suffisamment vite pour qu’on ne s’y attarde pas. Et ça ne me gêne pas, car c’est bien le climat, le rythme et les personnages ** qui comptent ici (exactement comme, plus tard, dans les westerns spaghetti — qui utilisèrent le principe d’une autre manière, avec des caricatures qui me fatiguent vite et me plaisent moins que la fine narration d’Anthony Mann, mais qui utilisèrent quand même le même principe).

    En tout cas, comme dans les autres Mann-Stewart, le récit ne s’essouffle jamais, le rythme est parfaitement maîtrisé et l’on est cueillis du début à la fin.

    ————

    * J’y ajouterai l’enquête sur un trafic d’arme au profit des Indiens, repris dans de nombreuses bandes-dessinées de western (à commencer par plusieurs Lucky Luke).

    ** Contrairement aux Leone, les personnages sont ici subtils et joués sans caricature. Arthur Kennedy reste longtemps ambigu, et son personnage est réellement à plusieurs facettes. La première rencontre entre Lockhart et Barbara Waggoman est remarquable de pudeur. Seul Dave peut apparaître comme surjoué… mais je me suis surpris à corriger immédiatement cette impression tant il semble l’ancêtre de Trump (fils à papa riche par héritage, psychopathe orgueilleux, xénophobe, voulant que tout le monde se plie à ses caprices, prêt à déclencher un massacre pour éviter de perdre la face : n’en jetez plus !). Donc finalement même Dave est crédible, hélas. L’Amérique a aussi produit depuis longtemps ce genre de dangers publics meurtriers.

  6. Que le film puisse avoir été une source d’inspiration majeure pour les westerns spaghetti ne m’avait pas frappé quand je l’ai vu… vous avez de bons arguments pour aller dans ce sens, effectivement. Il faudrait que je revoie le film…

  7. Je ne l’avais jamais vu comme cela, mais les arguments développés sont intéressants et une nouvelle vision s’imposera pour que je m’en fasse un avis définitif.
    J’y voyais jusqu’ici une adaptation westernienne, classique et magistrale, du Roi Lear.
    Une chose, tout de même, c’est le rôle de la femme dans le western traditionnel, et chez Mann, qui disparaîtra totalement chez Leone et autres consorts transalpins. Un rôle loin d’être anodin : modérateur, voire rédempteur, sauf exceptions (Jubal, Johnny Guitar…).
    Dans le western spaghetti, la femme n’a généralement plus aucun rôle, si ce n’est celle de la victime de divers sadiques cradingues aux mêmes trognes mal rasées.

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