Lui :
Au début des années cinquante, Georges Franju réalise un court métrage sur la vie de Georges Méliès, pionnier du cinéma qui n’était pas, alors, pleinement reconnu. Ce film de 31 minutes est assez émouvant car le rôle de Méliès est tenu par son fils, André. Même s’il n’est visiblement pas un acteur, celui-ci donne un certain souffle au film, aidé par la présence de la seconde femme du réalisateur, Jeanne d’Alcy qui, à 87 ans, joue son propre rôle. Aucun texte n’est dit par les acteurs ; la narration est donnée en voix-off par François Lallement, collaborateur de Méliès à l’époque et parfois acteur (1). Le film retrace la vie du réalisateur dans ses grandes lignes, reconstitue la fameuse rencontre avec Louis Lumière, recrée le premier lieu de tournage en plein air, explique quelques trucages (notamment la tête qui grossit dans L’homme à la tête de choux) et la fin de Méliès comme vendeur de bonbons et de jouets à la Gare Montparnasse, le tout agrémenté d’extraits de quelques films, notamment du Voyage dans la Lune. L’ensemble est un peu austère mais constitue un bel hommage à ce grand pionnier du cinéma.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
Rappelons que Georges Franju est, avec Henri Langlois, l’un des fondateurs de la Cinémathèque Française en 1936.
(1) Dans Le Voyage dans la Lune, François Lallement joue le personnage qui dirige le petit groupe de girls lors de la mise à feu. Il le précise lui-même dans sa narration.
Autre film documentaire : La magie Méliès de Jacques Meny (TV, 1997)
Lui :
Alors que la planète semble être au bord du goufre, un homme se remémore ses derniers jours et cherche à retrouver une jeune femme qu’il a aimée… Les intentions des frères Larrieu avec Les derniers jours du monde sont un peu délicates à cerner tant le film est un gigantesque fourre-tout mais il semble que ce soit l’amour et le désir, seul sentiment refuge en cas de certitude d’une fin proche. Le cataclysme est un véritable catalogue de toutes les catastrophes possibles (pollution, virus, guerre civile, guerre atomique, etc.) et les attitudes et les personnages semblent former un assemblage tout autant disparate. La crédibilité n’est visiblement pas recherchée par les réalisateurs mais, comme on ne croit à rien dans cette histoire, on s’en détache assez rapidement. Il reste un assemblage d’images-choc (scènes de foules assez incroyables à Pampelune), des références cinématographiques (scène du château-abri) et une brochette d’acteurs pour faire une belle affiche.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
(Muet, 24 minutes) Georges Méliès adapte pour la seconde fois le conte de Charles Perrault, Cendrillon. C’est bien entendu beaucoup plus long ici, le réalisateur a tendance à appuyer fortement ses effets et à prolonger les diverses transformations d’objets ou de personnages qui paraissent interminables. L’ensemble manque singulièrement de rythme. Comme pour tous les derniers films qu’il a tournés, on sent ici le fort décalage de Méliès avec les autres cinéastes en ce début des années 1910. Malgré tous les effets, la fixité de sa caméra se ressent et le côté théâtral de son cinéma paraît être une lourdeur.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Georges Méliès chroniqués sur ce blog…
Précédente adaptation : Cendrillon (1899) film de 6 minutes de Georges Méliès
Remarque :
Le dessin ci-dessus de Cendrillon ou La pantoufle merveilleuse est un dessin de Georges Méliès datant environ de 1930 (Collection de la Cinémathèque Française).
Lui :
(Muet, 33 minutes) Les scientifiques du monde se rassemblent pour décider du meilleur moyen de transport à utiliser pour aller explorer le Pôle Nord. Un aéroplane est mis en construction. Puis commence un long voyage… A la conquête du pôle est une libre adaptation du roman de Jules Verne. La structure narrative du film rappelle fortement celle du Voyage dans la Lune qu’il a tourné dix ans plus tôt. Le traitement est aussi assez proche et on mesure là à quel point Méliès n’a pas suivi l’évolution du cinéma. Autant il était formidablement en avance sur son temps en 1902, aussi il paraît être plutôt en retard en 1912 : son cinéma semble comparativement trop théâtral et c’est ce qui a provoqué sa forte baisse de popularité. La fibre créative, qui rend sa production si attrayante, paraît ici moins vive. Le voyage dans les airs est particulièrement long et reprend le thème des signes du zodiaque animés que l’auteur/réalisateur a déjà utilisé plusieurs fois. Malgré quelques bonnes trouvailles, les scènes sur le pôle sont plutôt décevantes. A la conquête du Pôle fait hélas partie des derniers films qu’a tournés Georges Méliès.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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Remarque :
On notera la façon dont les suffragettes sont ridiculisées par Méliès, allant jusqu’au plus mauvais goût (chute et empalement). Cela illustre bien à quel point l’action de ces suffragettes pouvaient déclencher des réactions hostiles et passionnées en cette veille de la Guerre de 14-18.
Lui :
(Muet, 15 minutes) Lors d’un sommet, les chefs d’état français et anglais dorment dans des chambres mitoyennes et font le même rêve : un tunnel sous la Manche est percé. Mais après l’euphorie, le rêve va se transformer en cauchemar… Ce film de Méliès est une comédie légère dont le ton (et même l’image parfois) est proche de celui de la caricature politique.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
Méliès n’a pas (bien entendu) inventé le concept. Le projet d’un tunnel sous la Manche était déjà dans tous les esprits à cette époque et, ce, depuis de nombreuses années. Le percement d’un tunnel (uniquement ferroviaire puisque les automobiles étaient très peu répandues) avait même débuté en 1874 et été abandonné quelques années plus tard.
Lui :
(Muet 17 minutes) Un mystérieux personnage donne à un inventeur et son valet des pilules magiques qui vont leur permettre de faire le tour du monde. Il n’exige en retour qu’une signature. Le malheureux ne sait pas qu’il vient de vendre son âme au diable qui n’aura de cesse de le tourmenter. Il part pour un grand voyage… Georges Méliès ne cherche pas ici à donner à l’histoire une once de vraisemblance, Les quatre cents farces du diable est plutôt une féerie d’effets spectaculaires, de transformations d’objets, d’apparitions. On a l’impression qu’il a voulu condenser tous ses effets en un seul film. Il fait preuve d’une inventivité remarquable : la transformation d’une série de malles de voyage en petit train est superbement inattendue, la course folle dans les astres est joliment onirique. Le rythme est soutenu, nous n’avons guère le temps de souffler et ne comptez pas sur un happy end à la fin ! Le film est aussi plein d’humour, notamment par le personnage du valet qui se comporte le plus souvent comme un bouffon. Belle réalisation et belles utilisation des couleurs.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Précision :
Mise en couleurs : non seulement, les films de Méliès étaient peints à la main, image par image, mais encore il fallait répéter l’opération pour chaque copie vendue car il n’y avait aucun moyen de les dupliquer. Cela paraît presque inconcevable à nos esprits d’aujourd’hui… La couche appliquée était bien entendu suffisamment transparente pour laisser apparentes les nuances de gris, ce qui permettait de colorier des « grandes » zones. Rappelons aussi que les films étaient vendus (et non loués) aux exploitants. La version couleur était bien entendu plus chère que la version noir et blanc.
Lui :
(Muet, 12 minutes) Un jeune troubadour consulte la Fée Carabosse pour connaître son avenir. Celle-ci lui montre la vision d’une princesse prisonnière dans un château. Pour aller la délivrer, elle lui propose un talisman magique. Au moment de payer, le troubadour trompe la fée en lui donnant un sac rempli de sable. Elle jure de se venger… Ce petit film aurait été une commande des Magasins Dufayel (Bd Barbès à Paris) : il était montré aux enfants pendant que les mamans faisaient tranquillement leurs emplettes. L’histoire est donc très simple, avec de nombreuses apparitions de monstres ou de fantômes. Méliès montre sa bonne maîtrise du conte de fée qu’il met joliment en images. La fée Carabosse ou le poignard fatal est un petit film très bien réalisé, tant au niveau de la création des personnages (intéressante fée en chapeau pointu) qu’au niveau de la colorisation.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
(Muet 14 minutes) L’histoire de ce petit film en couleurs est librement adaptée d’un conte de l’américain Washington Irving (1783-1859) : un homme part en forêt pour fuir et, pris de fatigue, s’endort pour se réveiller vingt ans plus tard… Méliès donne une version haute en couleur, dans tous les sens du terme puisque les scènes de forêt sont effectivement très colorées. Comme pour Le palais des mille et ne nuits tourné la même année, Méliès utilise largement la profondeur de son nouveau studio pour créer des plans toujours plus riches avec des décors qui peuvent pivoter ou s’effacer pour nous faire découvrir un autre lieu. La projection de La légende de Rip Van Winkle était accompagnée d’un commentaire dit en direct par un bonimenteur. Il est nécessaire de regarder une version avec ce commentaire pour bien comprendre l’action.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
(Muet, 21 minutes) Un jeune homme a gagné l’amour de la fille d’un riche sultan mais ne peut l’épouser car il est sans le sou. Un bon génie accepte de le guider vers un fabuleux trésor mais il devra d’abord prouver sa vaillance et son courage… Le Palais des Mille et une Nuits est assez remarquable par la richesse de ses décors aux multiples détails. Les passages les mieux conservés sont de toute beauté en couleurs. Le film utilise d’importantes mises en scène : décors qui coulissent, montent ou pivotent avec une bonne utilisation de la profondeur des plans. On peut supposer que le film a été tourné dans le second studio de Georges Méliès, beaucoup plus grand que le premier et plus riche en mécanismes. Les apparitions et disparitions sont nombreuses, certaines sont très réussies car très progressives (par exemple la première apparition de la déesse au sommet de son piédestal). Sur l’histoire proprement dite, Le palais des mille et une nuits est toutefois beaucoup moins prenant et convaincant que Le Royaume des Fées. La projection du Palais des Mille et Une Nuits était accompagnée d’un commentaire dit en direct par un bonimenteur. Il est essentiel de regarder une version avec ce commentaire qui permet de bien comprendre l’action.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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Remarques:
Christie a récemment vendu aux enchères le script (4 pages) écrit de la main de Georges Méliès. Voici ce que l’on pouvait lire sur la première page visible sur internet :
– Le Palais des Mille et une Nuits –
Grande féérie cinématographique
de Georges Méliès
1ere partie : Le prince Sourire, qui est sans fortune, aime la princesse Indigo, fille d’un Radjah, et est aimé d’elle. Il la demande en mariage mais la demande est repoussée, car elle est promise à un vieil usurier, fort riche, nommé Sakaram, lequel est d’une avarice sordide (ainsi que le Radjah).
2e partie : Le prince est désespéré de ce refus mais grâce à l’aide du sorcier Kalafar qui compatit à son infortune et qui lui fait avoir le concours de diverses puissances magiques, il part à la conquête d’un trésor dont il s’empare après de nombreuses péripéties.
3e partie : Le prince revient au palais du Radjah qui, le voyant désormais plus riche que le vieil usurier, reprend sa parole à ce dernier, le fait chasser du palais, et accorde sa fille à celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.
Les 30 tableaux :
1. L’audience du Radjah
2. La demande en mariage
3. La chambre du Prince
4. Le sorcier Kalafar et l’épée enchantée
5. Le temple de Siva, cérémonique bouddhique. Les Vestales.
6. Le miracle de Siva
7. Les bateliers du fleuve sacré
8. Le Nain bleu
9. Les rives du fleuve sacré
10. La gondole du Nain bleu
11. Cortège du Grand Prêtre et des Gardiennes de la forêt magique
12. La forêt enchantée, grand décor extraordinaire à transformations multiples
13. L’entrée des Cavernes Merveilleuses. La Fée de l’Or.
14. Descente dans la Grotte de Cristal.
15. La Grotte de Cristal
16. Les génies du feu, gardiens des trésors
17. Les feux follets.
18. Les spectres, combat fantomatique.
19. Les caves miraculeuses
20. Le dragon et les crapauds fantastiques
21. Les monstres de pierre
22. Les feuilles de lotus merveilleuses
23. Les déesses souterraines
24. La fontaine de feu
25. Le temple d’Or
26. Le Palais des mille et une nuits
27. La Fée de l’Or et le coffre-fort féérique
28. La conquête des trésors
29. Grand défilé des richesses
30. Retour au palais du Radjah et mariage du prince.
La portion visible s’arrête ici, hélas. Les deux autres pages décrivent le contenu de chaque tableau. On remarque que, pour Méliès, la notion de tableau est liée à la mise en place. Deux scènes se deroulant dans le même décor avec une substitution d’objet sont pour lui deux tableaux différents.
On notera aussi que le découpage en trois parties n’est pas représentatif car les première et dernière parties sont excessivement courtes par rapport à la deuxième.
Lui :
(Muet 16 minutes) Le Royaume de Fées est l’un des plus beaux films de Méliès. Il présente la même richesse et la même beauté visuelle, voire plus, que Le Voyage dans la Lune. L’histoire est adaptée d’une féérie du Chatelet. Alors que le Roi annonce le mariage de sa fille avec un beau prince, sous l’égide de bonnes fées, la princesse est brutalement enlevée par une abominable sorcière. Une expédition est immédiatement entreprise par le jeune prince pour aller la délivrer… L’histoire est simple sur le fond mais assez élaborée dans ses développements. Les décors sont riches et variés, toujours très beaux avec de remarquables couleurs. Les paysages sous-marins sont particulièrement admirables, très poétiques. L’histoire permet à Méliès d’utiliser sa grande maîtrise des apparitions et disparitions, des superpositions et des effets pyrotechniques (étonnante scène « à grand spectacle » de l’incendie du château avec le plafond qui s’écroule). Joli final. La projection du Royaume des Fées était accompagnée d’un commentaire dit en direct par un bonimenteur. Il est essentiel de regarder une version avec ce commentaire qui permet de bien comprendre l’action. Le film est entièrement colorié à la main, image par image. Le Royaume des Fées est un film remarquable, d’une richesse étonnante, d’une beauté admirable. Il mériterait indéniablement d’être aussi célèbre que Le Voyage dans la Lune.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)