Lui :
Poursuivi par un policier haineux et obstiné, un desperado du bitume se retrouve amené à prendre la tête de toute une troupe de big-trucks en révolte… Sam Peckinpah transpose l’image du cowboy dans le monde des années soixante-dix. Dans Le Convoi, le hors-la-loi est au volant d’un puissant camion lancé à vive allure au travers des déserts du Middle-west. L’idée était très intéressante, surtout venant de Sam Peckinpah qui a déjà traité plusieurs fois de l’univers de l’Ouest. Le scénario fait hélas un peu défaut, semblant se contenter de surfer sur l’ambiance de rébellion et de rejet du politique de ces années post-Watergate. Le Convoi comporte de belles scènes alignant ces beaux monstres rugissants et de bonnes scènes de poursuite mais l’ensemble manque de finalité. Le film s’étiole nettement dans sa seconde moitié.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Anne-Marie est une quarantenaire qui vient de se séparer de son jeune amant. Lorsque celui-ci lui apprend qu’il fréquente une autre femme, elle cherche à en savoir plus sur elle, une recherche qui l’obsède de plus en plus… Sur une trame d’histoire que l’on pourrait penser rebattue, Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic nous livrent un des films les plus originaux du cinéma français actuel. Ils ont une façon toute particulière d’inscrire le personnage principal dans un décor urbain, cette façon est à la fois très graphique (1) et créatrice d’une atmosphère étrange et envoutante. La caméra semble épier son personnage principal, la suivant ou l’observant à distance avec une fausse furtivité. Elle vient se placer parfois juste derrière Dominique Blanc, jouant alors le rôle d’une caméra subjective (impression bien entendu amplifiée lors des scènes de miroirs). Pourtant très ancré dans la réalité, notamment par l’importance des transports en commun actuels et de la technologie qui est présente mais actuelle, le film semble hors du temps. Cette impression est accentuée par le jeu de Dominique Blanc, actrice à la diction si particulière (on peut penser à Jeanne Moreau) et dont le calme et le sourire contrastent avec son mal à l’aise intérieur. L’environnement sonore joue aussi un rôle très important dans la mise en place du climat. L’autre semble aller jusqu’aux limites du réalisme sans toutefois franchir la ligne qui le ferait basculer dans le fantastique. C’est un film qui peut dérouter mais qui, par ses qualités graphiques, son climat, sa force, se place parmi les productions les plus intéressantes du cinéma français récent.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Le générique est, à lui seul, superbe. On a déjà vu des plans aériens d’une autoroute périurbaine de nuit dans nombre de films américains mais jamais de façon aussi graphique, presque abstraite avec ses flots qui semblent suspendus, hors de la réalité.
Remarque :
Le film est adapté du roman d’Annie Ernaux « L’occupation ».
Homonymes : L’autre (In name only) de John Cromwell (1939) avec Carole Lombard et Cary Grant L’autre de Robert Mulligan (1972) L’autre de Bernard Giraudeau (1991) L’autre de Youssef Chahine (1999) L’autre de Benoît Mariage (2003)
Lui :
(Muet, 22 minutes) Des quinze films que Buster Keaton a tournés avec Fatty Arbuckle, The Rough House est le troisième. C’est le premier où il est co-réalisateur. Fatty vit avec sa femme et sa belle-mère dans une grande maison où il commence par mettre le feu à son lit. Le cuisinier (Al St. John) et un garçon de courses (Buster Keaton) en viennent aux mains pour se disputer les faveurs de la bonne. The Rough House est surtout connu pour sa scène de la danse des petits pains faite par Fatty Arbuckle, danse que reprendra Chaplin dans La Ruée vers l’or. Bien entendu, elle est ici beaucoup plus courte et peu développée. Le restant de ce court métrage est typique de l’humour « slapstick », avec beaucoup de comique tarte à la crème et de comique destructeur : dans les films de Fatty Arbuckle, on casse toujours beaucoup! Surprise : Buster Keaton y sourit, rit et même fait des grimaces. A cette époque, s’il aime utiliser son visage impassible assez souvent, ce n’est pas encore exclusif de toute expression. The Rough House n’est sans doute pas à classer parmi les meilleurs films du trio mais comporte quelques bons moments.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Buster Keaton joue au golf et égare quelque peu sa balle avant d’être pris par erreur pour un évadé de la prison voisine. Malec champion de golf comporte ainsi deux parties assez différentes, les univers ne sont pas du tout les mêmes, mais quelles que soient les situations (et elles sont assez pittoresques), il affronte toujours l’adversité avec un flegme inébranlable. Buster Keaton joue beaucoup avec l’absurde (le golf sur l’eau, l’escouade de gardiens marchant au pas, etc…) pour créer des gags inventifs qui rebondissent de l’un à l’autre.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
Chaplin réalisera un an plus tard un court métrage où il joue également au golf dans un premier tiers du film : The Idle Class (Charlot et le Masque de fer). Il est intéressant de comparer les trouvailles des deux.
Lui :
(Muet 21 mn) Dans une bonne première moitié de ce court-métrage, Buster Keaton est un employé de banque qui va créer un certain chaos après avoir trempé par inadvertance ses doigts dans un pot de colle. Pas facile de compter les billets après cela… Cette partie est amusante mais globalement un peu répétitive. Pris ensuite par erreur pour un braqueur de banques, il doit s’échapper et trouve refuge dans une maison réputée comme étant hantée. En réalité, elle abrite de faux-monnayeurs qui ont trouvé ce moyen pour écarter les curieux. Cette seconde partie est très nettement supérieure, très réussie et très inventive comme à chaque fois que Keaton joue avec une maison et des mécanismes (1). Escalier qui devient lisse, chausse-trapes et faux-semblants (2), personnages qui apparaissent et disparaissent… on a dans cette seconde partie de Malec chez les fantômes du grand Buster Keaton.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Buster Keaton ira plus loin encore avec Electric House (Frigo à l’Electric Hotel).
(2) A noter un gag surréaliste, assez inhabituel pour Keaton dans le sens où il n’a aucune explication logique de faisabilité : deux personnages (habillés en squelette) assemblent un homme par morceaux ; quand l’homme est complet, il prend vie et se met à marcher. Ce trucage amusant était très utilisé par Georges Méliès dès 1898/1899… Faut-il y voir un hommage de Keaton à Méliès ? C’est probable.
Lui :
Dans l’Indochine des années trente, une française tente de faire vivre une plantation de riz sur une concession achetée aux autorités coloniales. Ceux-ci ont oublié de lui préciser que les terres étaient régulièrement submergées par la mer toute proche. Elle a deux grands enfants, un fils et une fille, qu’elle craint de voir partir… Un barrage contre le Pacifique est au départ un roman autobiographique de Marguerite Duras qui a déjà été adapté, dans les années cinquante donc peu après sa sortie, par René Clément. Le réalisateur cambodgien Rithy Panh remet le personnage de la mère au centre de l’histoire et signe un film d’un beau classicisme. Sa réussite tient beaucoup à l’interprétation d’Isabelle Hubert, dans un personnage particulièrement complexe : elle parvient à générer en nous des sentiments contradictoires, elle est tout à la fois. Il faut aussi souligner la belle prestation de Gaspard Ulliel, dans un rôle plus simple certes, qui sait montrer beaucoup de présence à l’écran. Un Barrage contre le Pacifique est aussi un film montrant la corruption ; on peut y voir là un certain prolongement des documentaires tournés par le réalisateur sur son pays.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Précédente adaptation : Barrage contre le Pacifique de René Clément (1958), film qui souffrait de son casting international : Sylvana Mangano (la fille), Anthony Perkins (le fils) et Jo Van Fleet (la mère). Une coproduction italo-américano-française…
Autre titre français : « Les cent cavaliers »
Titre original : « I cento cavalieri »
Lui :
En l’an 1000, alors que les Maures sont installés en Espagne, un petit village isolé de Castille voit arriver un cheikh et cent cavaliers. Ils demandent asile en apportant des cadeaux mais rapidement deviennent des occupants tyranniques. La résistance s’installe… Vittorio Cottafavi est un réalisateur italien surtout connu pour les péplums qu’il a tournés dans les années cinquante. Il signe ici une épopée moyenâgeuse qui est étonnamment riche de plusieurs aspects : un réel fond dramatique, un humour très présent, un contenu idéologique et une petite idylle romantique discrète. Bien qu’il présente en apparence le combat comme noble avec des adversaires capables de se respecter, le fond de son propos est nettement anti-guerre comme le prouve sa scène finale assez terrible. Ses images montrent un certain raffinement esthétique qui renforce l’attrait du film. Cinéma populaire de qualité, Les Cent Cavaliers (ou Les Fils du Cid) ne rencontra pourtant pas le succès.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Ouvrière dans une usine de produits chimiques, Katie se lie avec un intérimaire qui vient vivre chez elle. Lorsque naît Ricky quelques mois tard, le bébé montre rapidement des dispositions très particulières. François Ozon est un réalisateur qui n’hésite pas à prendre des risques, à explorer des voies nouvelles, ce qui est une très bonne chose. Ici, il tente un rapprochement inattendu entre le film fantastique et le film social. C’est l’irruption du merveilleux dans un quotidien terne, en quelque sorte. La symbiose n’est pas parfaite, assez insatisfaisante même, mais le film a le mérite d’être très original. François Ozon laisse ouverte l’interprétation de Ricky : on peut certainement y voir un pamphlet social contre les enfants battus, une fable écologique, … On peu aussi supposer que tout l’ensemble (y compris la séquence du début) sort de l’imagination d’une femme enceinte qui craint d’être contaminée par les produits chimiques de son usine. Mais choisir une explication est secondaire, tout compte fait, ou du moins chacun peut choisir la sienne.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Les films d’Harold Lloyd ont toujours des titres français un peu vulgaires… Il faut s’y faire. « Ça te la coupe » fait probablement référence au fait que le héros de Girl shy est très timide face aux filles (comme l’indique le titre anglais) : il se met à bégayer, perd tous ses moyens et, au final, il les évite. Pour compenser, il écrit en secret un livre où il se met dans la peau d’un homme à femmes qui prodigue des conseils pour mieux les séduire… Girl Shy est l’un des films les mieux équilibrés d’Harold Lloyd : il parvient à créer un personnage très attachant, mélange de fragilité et de détermination, qui apporte beaucoup de délicatesse et même une certaine tendresse. Il est aussi, comme toujours, capable d’accomplir de véritables prouesses. La course finale de Girl Shy est l’une des plus extraordinaires du cinéma. Désireux d’empêcher le mariage de sa bien-aimée avec un arriviste, Harold Lloyd va emprunter un nombre incalculables de véhicules différents, chacun étant plus rapide que le précédent. Tournée en plein jour dans les rues de Los Angeles, cette course est trépidante, l’impression de vitesse y est extrême, on le voit traverser des carrefours à une vitesse ahurissante… Il évite de justesse autos et piétons qui jaillissent devant lui (1). Il y a aussi beaucoup d’inventivité dans les situations ou dans les véhicules qu’il utilise. Mais tout aussi spectaculaire qu’elle soit, cette course folle n’est pas le seul attrait du film. Très complet, Girl Shy est ainsi l’un des tous meilleurs d’Harold Lloyd.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Rappelons-le que tout est réel. Tout au plus certains passages sont légèrement accélérés. Harold Lloyd accomplissait toutes ses cascades lui-même.
Remarques : A) La scène où le chariot de Lloyd passe à toute allure au dessus de la camera au sol impressionna si fortement le réalisateur Frank Niblo qu’il décida aussitôt d’incorporer la même scène dans son Ben-Hur (1925) qu’il était en train de tourner. Niblo et Lloyd étaient amis. Niblo invita Lloyd le jour du tournage. B) La scène finale de l’arrêt du mariage a (comme on s’en doute, puisque c’est pratiquement la même) très fortement influencé la scène finale du film Le Lauréat (The Graduate, 1967). Mike Nichols a, lui aussi, invité Harold Lloyd à assister au tournage de la scène. C) Dans la (célèbre) scène où Harold Loyd, à l’arrière d’une voiture de pompiers à pleine vitesse, tente désespérément de se redresser en s’accrochant à un tuyau qui se déroule sans arrêt, l’acteur s’est grièvement blessé lors d’une chute. Tous les témoins pensaient qu’il avait le crâne fracturé mais il n’eut qu’une demi-douzaine de points de suture au front. D)Girl Shy est le premier film produit par Harold Lloyd Productions. L’acteur produira ensuite lui-même tous ses films. E) Le film comporte deux scènes rêvées d’homme à femmes, une où il joue l’indifférent, l’autre où il joue l’homme primaire. Une troisième scène fut tournée où il la jouait « reporter sportif » (!) Cette scène fut jugée négativement par le public-test et Harold Lloyd, qui a toujours accordé beaucoup d’importance aux opinions des publics-test, la retira.
Lui :
Un compositeur de musiques publicitaires vient des Etats Unis à Londres pour assister au mariage de sa fille qu’il ne voit plus guère depuis son divorce. Il fait la rencontre de Kate, une londonienne tout aussi esseulée que lui. Ce n’est donc pas par l’originalité de son scénario (ni par son titre!) que Last Chance for Love pourra briller… sauf que l’histoire en question met en scène deux quinquagénaires (quoique Dustin Hoffman serait plutôt septuagénaire) et que le film a l’avantage d’être une petite production : son petit budget lui permet d’avoir une certaine fraîcheur. Après une belle mise en place qui s’appuie sur de bons dialogues, le film devient ensuite bien plus conventionnel. Il repose alors uniquement sur son duo d’acteurs : eux seuls peuvent maintenir cette légèreté qui fait son attrait. Last Chance for Love est une gentille (et optimiste) comédie romantique.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)