Titre original : « 10 Rillington Place »
A Londres, en 1949, John Christie habite avec sa femme au rez-de-chaussée du 10 Rillington Place. Un jeune couple, Beryl et Tim Evans, emménage au 2e étage… Une fois de plus, Richard Fleisher se livre à une reconstitution fidèle : c’est ici l’affaire Christie/Evans qui secoua l’Angleterre de l’après-guerre, une affaire qui a contribué à l’abolition de la peine de mort dans ce pays(1). Fleisher est allé tourner sur place, peu avant la démolition du quartier, pour mieux nous faire cerner la personnalité des deux principaux personnages. Car c’est bien à la psychologie des personnages que s’intéresse Richard Fleisher. Le plus terrifiant dans cette affaire est que cet étrangleur n’agit pas de façon particulièrement intelligente, il dissimule bien mal ses crimes et pourtant il a réussi à tromper la justice, même s’il serait plus exact de dire qu’elle s’est bernée elle-même. Cette affaire soulève de nombreuses questions dont, bien entendu, celui de la peine capitale. Belles prestations d’acteurs, notamment de Richard Attenborough et de John Hurt.
Elle: –
Lui : ![]()
Acteurs: Richard Attenborough, Judy Geeson, John Hurt, Pat Heywood
Voir la fiche du film et la filmographie de Richard Fleischer sur le site IMDB.
Voir les autres films de Richard Fleischer chroniqués sur ce blog…
Remarques :
>> Un site pour en savoir plus sur l’affaire : www.10-rillington-place.co.uk (en anglais).
Ce site expose bien les différentes versions, ce qui est vérifié et ce qui ne l’est pas. Il est aussi riche en photographies d’époques. On remarquera d’ailleurs avec quel soin Richard Fleisher a reconstitué certains environnements.
>> L’étrangleur de Rillington Place est basé sur le livre de Ludovic Kennedy (paru en 1961) dont certains points ne sont pas absolument certains. Par exemple, on ne sait toujours pas avec certitude absolue qui a tué la fillette même si la version développée ici semble la plus plausible.
(1) En Grande-Bretagne, la peine de mort a été suspendue en 1965 puis définitivement abolie. C’est en effet dans ces années-là que l’affaire fut re-éxaminée : Timothy Evans fut gracié à titre posthume en 1966 soit 16 ans après son exécution.
Merveilleux ! note: 17 sur 20
Une courte scène nous montre la jeune locataire entrant , pot de chambre à la main, dans de peu engageantes toilettes communes pour vider et rincer cet indispensable ustensile ménager. La scène est brève, n’apporte rien à l’histoire mais témoigne du naturalisme choisi par Fleischer pour traiter son récit.
Le film est bien sûr aussi un thriller , avec des meurtre , du suspense et un procès , mais le réalisateur va se concentrer sur la description des évènements . Avec le personnage de Christie, il y aurait beaucoup à révéler sur le plan psychologique , en particulier dans la façon dont on le voit ritualiser les assassinats , mais pas d’explications psychanalytiques , on se contentera de la motivation financière. Tout comme nous nous poserons des questions sur son passé. Le bonhomme est intelligent, maitre en manipulation et a de la force de conviction mais on en sait peu sur son passé et rien n’est avéré sur ce qu’il nous raconte de sa vie.
De même , Fleischer a tourné son film sur les lieux des drames à Notting Hill, à l’époque quartier ouvrier pas spécialement riant. Pourtant aucun constat social, même si le jeune homme est illettré . On ne connait rien de sa vie professionnelle et on devine un poste besogneux. Quant aux loisirs, on le voit fréquenter un pub, on entends parler d’un cinéma .Sans plus .De quoi avoir du mal à éprouver de la sympathie pour qui que ce soit .
Enfin signalons un personnage à part entière : l’immeuble dans lequel se déroule la plus grande partie du film. Et au contraire du titre français le titre original ne mentionne d’ailleurs que l’adresse sans évoquer un personnage ou un meurtre ( peut être aussi cette adresse est elle plus évocatrice dans l’imaginaire anglo-saxon que dans un autre pays européen ) . En tout cas la caméra va nous faire voir la maison dans toute sa tristesse et sa pauvreté : pièces exiguës privées de lumière, murs sombres et suintant, pauvres meubles, un jardin sans fleurs et à la terre noirâtre , on devine dans ce décor les odeurs acres , l’humidité et la nourriture peu appétissante .
Mais même avec ce parti-pris de laideur , le film reste prenant du début à la fin . Grâce bien entendu aux acteurs , Richard Attenborough en tête , mais surtout grâce à la mise en scène de Richard Fleischer. Entre le merveilleux de 20 000 lieux sous les mers ou Dolittle , l’ humour picaresque de Bandido Caballero , l’amertume des Flics ne dorment pas la nuit, et on pourrait en citer plein d’autres, notre homme mérite largement une redécouverte.