23 juin 2009

J’irai cracher sur vos tombes (1959) de Michel Gast

J'irai cracher sur vos tombesElle :
(pas vu)

Lui :
Un commentaire sur ce film n’est certainement pas, hélas, la meilleure façon de rendre hommage à Boris Vian, mort il y a exactement 50 ans, jour pour jour, en assistant à la première de ce film : il ne tenait pas en haute estime cette adaptation et avait même demandé à ce que son nom soit enlevé du générique. J’irai cracher sur vos tombes est son premier roman, publié en 1946 sous le pseudonyme Vernon Sullivan. Dans le sud des Etats-Unis, un noir à la peau blanche quitte sa ville natale après que son frère ait été lynché. Il se rend dans le Nord dans une petite ville tenue par un homme riche aidé d’une bande de jeunes désoeuvrés. La déception de Boris Vian est compréhensible : l’adaptation au cinéma de son roman par Michel Gast paraît bien plate et manque singulièrement de punch. Si le contenu anti-raciste, avec au centre le mariage mixte, est bien toujours présent, tout le côté sarcastique et satirique qui permet au roman d’avoir un grand équilibre a disparu dans cette adaptation et, de ce fait, il ne reste qu’un ensemble peu crédible et manquant d’intensité. J’irai cracher sur vos tombes méritait certainement mieux. A noter la présence de Claude Berri et de Jean Sorel (dont c’est ici le premier film).
Note : 2 étoiles

Acteurs: Christian Marquand, Paul Guers, Fernand Ledoux, Antonella Lualdi, Claude Berri, Daniel Cauchy, Jean Sorel
Voir la fiche du film et la filmographie de Michel Gast sur le site IMDB.

19 juin 2009

Sylvie et le fantôme (1946) de Claude Autant-Lara

Sylvie et le fantômeElle :
(pas vu)

Lui :
Sylvie est une jeune fille de 16 ans dont l’imaginaire est très marqué par une histoire familiale : sa grand-mère avait un jeune amant, le « chasseur blanc », qui se tua pour elle. La jeune fille est persuadée que l’esprit de ce jeune homme est toujours présent dans la vieille et vaste demeure familiale. De cette histoire, tirée d’une pièce de théâtre, Claude Autant-Lara en fait un film très poétique, plein de tendresse et aussi d’humour. C’est l’univers imaginaire de l’adolescence, peuplé de princes charmants et de grand Amour, qui se heurte avec douceur au monde réel. Sylvie et le fantôme bénéficie d’une fort belle distribution. C’est Jacques Tati, avec sa sihouette si particulière, qui interprète le fantôme. Les effets de transparence sur ce fantôme (et son chien) sont particulièrement réussis. L’humour est très présent, notamment au travers du domestique superstitieux incarné par Julien Carette. Tourné au lendemain de la Libération, le film d’Autant-Lara apportait une bouffée d’air pur et de fraîcheur.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Odette Joyeux, François Périer, Julien Carette, Jean Desailly, Jacques Tati, Pierre Larquey
Voir la fiche du film et la filmographie de Claude Autant-Lara sur le site IMDB.

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13 juin 2009

Les randonneurs à Saint-Tropez (2008) de Philippe Harel

Les randonneurs 2Elle :
(Abandon rapide)
Note : Pas d’étoile

Lui :
Philippe Harel a co-écrit le scénario de cette suite aux Randonneurs… Quel scénario ? a t-on envie de demander. Dès le début du film, la pauvreté de l’histoire se fait sentir mais on espère que le film va démarrer à l’arrivée à Saint-Tropez. Non, le miracle ne se produit pas, il ne se passe rien. Seuls les acteurs peuvent alors combler ce vide absolu, tâche qu’ils tentent d’accomplir avec professionnalisme, certes, mais visiblement sans entrain. On touche le fond…
Note : 1 étoile

Acteurs: Karin Viard, Géraldine Pailhas, Benoît Poelvoorde, Vincent Elbaz, Philippe Harel
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10 juin 2009

Adorable menteuse (1962) de Michel Deville

La menteuseElle :
(pas vu)

Lui :
Adorable menteuse est le troisième film de Michel Deville. L’histoire met en scène deux jolies sœurs de 20 ans dont l’une met un soin tout particulier à mentir continuellement aux hommes. Elle s’amuse à les faire marcher ce qui lui permet de tromper l’ennui. Dans toute sa première moitié, le film est extrêmement léger, frivole et Michel Deville parvient remarquablement à transcrire toute la futilité et l’insouciance de ses personnages ; c’est un plaisir de se laisser bercer et de plonger nous aussi dans cette farandole. Puis, le film change de registre, devient plus sérieux et Deville réussit parfaitement à prendre le tournant, aussi habile dans les scènes de nuit à Pigalle que dans les scènes champêtres en plein soleil, aussi habile dans le marivaudage que dans le batifolage… Marina Vlady et Macha Méril sont particulièrement charmantes en ravissantes écervelées, elles illuminent tout le film. Adorable menteuse est un film d’une grande fraîcheur avec cette atmosphère si particulière du début des années 60. Le scénario est de Nina Companéez.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Marina Vlady, Macha Méril, Michel Vitold, Jean-Marc Bory, Michael Lonsdale
Voir la fiche du film et la filmographie de Michel Deville sur le site IMDB.

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9 juin 2009

Julia (2008) de Erick Zonca

JuliaElle :
Dix ans après La vie rêvée des Anges, Eric Zonka fait un beau retour avec Julia, un film à la mise en scène complexe et travaillée, entièrement tourné aux Etats-Unis et au Mexique. Un pari audacieux que ce road-movie de cette femme rousse alcoolique, à la dérive. Tilda Swinton rend très crédible cette histoire échevelée, pleine de violence et de tension. Déchéance, démence, violence verbale, physique mais aussi sociale dans laquelle on croise les rejetés du système qui ne croient qu’à l’argent pour tracer leur destin. Julia kidnappe un enfant espérant pouvoir en tirer profit financièrement mas elle se fait rattraper par les sentiments et le lien qui se crée progressivement avec lui. Cette fuite effrénée lui fait retrouver son identité et sa part d’humanité. Un film intense et émouvant.
Note : 4 étoiles

Lui :
Séductrice et alcoolique, semblant au bout du rouleau, Julia se retrouve prise dans un engrenage infernal qui va l’amener à kidnapper un enfant de 8 ans. Le film d’Erick Zonca est un peu long à se mettre en place, il nous fait d’abord assister aux frasques et aux sautes d’humeur de son personnage filmé caméra à l’épaule. Une fois passées les premières 45 minutes, le parcours de Julia peut vraiment commencer ; on peut alors suivre l’évolution qui se produit en elle au cours d’un périple plutôt mouvementé. Elle finira par retrouver une certaine humanité qui était enfoui en elle. Le film est assez intense, très prenant malgré certaines longueurs, avec un rythme qui s’accélère sans cesse plus on s’approche du dénouement. Tilda Swinton est assez étonnante dans ce rôle multi-facettes.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Tilda Swinton, Saul Rubinek, Kate del Castillo, Aidan Gould
Voir la fiche du film et la filmographie de Erick Zonca sur le site imdb.com.

6 juin 2009

Home (2009) de Yann Arthus-Bertrand

HomeElle :
Un film magnifique, époustouflant visuellement et convaincant sur le message d’alerte à faire passer dans les consciences du monde entier. La terre est belle, on ne peut que l’aimer et avoir envie de la protéger. Le merveilleux alterne avec le terrifiant… Du haut de son hélicoptère, Yann Arthus-Bertrand survole en douceur la planète bleue pour nous faire prendre conscience des cadeaux que la nature nous offre et des dégâts que l’homme lui inflige. Le discours très pédagogique est plein de bon sens et d’intelligence; il constate, ouvre des perspectives et des possibles à une échéance de 10 ans pour inverser la tendance du réchauffement climatique; l’urgence est là. Le vivant est lié à la terre, au soleil, à l’eau et l’air. Si l’homme puise ou détruit inconsidérément, il provoque des dérèglements irréversibles notamment au niveau des espèces, des réserves naturelles et du climat. Un autre modèle de société, d’agriculture et d’industrie s’impose si on veut préserver nos richesses, vivre mieux avec un peu moins de superflu et de gaspillage, améliorer le sort de millions d’être humains qui ont faim et n’ont pas d’eau. Une initiative courageuse et généreuse, l’opération de la dernière chance à quelques mois de la conférence de Copenhague qui aura lieu du 7 au 18 décembre 2009.
Note : 5 étoiles

Lui :
Sorti simultanément le 5 juin 2009 dans plus de 50 pays, le film de Yann Arthus-Bertrand Home est un film militant particulièrement efficace. L’objectif est de faire prendre conscience de l’importance du réchauffement climatique et de l’épuisement des ressources. Le film débute par un passage en revue des grands mécanismes qui ont permis l’éclosion de la vie sur Terre pour ensuite analyser l’influence de l’homme sur son environnement. Le discours est simple, très accessible. Les images absolument somptueuses qui illustrent le propos viennent en décupler la portée : c’est une féerie de couleurs, les lieux survolés sont absolument somptueux, un délice pour l’œil. Même quand il s’agit d’éléments négatifs, Yann Arthus-Bertrand nous le montre sous un angle esthétique mais cette beauté des images ne vient pas amoindrir la force de son propos, bien au contraire, cela ancre ces images dans notre tête de façon impérissable. Les images montrent une grande maîtrise technique, avec des travellings aériens d’une douceur rare, obtenue grâce aux caméras gyroscopiques utilisées. Home est une grande réussite, un film qui atteindra certainement ses objectifs de sensibilisation.
Note : 5 étoiles

Acteurs: (voix) Jacques Gamblin
Voir la fiche du film et la filmographie de Yann Arthus-Bertrand sur le site imdb.com.

5 juin 2009

Notre univers impitoyable (2008) de Léa Fazer

Notre univers impitoyableElle :
(pas vu)

Lui :
Margot et Victor vivent ensemble, travaillent ensemble dans le même cabinet d’avocats et sont tous deux susceptibles d’être promu associé. Seul l’un des deux est l’heureux élu. Quel va être l’impact sur leur couple et surtout que ce serait-il passé si l’autre avait été choisi ? L’idée de départ de Notre Univers Impitoyable est très intéressante pour mettre en relief la guerre des sexes dans un univers de type assez carriériste. Hélas, le film de Léa Frazer peine à tenir ses promesses. La construction est pourtant excellente car nous sautons d’une hypothèse à l’autre en douceur, sans aucune confusion possible, et certains parallèles sont amusants. Cependant, la peinture sociale a bien du mal à dépasser les clichés habituels et sombre ensuite dans le mélodrame amoureux passablement conventionnel. On regarde tout cela d’assez loin, le milieu choisi étant certainement trop situé dans les hautes sphères pour que l’on partage leurs émotions et leurs sentiments. La fin, facile et complaisante, semble un peu bâclée.
Note : 1 étoile

Acteurs: Alice Taglioni, Jocelyn Quivrin, Thierry Lhermitte, Pascale Arbillot, Scali Delpeyrat, Julie Ferrier
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3 juin 2009

Les femmes de l’ombre (2008) de Jean-Paul Salomé

Les femmes de l'ombreElle :
Le film aborde un sujet forcément très touchant puisqu’il s’agit de femmes résistantes qui sacrifient leurs vies, à la veille du débarquement de 1944. Elles intègrent le service secret anglais SOE créé par Churchill pour sauver l’opération à la dernière minute. La première partie est franchement gênante; la mise en scène est trop léchée, le scénario un peu académique et les actrices ne sont pas très à leur aise dans des dialogues qui sonnent un peu faux. Et puis finalement c’est le côté action, mélo, embuscades qui finit par faire décoller un peu le film. Les évènements dramatiques qui s’enchaînent sans répit font passer un peu d’émotion et de suspense. Mais était-ce la bonne approche pour évoquer un sujet si douloureux… je suis un peu perplexe…
Note : 3 étoiles

Lui :
A la veille du débarquement allié de juin 1944, les services spéciaux anglais assemblent un commando de cinq femmes pour aller délivrer un géologue anglais fait prisonnier en Normandie. Au même moment, un officier allemand, persuadé que le débarquement se fera en Normandie, cherche des faits pour prouver sa théorie. Les Femmes de l’ombre a été inspiré au réalisateur par le récent décès de Lise Villameur, une femme qui a participé à de tels commandos. Jean-Paul Salomé a aligné un beau casting pour donner une certaine dimension à son film, un hommage à ces femmes de l’ombre qui ont souvent donné leur vie dans ces périlleuses missions. Après un début un peu difficile qui soufre d’un jeu d’acteurs un peu trop rigide, le film capte ensuite toute notre attention dès l’arrivée de ces femmes en France et, dans la traque qui s’en suit, le réalisateur parvient à créer un fort suspense tout en conservant la terrible gravité de ces évènements. A aucun moment, il ne cherche à créer un spectacle et les actrices trouvent alors le ton juste. Même les décors ne donnent pas l’impression d’être factices et le fait d’avoir tourné en décors naturels contribue certainement à créer cette authenticité. Destiné à un public large, le film atteint ses objectifs. Il est en tout cas bien plus convaincant que les précédentes réalisations de Jean-Paul Salomé…
Note : 4 étoiles

Acteurs: Sophie Marceau, Julie Depardieu, Marie Gillain, Déborah François, Moritz Bleibtreu, Maya Sansa, Julien Boisselier
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29 mai 2009

L’an 01 (1973) de Jacques Doillon

L'an 01Elle :
Adapté de la bande dessinée de Gébé, L’an 01 reste un film agréable et intéressant à revoir aujourd’hui. Reflet d’une époque pleine de fraîcheur, d’utopies, de rêves insensés, d’innocence mais aussi de visions justes sur les excès de notre société de consommation. Doillon, Resnais et Rouch sont aux commandes et ça se sent dans la qualité de la mise en scène. Réjouissant de revoir quantité d’artistes en devenir, Depardieu, Romain Bouteille, la bande du Café de la Gare, l’équipe d’Hara Kiri, Coluche, Higelin, Béranger et j’en passe.
Note : 3 étoiles

Lui :
Au départ, il y a eu une petite bande dessinée de Gébé (5 pages dans sa toute première version, étendues ensuite à une centaine), au début des années 70, qui s’appelait l’an 01 : partant d’une description d’une société de consommation, le propos était d’aboutir à l’établissement de nouveaux principes, l’An 01, dont la première résolution était tout simplement le fameux slogan « On arrête tout ». Le film de Jacques Doillon met en images cette phase de « démobilisation générale » suivi de l’abandon de toutes les obligations, de toute forme d’autorité et de pouvoir. C’est un joyeux happening, avec une multitude de petites saynètes et de nombreux personnages, l’occasion de voir beaucoup de têtes en passe de devenir connues. Musicalement, l’essentiel de la musique est de François Béranger avec une courte apparition d’Higelin. Avec le recul, l’ensemble nous paraît gentiment utopique mais il reflète bien l’état d’esprit du début des années 70 et génère aujourd’hui une certaine nostalgie… On pourra toutefois noter que presque tout le côté écologique des réflexions de L’an 01, basé sur le thème de l’épuisement des ressources, est accepté maintenant par le grand public. La séquence qui se passe à New York a été réalisée par Alain Resnais, la scène au Niger par Jean Rouch.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Christian Clavier, Coluche, Romain Bouteille, Thierry Lhermitte, Gérard Jugnot, Miou-Miou, Martin Lamotte, Daniel Auteuil, Nelly Kaplan, Gébé, Marcel Gotlib, François Béranger, Cabu, François Cavanna, Professeur Choron, Jacques Higelin, Patrice Leconte
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28 mai 2009

L’assassin habite au 21 (1942) de Henri-Georges Clouzot

L'assassin habite... au 21Elle :
(pas vu)

Lui :
L’assassin habite au 21 est la première vraie réalisation du jusqu’à présent scénariste Henri-Georges Clouzot. C’est un coup de maître car le film est incontestablement l’un des meilleurs films policiers français des années 40. Le scénario est tiré d’un livre de Stanislas-André Steeman. Un commissaire s’introduit anonymement dans une pension de famille pour tenter de démasquer un tueur en série. L’intrigue est très ficelée et il est bien difficile de deviner par avance le coupable. Mais, au-delà du remarquable suspense, si L’assassin habite au 21 est un film qui se revoit avec autant de plaisir même quand on en connaît l’issue, c’est grâce à sa galerie de portraits. Les personnages sont hauts en couleur et l’interprétation les rend inoubliables : Noël Roquevert, Jean Tissier, Pierre Larquey, c’est un délice de les voir faire leur numéro. Mais tous les personnages sont parfaitement campés. Comme le remarque l’historien Jacques Lourcelles : « la caractérisation pittoresque et variée des différents personnages fait le lien avec le cinéma d’avant-guerre où les acteurs de second plan supplantaient souvent, en talent et en relief, les vedettes. » La vision que donne Henri-Georges Clouzot de ses personnages est assez sombre. Le rythme est soutenu, l’humour apporte un contrepoint salvateur. Ces portraits sans complaisance rendent le film impérissable.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Pierre Fresnay, Suzy Delair, Jean Tissier, Pierre Larquey, Noël Roquevert
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Remarque :
Le personnage du commissaire Wenceslas Wens,  déjà interprété par Pierre Fresnay, était présent dans Le Dernier des Six de Georges Lacombe (1941), basé sur un roman de Steeman dont Henri-Georges Clouzot avait signé l’adaptation.