Lui :
Au début de la seconde guerre mondiale, un poste avancé anglais au Kenya suspecte les allemands d’armer les indigènes pour favoriser un soulèvement. Les deux officiers vont recevoir l’aide d’une jeune métisse à la tête d’un réseau de caravanes transportant des marchandises. Tourné au tout début de la guerre, Crépuscule a bien évidemment un message patriotique à délivrer. Dans l’esprit du producteur, c’est aussi et surtout un vecteur pour mettre en valeur la toute jeune Gene Tierney qui n’avait alors que 20 ans (1). On la voit ceci dit dans assez peu de scènes mais elle montre déjà une belle présence à l’écran avec cette douceur dans ses traits et aussi cette douceur dans sa voix qui en feront une star. L’histoire en elle-même est classique et plutôt simple. Crépuscule n’est pas vraiment un film marquant mais le professionnalisme d’Hathaway le rend plaisant avec un brin d’exotisme charmeur.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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(1) Dans son autobiographie (« Self Portrait »), Gene Tierney raconte comment, lors d’une séance d’essayage de costumes, le producteur Walter Wanger prit des ciseaux pour tailler dans le vif et créer des ouvertures sur le devant et dans le dos, ce qui, dit-elle, exposait son nombril et la faisait ressembler à une fille de harem. Wanger recula de quelques pas et, satisfait, s’exclama : « Voilà, tu as le costume parfait pour le rôle ! ». Elle ajoute que c’est ainsi vêtue qu’elle fit la couverture de Life en Novembre 1941.
Remarque :
Le tournage de Crépuscule eut lieu au Nouveau Mexique près de Ship Rock Hill, cette énorme élévation rocheuse à la forme si caractéristique que l’on voit dans le film.
Lui : Je suis un criminel est un film franchement inattendu de la part de Busby Berkeley. Bien plus connu pour ses chorégraphies fastueuses et ses ballets aquatiques dansés par des centaines de girls, il signe en effet ici un film plutôt à connotation sociale (et sans aucun numéro musical)… Un jeune boxer new-yorkais promis à un brillant avenir pense avoir tué un homme à la suite d’un enchaînement de circonstances. Sous une autre identité et cachant soigneusement ses capacités de boxeur, il s’enfuit vers l’ouest sans un sou en poche. Ce fugitif est interprété par le jeune et séduisant John Garfield, dont c’est le second film et qui n’a pas encore l’énorme popularité qu’il connaîtra par la suite (1). L’acteur vient d’ailleurs lui-même d’un milieu simple et a même été boxeur, donc il peut donner beaucoup de crédibilité à son rôle. A ses côtés, il faut noter la présence des Dead End Kids, le groupe de jeunes acteurs que l’on avait déjà vu dans Les anges aux figures sales avec lequel ce film a quelque analogie ; c’est par leurs personnages de gamins difficiles que le film prend d’ailleurs un certain aspect social. Les valeurs véhiculées ont beau être à la gloire de l’american way of life, elles n’en sont pas moins assez nobles et le film est plutôt fort. Il est aussi assez prenant. Dans la filmographie de Busky Berkeley, Je suis un criminel est rarement cité, totalement éclipsé par ses films musicaux. Il mérite pourtant mieux que cela.
Note :
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Le film est le remake de The life of Jimmy Dolan d’Archie Mayo (1933) avec Douglas Fairbanks Jr. et Loretta Young adapté d’une pièce de Beulah Marie Dix (« Sucker« ), pièce qui ne fut jouée à Broadway qu’en 1933, peu avant la sortie du film.
(1) John Garfield deviendra durant les années quarante l’une des plus grandes stars de la Warner. Quand il succombera à la suite d’un crise cardiaque à l’âge de 39 ans en 1952, ses funérailles attireront la plus grosse foule jamais vue à Hollywood depuis l’enterrement de Rudolph Valentino.
Lui :
Un adolescent plutôt solitaire cherche à découvrir par lui-même ce qui est arrivé à son ex-petite amie. Tenace et même obstiné, il remonte la filière des pourvoyeurs de drogue de son lycée. Brick est le premier long métrage de l’américain Rian Johnson. Tourné avec visiblement peu de moyens mais pas mal d’inventivité, le film parvient à nous capter par son atmosphère et la richesse de son scénario qui n’est pas sans rappeler les films noirs à la Chandler ou ceux des années soixante-dix. L’histoire est embrouillée à souhait, mais sans excès, elle ne montre aucune baisse d’intensité et le film est servi par une interprétation convaincante. Brick se révèle donc être un premier film assez prometteur.
Note :
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Lui : Ambre est l’adaptation d’un best-seller des années des années quarante signé Kathleen Winsor. Otto Preminger a été plus ou moins contraint d’en reprendre le tournage (1). Dans l’Angleterre de 1660, une jeune femme tombe amoureuse d’un capitaine et désire monter dans la haute société pour gagner son amour. L’adaptation d’Otto Preminger met particulièrement bien en relief le conflit entre l’ambition et l’affectivité, cette femme calculatrice utilisant son ambition débridée pour chercher à atteindre l’amour. Linda Darnell, teinte en blonde, est absolument parfaite pour le rôle, assez resplendissante dans ses multiples toilettes. A ses côtés, Cornel Wilde est bien plus fade, il eut certainement fallu d’autres acteurs de la trempe de George Sanders pour relever l’ensemble. La reconstitution de l’Angleterre de Charles II est fastueuse avec l’un des meilleurs directeur de la photographie d’Hollywood, Leon Shamroy, qui éclaire magnifiquement de nombres scènes de façon très sombre tout en utilisant à merveille le Technicolor. Dans la première partie, Preminger montre une belle maîtrise des ellipses, concentrant le récit sur les moments essentiels ; cette vivacité est hélas moins présente dans la seconde partie et la fin semble quelque peu abrupte (2). Du fait de son immoralité, le film eut maille à partir avec la Ligue Catholique de Décence (Catholic Legion of Decency) qui finit par obtenir des coupes et un avertissement en début de film. Même s’il n’est que rarement cité, Ambre est loin d’être un film mineur. Il peut évoquer Autant en emporte le vent par de nombreuses aspects, même s’il n’en a pas la flamboyance.
Note :
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Voir les autres films de Otto Preminger chroniqués sur ce blog…
(1) Daryl Zanuck de la Fox venait de renvoyer le metteur en scène John Stahl et l’actrice principale Peggy Cummins. Sous contrat, Otto Preminger doit accepter de reprendre le projet. Il fera réécrire le scénario et, faute de pouvoir engager Lana Turner, prendra Linda Darnell.
(2) A noter qu’une dernière scène est souvent absente : Après avoir regardé à la fenêtre Bruce s’éloigner, Ambre accepte l’invitation de l’écuyer du roi et retourne à sa coiffeuse pour se préparer et se regarde longuement dans la glace.
Lui :
Un ex-policier tombe amoureux d’une charmante prostituée et va tout faire pour la pousser à abandonner son métier. Irma La Douce est l’adaptation d’une comédie musicale française qui avait eu un certain succès à Broadway. Billy Wilder a choisi de l’adapter en comédie pure, c’est-à-dire en enlevant toutes les chansons. Hélas, il n’est pas parvenu à trouver le bon rythme. Le film semble beaucoup trop long, avec certes de nombreux bons moments de comédie mais c’est le côté plutôt fleur bleue de cette histoire qui ressort le plus et le film semble souvent s’enliser. Jack Lemmon nous fait pourtant un beau numéro, son travestissement en lord anglais de bonne famille est assez brillant. Le Paris de carton-pâte, avec sa collection de clichés sur les français, est plutôt amusant ; le technicolor assez criard le rend encore plus pittoresque. Plus court, on peut imaginer ce que le film aurait pu être plus enlevé. Tel qu’il est, Irma La Douce paraît bien loin des meilleures comédies de Billy Wilder.
Note :
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Lui :
Dans les années de la Grande Dépression, un journaliste (Rock Hudson) rencontre un pilote, ancien héro de la Guerre de 14-18 reconverti dans les cascades aériennes (Robert Stack), sa femme (Dorothy Malone) et son mécanicien (Jack Carson). Rapidement, il en vient à mieux les connaître et découvrent leurs relations difficiles. Ce scénario est adapté du roman Pylône de William Faulkner que Douglas Sirk a adapté en grand mélodrame, tout à fait dans la lignée de ses films des années 50 si ce n’est que celui-ci est en noir et blanc. L’incertitude, les sentiments non exprimés, le mal de vivre qui trouve son exutoire dans une passion dévorante pour les avions et la recherche du danger, tels sont les grands thèmes de La Ronde de l’Aube. Une fois de plus, le film paraît littéralement plombé par Rock Hudson (même s’il paraît à quelques moments un peu plus convaincant que d’habitude, comme lors de son monologue à son journal vers la fin du film) et le jeu rigide de Robert Stack n’arrange rien. Dorothy Malone livre en revanche une belle interprétation de son personnage, le seul qui ait un peu de force. Le fait que tous les personnages soient habillés à la mode de 1958 alors que l’histoire se déroule au tout début des années 30 ne contribue guère à la crédibilité de l’ensemble. Les scènes de courses aériennes sont filmées de façon très efficaces ; elles sont assez remarquables.
Note :
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Lui : Les amants du Capricorne apparaît comme un film plutôt surprenant dans la filmographie d’Alfred Hitchcock. Alors qu’il s’est fait une solide réputation de maître du suspense, le réalisateur tourne un film en costumes, sans intrigue policière marquée, un film qu’il produit lui-même. Dans l’Australie de 1830, un jeune gentleman irlandais rencontre un ancien forçat qui a fait fortune et sa femme qu’il a jadis connue. Celle-ci est la proie de terreurs qui semblent irraisonnées. Point de suspense donc mais un drame doté d’une grande profondeur, sur la culpabilité, le remords, l’amour et l’esprit de sacrifice. Le film fut un énorme échec (1), Alfred Hitchcock avouera lui-même regretter de l’avoir tourné, disant qu’il avait été obnubilé par sa volonté de faire tourner Ingrid Bergman qui était à l’époque l’une des actrices les plus recherchées (2). Les raisons de cet échec commercial sont toutefois plutôt inhérentes à l’aspect atypique du film pour Hitchcock car la seule faiblesse que l’on puisse reprocher au film se situe certainement du côté du scénario qui paraît un peu bâclé vers la fin. Hormis cela, Les amants du Capricorne est un beau film qui parvient à restituer la formidable tension interne de ses personnages. Le film est aussi connu pour ses longs plans-séquences, des plans de plusieurs minutes sans aucune interruption, qui mettaient les acteurs sous pression mais qui permettent d’obtenir une belle fluidité.
Note :
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(1) Le film fut même racheté par la banque qui avait avancé l’argent de la production. Le film fut donc fatal à la Transatlantic Pictures, la compagnie d’Alfred Hitchcock, qui n’aura ainsi produit que deux films : La Corde et Les amants du Capricorne.
(2) C’est notamment ainsi qu’il parle du film dans ses entretiens avec François Truffaut dans les années 60. Il faut dire que la critique en général n’a guère été tendre avec le film (à part Les Cahiers du Cinéma dans les années 50 qui a même classé le film parmi les 10 meilleurs films de tous les temps). Dans son autobiographie, Ingrid Bergman évoque à peine le film. Joseph Cotten, quant à lui, parle du film en des termes peu élogieux (il l’appelle « under corny crap« ). Ils ont tort…
Une anecdote célèbre : un soir de tournage, Ingrid Bergman a commencé à se plaindre auprès de Hitchcock des conditions de tournage. Hitchcock, n’étant pas du genre à argumenter avec les acteurs et encore moins à se mettre en colère, a quitté la pièce sans bruit et Ingrid Bergman a continué à se plaindre dans le vide pendant de longues minutes…
Lui :
Chef de chantier dans une entreprise de construction, Doug n’a pas assez de temps pour remplir toutes ses obligations professionnelles et familiales. Un mystérieux scientifique lui propose de créer un clone de lui-même qui ira travailler à sa place… Ce scénario constitue certes une bonne base pour une comédie mais le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. Visiblement tout l’effort a été mis sur les effets spéciaux qui permettent d’avoir Michael Keaton plusieurs fois sur la même image au détriment des personnages eux-mêmes. Tous les seconds rôles semblent bâclés, y compris celui tenu par Andie McDowell et Mes doubles, ma femme et moi se révèle être plutôt un one-man-show de Michael Keaton. le film offre de bons moments mais semble globalement trop retenu pour être vraiment amusant.
Note :
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Titre original : « People will talk »
Autre titre : « Le mystérieux Dr Praetorius »
Elle :
(pas vu)
Lui :
Du fait de sa vision peu conventionnelle mais très humaniste de la médecine, un brillant docteur est jalousé par un de ses collègues qui a juré sa perte. Pendant que l’on fouille dans son passé, le docteur tombe amoureux de l’une de ses patientes. On murmure dans la ville semble ainsi bâti sur une double trame de scénario dont les chemins vont s’entremêler. Cary Grant sait donner de la profondeur à son personnage, optant pour un jeu assez retenu tout en gardant beaucoup de présence. Le film repose aussi sur de beaux seconds rôles, avec notamment Finlay Currie dans un rôle de butler pittoresque et impassible et Walter Slezak plein de bienveillance. On a reproché parfois au film son côté un peu bavard et ses bonnes intentions trop évidentes mais il faut le replacer dans son époque, en pleine vague du maccarthysme. On murmure dans la ville apparaît alors comme un subtil plaidoyer contre l’intolérance ce qui lui donne une tout autre dimension. Mankiewicz a déclaré que People will talk était son film préféré.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Autres versions :
Le film est adapté d’une pièce de Curt Goetz qui avait déjà été portée à l’écran : Frauenarzt Dr. Prätorius (1950) de l’allemand Karl Peter Gillmann assisté de l’auteur lui-même (à noter qu’il s’agit du premier film ouest-allemand sorti après la guerre).
Kurt Hoffman tournera une nouvelle version en 1965 : Dr. med. Hiob Prätorius.
Titre original : « Sunrise: A song of two humans »
(Film muet) En 1926, Friedrich Wilhelm Murnau quitte son Allemagne natale pour venir s’installer aux Etats-Unis. L’Aurore est son premier film à Hollywood. Grâce au succès aux Etats-Unis de son précédent film Le dernier des hommes, la Fox met alors à sa disposition de très gros moyens. Le réalisateur a parfaitement su les utiliser, L’Aurore étant finalement un film assez allemand où l’inspiration du cinéaste reste intacte. L’histoire est simple et proche de nous, « l’histoire de deux êtres humains » (1). C’est Carl Meyer qui a écrit cette adaptation d’une nouvelle de Hermann Sudermann : séduit par une touriste venue de la ville, un jeune fermier envisage de tuer sa femme pour laquelle il avait un amour profond. L’Aurore forme un ensemble parfait où tout semble fonctionner en harmonie. La photographie et les éclairages sont absolument superbes, de nombreuses scènes sont de véritables tableaux qui forcent l’admiration, non seulement dans les scènes se situant à la campagne, ou sur le lac, mais aussi dans la grande ville. La mobilité de la caméra est permanente, toujours avec une grande délicatesse, les superpositions (faites pour la plupart directement sur le négatif avec des caches) forment des effets parfaitement fondus et particulièrement expressifs. Les scènes urbaines, entièrement recréées en studio, sont assez grandioses, vertigineuses même. Le jeu des acteurs est très expressif, d’une force rare. Quelques pointes d’humour viennent compléter cet ensemble. L’Aurore est l’un des plus beaux films muets, probablement le plus beau. Malgré de très bonnes critiques, le film fut pourtant un échec commercial dont Murnau ne se releva pas. L’engouement pour le cinéma parlant naissant a desservi les films muets dès 1927 (2). Nous sommes là à la fin d’une époque. Quel dommage car, s’il y a un film qui mérite d’être qualifié d’oeuvre d’art, c’est bien L’Aurore de Murnau.
Note :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) C’est le sous-titre du film.
En préambule, Murnau définit ainsi son film : « Ce chant de l’Homme et la Femme est de nulle part et de partout, on pourrait l’entendre n’importe où, à n’importe quelle époque. Partout où se lève et se couche le soleil, dans le tourbillon des villes ou dans le plein air d’une ferme, la vie est toujours la même, tantôt amère, tantôt douce, avec ses rires et ses larmes, ses fautes et ses pardons. » (Le dernier carton manque sur certaines copies du film, le texte s’arrêtant ainsi abruptement à « tantôt douce »).
(2) Seulement quinze jours séparent la première du film Le chanteur de jazz de celle de L’Aurore. A noter toutefois que L’Aurore est le premier film avec le système Movietone de la Fox qui permettait de placer une musique sur la pellicule elle-même, système qui deviendra un futur standard.
Versions :
Les négatifs originaux ont été perdus lors d’un incendie en 1937. La version la plus courante actuellement est la version Movietone de 95 minutes environ. On peut aussi trouver dans un coffret DVD (Fox Box Set), une version plus longue, 106 minutes, issue d’une copie d’origine tchèque. Un coffret HD avec les deux versions est sorti fin 2010.
Remake : Le voyage à Tilsit (Die Reise nach Tilsit) de l’allemand Veit Harlan (1939). Le voyage à Tilsit est le titre de la nouvelle de Hermann Sudermann.
Homonymes (sans autre rapport avec le film de Murnau que le titre) : Aurore de Luc Dionne (2005) avec Marianne Fortier Aurore de Nils Tavernier (2006) avec Margaux Châtelier et Carole Bouquet.