30 avril 2008

Nue propriété (2006) de Joachim Lafosse

Nue propriétéElle :
Un film violent et bouleversant. Un couple divorcé, un père absent, une mère abandonnée qui rêve de refaire sa vie, ses deux grands fils encombrants qui ne parviennent pas à se trouver et la réprimandent comme une enfant. La grande maison de famille, qui pourrait être vendue, devient un enjeu de pouvoir et de conflit. Les querelles sont à fleur de peau, toute la famille se disloque peu à peu ne sachant comment sortir de l’impasse. Conflits ouverts entre les parents, entre la mère et un fils puis entre les deux fils. Il règne un climat étrange, presque morbide autour de ce quotidien monotone et ses rites de vie. Isabelle Huppert et les frères Renier trouvent le ton juste La douleur intérieure et les émotions effleurent chaque plan. Joachim Lafosse filme cette lente déchirure avec sensibilité, justesse et force.
Note : 5 étoiles

Lui :
Pour son troisième long métrage, le réalisateur belge Joachim Lafosse aborde le sujet d’une mère qui, 15 ans après son divorce, ne parvient pas à pouvoir choisir sa vie. Ses deux grands enfants se comportent en effet vis-à-vis d’elle presque comme des parents. L’un des grands atouts de Nue Propriété réside en une interprétation très forte et empreinte d’une rare authenticité. Les deux fils sont joués par deux frères, Jérémie Renier et, moins connu (du moins en France), Yannick Renier. S’ils ne sont pas jumeaux dans la vie puisque Yannick est l’aîné de 6 ans, ils n’en ont pas moins une implicite complicité qui sert indéniablement le film. Face à eux, Isabelle Huppert livre une interprétation remarquable de cette mère hésitante sur l’orientation à donner à sa vie. Globalement, le film évoque quelque peu les films de Pialat, impression d’ailleurs accentuée par une petite ressemblance entre le père et ce réalisateur! Bien qu’il soit un peu difficile à percevoir pour un spectateur français, Nue Propriété comporte aussi un thème sur le rapprochement des wallons et des flamands, sur les difficultés que ces deux peuples ont à vivre ensemble : l’acteur Kris Cuppens, interprétant le nouveau compagnon d’Isabelle Huppert, est en effet d’origine flamande. Un beau film, assez fort.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Isabelle Huppert, Jérémie Renier, Yannick Renier, Kris Cuppens, Patrick Descamps
Voir la fiche du film et la filmographie de Joachim Lafosse sur le site imdb.com.

Remarque : La nue-propriété est un terme juridique désignant le fait de posséder un bien sans pouvoir en avoir la jouissance.

29 avril 2008

Bubble (2006) de Steven Soderbergh

BubbleElle :
Contrairement à ses montages élaborés et loin de l’univers du star system, Soderbergh nous offre un film brut, dépouillé aux allures de documentaire qui dépeint avec sensibilité un sous-prolétariat sans avenir. Tourné en DV avec des acteurs non professionnels, il parvient à communiquer à travers ses images la mélancolie, le vide des vies, l’absence de projets, la monotonie de la nourriture fast food et d’un travail inintéressant. Ces personnages en errance affective et sentimentale sont attachants et émouvants. La dimension policière qui s’ajoute au scénario accentue le sentiment d’étrangeté et de désolation qui découle de ce monde déshumanisé.
Note : 4 étoiles

Lui :
Si Soderbergh a pu être parfois accusé de faire un cinéma trop facile et racoleur, il semble vouloir apporter un démenti avec Bubble. Cette peinture sociale est assez sombre, avec un dépouillement souligné par une très belle musique à la guitare acoustique. Bubble prend tout d’abord des allures de documentaire pour venir se terminer sur une intrigue policière, toute simple, sans envergure, à l’image de ses personnages qui semblent voués à la solitude. L’ensemble est assez fort.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Debbie Doebereiner, Dustin James Ashley, Misty Wilkins
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Homonyme :
The Bubble de l’israélien Eytan Fox (2006)

23 avril 2008

Angel (2007) de François Ozon

AngelElle :
Grâce à son grand talent de mise en scène et de scénariste, François Ozon n’a pas son pareil pour nous introduire dans cet univers des années 40-50 aux accents hollywoodiens ; son héroïne romancière fait d’ailleurs penser à la rebelle et capricieuse Scarlett O’Hara d’Autant en Emporte le Vent. Musiques sirupeuses, décors dispendieux et voyants, toilettes froufroutantes, reconstitution des années 1900, une fois de plus, le réalisateur surprend par son audace et son habileté à nous accrocher et à éviter tout académisme. Cette jeune femme survoltée qui écrit des romans à l’eau de rose, vit dans un rêve permanent et rejette ses origines modestes, finit par devenir émouvante malgré ses désirs de luxe et de célébrité. François Ozon cerne avec habileté ses fragilités et fêlures derrière le masque de la gloire artificielle et éphémère et se pose la question de savoir ce que signifie réussir sa vie.
Note : 5 étoiles

Lui :
Dans l’Angleterre du tout début du XXe siècle, Angel, la fille d’une épicière, devient une romancière à succès. En adaptant ce roman d’Elisabeth Taylor (romancière anglaise n’ayant bien entendu aucun lien avec l’actrice du même nom)(1), François Ozon tente de renouer avec la tradition des grands mélodrames des années 50. Effectivement, il parvient à donner une dimension certaine à son film par une mise en scène très travaillée et des plans graphiquement étudiés. Il nous lance même de petits clins d’oeils avec quelques plans ostensiblement en décors peints. Hélas, l’histoire donne autant cette impression d’histoire à l’eau de rose que les romans qu’écrit son héroïne : cette romancière rêve sa vie plus qu’elle ne la vit, modifiant la réalité pour se calfeutrer dans un monde idéalisé. Angel est un film très plein, mais uniquement dans sa forme et au final se révèle donc un peu long.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Romola Garai, Sam Neill, Lucy Russell, Michael Fassbender, Charlotte Rampling
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(1) Le roman d’Elisabeth Taylor était inspiré de la vie d’une romancière populaire de la même époque : Marie Corelli.

Homonyme :
Ange (Angel) de Ernst Lubitsch avec Marlene Dietrich (1937).

22 avril 2008

L’étoile imaginaire (2006) de Gianni Amelio

Titre original : « La stella che non c’è »

L’étoile imaginaireElle :
Un film un peu désarçonnant dont on a du mal à cerner les aboutissants pendant assez longtemps. Il s’agit davantage de la quête initiatique d’un responsable de maintenance italien qui, par conscience professionnelle, veut aller en Chine réparer la pièce défectueuse de son usine démantelée. La naïveté et le désir de vérité le conduit à partir à la recherche de cette usine. Son parcours semé d’embûches lui donne l’occasion de découvrir la tendresse avec une jeune chinoise et d’aller au bout de lui-même et de découvrir la Chine industrielle avec ses dures conditions de travail et de vie, la pollution, la grisaille. Ce côté documentaire est intéressant et authentique.
Note : 3 étoiles

Lui :
Après que le haut-fourneau de son usine ait été revendu à un groupe chinois, un agent de la maintenance part en Chine de son propre chef apporter le moyen de corriger une pièce qu’il sait défectueuse. L’étoile Imaginaire décrit ainsi cette quête improbable et relativement décalée dans notre monde actuel d’individualisme et de performance. Sans le savoir, cet homme trouvera à l’autre bout du monde de quoi changer sa propre vie. Le film de Gianni Amelio a quelque mal à capturer le spectateur dans un premier temps mais, par le regard qu’il nous offre, trouve le moyen de nous intriguer puis de nous faire partager les sentiments de son héro. La Chine qu’il nous montre est celle des complexes industriels et des vastes cités surpeuplées, une Chine toujours grouillante d’une activité de grands travaux qui l’a fait ressembler à un vaste chantier permanent. Un film inhabituel.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Sergio Castellitto, Ling Tai
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21 avril 2008

Casanova (2005) de Lasse Hallström

L’ensorceleuseElle :
(pas vu)

Lui :
Lasse Hallström nous propose une variation autour du thème de Casanova en inventant une petite histoire gentille en marge de l’histoire principale. Son film respecte scrupuleusement les codes hollywoodiens actuels du genre films pour adolescents, ce qui bien entendu en limite la portée. L’ensemble est néanmoins bien réalisé et donne un divertissement plaisant, du moins dans un premier temps car la seconde moitié du film tourne un peu à la pantalonnade et devient franchement simplet. On pourra apprécier la qualité de la reconstitution de la Venise du XVIIIe siècle et la musique baroque particulièrement présente. C’est le seul aspect vraiment historique du film d’ailleurs puisque cette variation n’a bien entendu rien à voir avec le personnage réel de Giacomo Casanova.
Note : 2 eacute;toiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Heath Ledger, Sienna Miller, Jeremy Irons, Oliver Platt, Lena Olin, Omid Djalili
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Casanova a été adapté de très nombreuses fois au cinéma mais assez rarement de façon remarquable comme en témoigne la courte liste ci dessous :
Casanova de Fellini (Il Casanova di Federico Fellini), film italien de Frederico Fellini (1976) avec Donald Sutherland.
Casanova, un adolescent à Venise (Infanzia, vocazione e prime esperienze di Giacomo Casanova, veneziano) de Luigi Comencini (1969) avec Leonard Whiting.
Casanova d’Alexandre Volkoff (1927) avec Ivan Mozzhukhin.

13 avril 2008

Je crois que je l’aime (2007) de Pierre Jolivet

Je crois que je l'aimeElle :
Une petite comédie romantique servie par de bons acteurs mais qui ronronne gentiment. Le coup du riche PDG solitaire qui s’amourache d’une artiste n’est pas très original ; on nous l’a fait mille fois. Rive gauche, rive droite, les clichés et les exagérations abondent ; il faut bien alimenter le scénario comme on peut.
Note : 2 étoiles

Lui :
Sur le fond, on ne peut pas dire que Je crois que je l’aime brille par son originalité : une histoire d’amour entre deux personnes que tout oppose. Sur la forme non plus d’ailleurs, le scénario se déroulant selon les codes et usages du genre. Son atout principal réside dans un second rôle : un chef de la sécurité roi de l’espionnage, maniaque des micros et caméras cachés, placidement interprété par François Berland. En revanche, le film est plombé par ses clichés et des effets scénaristiques assez voyants mais sans intérêt. Au final, Je crois que je l’aime est un film sans grande surprise et qui est tout juste plaisant.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Vincent Lindon, Sandrine Bonnaire, François Berléand, Liane Foly
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10 avril 2008

12h08 à l’est de Bucarest (2006) de Corneliu Porumboiu

Titre original : « A fost sau n-a fost? »

12h08 à l’est de BucarestElle :
(Abandon)
Note : pas d'étoiles

Lui :
Dans une ville de province à l’est de Bucarest, le patron d’une (très) petite chaîne de télévision locale organise un débat : « La révolution a t-elle eu lieu aussi dans notre ville ? » La révolution dont il est question ici est bien entendu l’éviction de Ceaucescu (qui fut évacué par hélicoptère le 22 décembre 1989 à 12h08). N’ayant pu faire venir les invités de marque prévus, le présentateur doit se rabattre sur un veuf solitaire plutôt taciturne et un professeur d’histoire qui a la fâcheuse habitude de se cuiter tous les soirs et de se couvrir de dettes. La première moitié du film nous montre la vie de ces trois personnages en les suivant depuis le matin jusqu’au moment de l’émission. Cette partie peut sembler un peu longue mais nous dresse un portrait de chacun. Le morceau de choix de 12h08 à l’est de Bucarest réside dans le débat qui occupe toute la seconde moitié du film, débat assez pittoresque qui ne déroule pas aussi bien que prévu. Le propos de Corneliu Porumboiu est sans aucun doute de montrer comment chacun modifie la réalité avec le temps, ce qui aboutit 16 ans plus tard à des versions totalement contradictoires de l’Histoire qui se charge ainsi de connotations parfaitement subjectives. Il relative aussi et désacralise un évènement historique majeur en montrant la diversité des motivations de chacun à manifester à l’époque des faits et en introduisant une bonne dose d’humour, par les coups de téléphone notamment et par le cadre rudimentaire de l’émission. Un film iconoclaste en quelque sorte.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Mircea Andreescu, Teodor Corban, Ion Sapdaru
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8 avril 2008

La consultation (2006) de Hélène de Crécy

La ConsultationElle :
Un film documentaire utile, intéressant et émouvant sur le quotidien d’un médecin généraliste qui est le rouage essentiel de la communication et de l’information médicale. Toutes les couches de la société défilent devant lui avec leurs espoirs, leurs problèmes et leurs douleurs. Les émotions qui se dégagent de ces entretiens avec le médecin sont de l’ordre de l’humain mais aussi de l’impudique. La souffrance physique révèle la plupart du temps des problèmes psychologiques comme si les maux du corps étaient un révélateur de l’âme. On peut cependant s’interroger sur ce qui a pu pousser ces clients volontaires à se prêter au jeu de la caméra et de cette mise à nu car elle les déshabille parfois impudiquement et négativement.
Note : 4 étoiles

Lui :
Certes, La Consultation est un documentaire absolument nouveau dans la vision qu’il nous offre de la « médecine ordinaire » d’un généraliste confronté à des cas forts différents : il nous présente à la fois une certaine image de la société actuelle et aussi nous interroge sur notre rapport à la médecine. Cependant on peut aussi se demander où va s’arrêter cette pénétration parfaitement impudique de la caméra, cette Caméra sacralisée par notre société comme de l’organe de l’ouverture totale. Quelle est l’étape suivante ? « 24 heures de la vie d’un psychiatre » ? « Secrets de confessionnal » ? On peut aussi se demander pourquoi La Consultation n’a pas été tourné avec des acteurs (il y a ne serait-ce que 10 ans, ce documentaire avec personnes réelles eut été probablement inconcevable). Répondre à cette question en entraîne d’autres sur le rôle de l’information dans notre société.
Note : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs:
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4 avril 2008

Les témoins (2007) de André Téchiné

Les TémoinsElle :
Désir de trouver le bonheur dans la sexualité, de vivre l’intensité d’un instant présent et pourtant en ce début des années 80, c’est l’apparition brutale d’une maladie méconnue le sida. Le film nous remet en mémoire un contexte difficile : prise en charge sommaire, pas de traitements, préjugés, angoisses de mort. Téchiné nous plonge au cœur du milieu homosexuel par le biais d’un médecin amoureux d’un jeune homme qui va le tromper avec le mari d’une de ses amies. Les vies se croisent, s’entrechoquent, les repères se fissurent, les expériences sont douloureuses mais l’appétit de vivre et le désir d’amour est plus fort lorsque la mort est au rendez-vous. Les personnages de Téchiné sont fragiles, sensibles et lumineux, sur la lisière d’un gouffre.
Note : 4 étoiles

Lui :
L’art d’André Téchiné avec Les Témoins est de ne pas aborder bille en tête son sujet principal : il prend le soin de nous dresser le portrait d’un petit groupe de personnes très différents dans leur façon d’aborder la vie tout en étant proches. Cette première partie est une belle chronique qui parvient à rendre ces personnages attachants ce qui accentue d’autant la soudaineté de l’irruption de la maladie qui survient sans crier gare. André Téchiné sait alors éviter l’excès de mélodrame, pouvant donner l’impression de rester parfois descriptif, mais cela donne à son film beaucoup de force et d’authenticité. Il s’appuie aussi sur un excellent quarteron d’acteurs : Sami Bouajila est particulièrement remarquable.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Michel Blanc, Emmanuelle Béart, Sami Bouajila, Johan Libéreau, Julie Depardieu
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3 avril 2008

Golden door (2006) de Emanuele Crialese

Titre original : « Nuovomondo »

Golden doorElle :
(Abandon)
Note : 0 eacute;toile

Lui :
Golden Door nous fait revivre le parcours d’une famille d’immigrants siciliens, depuis leur campagne aride de Sicile jusqu’aux portes de l’Amérique. Alors qu’il nous avait enchanté avec son film précédent Respiro, Emanuele Crialese nous livre cette fois un film assez vide et empâté d’effets visuels inutiles. Le cinéaste semble ainsi avoir perdu toute la fraîcheur et l’authenticité qui faisaient le charme de ses films. Le personnage joué par Charlotte Gainsbourg donne l’impression de n’être, lui aussi, qu’un effet scénaristique inutile. La partie la plus intéressante de Golden Door se situe sur Ellis Island et le film prend alors une fonction de témoignage historique sur la sélection qui s’y est opérée pendant de nombreuses années, à l’entrée des Etats-Unis.
Note : 1 eacute;toile

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Charlotte Gainsbourg, Vincenzo Amato
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