7 octobre 2007

La route des Indes (1984) de David Lean

Titre original : « A passage to India »

La Route des IndesElle :
Basé sur le roman de Edward Morgan Forster, ce dernier film de David Lean nous plonge brutalement dans la réalité de l’Inde coloniale. Il dépeint de manière incisive les contrastes très forts qui existent entre deux civilisations qui ne parviennent pas à communiquer harmonieusement. Les Anglais détiennent les reines du pouvoir et méprisent les Indiens. On sent David Lean fasciné à la fois par la beauté de l’Inde et de son peuple et ulcéré par la violence de la présence britannique. La mise en scène des grands espaces et des mouvements de foule est grandiose. Les deux héroïnes anglaises portent un regard différent sur la colonisation; elles désirent partir à la découverte de ce pays d’une tout autre manière. Le réalisateur comme dans la plupart de ses films prend tout son temps pour nous imprégner de l’atmosphère de ce pays et insuffler un parfum de mystère et de magie.
Note : 4 étoiles

Lui :
Ultime long métrage de David Lean, 14 ans après La Fille de Ryan, La Route des Indes se situe parfaitement dans la ligne de ses derniers films : un grand spectacle dopé par un scénario assez puissant. Son histoire se situe dans l’Inde des années 20 alors en pleine occupation britannique. C’est pour Lean l’occasion de mettre en scène l’opposition entre deux mondes qui ne parviennent pas à communiquer, ce face à face n’étant pas à l’avantage des anglais qui sont montrés sous leur jour le plus colonialiste qui soit. Les images sont somptueuses et David Lean imprime volontairement un rythme assez lent comme pour mieux les imprimer dans nos esprits et nous plonger dans l’atmosphère de l’Inde. La Route des Indes (*) est techniquement parfait, avec une interprétation sans faille. A 77 ans, David Lean nous prouve qu’il sait toujours faire de grands films.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Judy Davis, Victor Banerjee, Peggy Ashcroft, James Fox, Alec Guinness
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(*) Le titre original est plus adapté que sa traduction approximative : ces deux femmes cherchent chacune un passage pour comprendre l’Inde. La Route des Indes fait plus penser à une aventure de type expédition ce que le film n’est pas.

28 septembre 2007

Stardust Memories (1980) de Woody Allen

Stardust MemoriesElle :
Dans Stardust Memories, Woody Allen semble aller un peu trop loin dans cette variation sur le statut de cinéaste mondialement connu. Woody Allen a certes déclaré que ce personnage de cinéaste si méprisant et imbu de sa personne n’était pas lui-même mais un personnage inventé… les similitudes sont toutefois un peu trop nombreuses et l’on ne voit pas quel serait l’intérêt pour lui de faire un tel film. En tous les cas, c’est à mes yeux l’un des moins bons et des plus ennuyeux films Woody Allen.
Note : 2 étoiles

Lui :
Ce film, qui semble un peu trop narcissique, comporte néanmoins quelques dialogues savoureux et quelques réflexions intéressantes, souvent assez mordantes. Certaines séquences évoquent Fellini, à commencer par la fameuse scène du train. J’avais un assez mauvais souvenir de ce film; il m’a paru un peu meilleur cette fois-ci. Après avoir été éreinté par la critique, Woody Allen a toujours affirmé que Stardust Memories n’est pas autobiographique…
Note : 3 étoiles

Acteurs: Woody Allen, Charlotte Rampling, Jessica Harper, Marie-Christine Barrault, Tony Roberts
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29 août 2007

L’année de tous les dangers (1982) de Peter Weir

Titre original : The Year of Living Dangerously

L'année de tous les dangersElle :
Sur fond de menace communiste contre le régime militaire indonésien, Mel Gibson sillonne ce pays en tant que journaliste. C’est son rêve qui vient de se réaliser et pour le concrétiser, il est prêt à tout pour faire un scoop. Peter Weir a le mérite de montrer la corruption, la misère et la famine qui règne dans ce pays alors que les occidentaux et la classe des fortunés au pouvoir y mènent sans complexe une vie dépravée. Cependant, l’enjeu et les personnages ne sont pas assez forts pour nous captiver si bien que le film traîne un peu en longueur.
Note : 3 étoiles

Lui :
Cette plongée au sein d’une ville indonésienne, vue par les yeux d’un jeune journaliste un peu arriviste, est particulièrement bien mise en scène par Peter Weir. On imagine sans peine comment on peut être « secoué » par un séjour dans un tel pays. Au delà de ce journaliste qui apprécie mal la gravité de la situation, le personnage le plus fascinant est celui du photographe, jouée par Linda Hunt.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Mel Gibson, Sigourney Weaver, Linda Hunt, Michael Murphy
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5 juillet 2007

Trop belle pour toi (1989) de Bertrand Blier

Trop belle pour toiElle :
De bons acteurs, de l’humour et un scénario original où l’amante est une femme très ordinaire et l’épouse est très belle. Les dialogues sont crus mais croustillants. Josiane Balasko joue avec sensibilité un rôle qui ne lui est pas habituel ; Carole Bouquet nous offre sa beauté glacée dans un appartement glacial et Depardieu joue le quarantenaire qui remet sa vie en question.
Note : 5 étoiles

Lui :
Bertrand Blier joue avec la beauté légendaire de Carole Bouquet pour monter une histoire, classique dans le fond (triangle mari / femme / maîtresse) mais très original dans sa forme : Blier inverse les rôles traditionnels, la maîtresse paraît quelconque et sans attraits, et il brise constamment la narration en sautant de scènes réelles en scènes imaginaires, sans parler du passé revu selon les désirs actuels d’un personnage. Le magnifique trio d’acteurs, Gérard Depardieu, Carole Bouquet et Josiane Balasko contribuent largement à donner de la force et de l’émotion à Trop belle pour toi. La musique de Schubert (exclusivement) est bien utilisée et nous vaut quelques traits d’humour car Depardieu réagit violemment à l’émotion véhiculée par cette musique.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Carole Bouquet, Roland Blanche, François Cluzet
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13 juin 2007

Maurice (1987) de James Ivory

MauriceElle :
Adapté du roman quasiment autobiographique de Forster, ce film sur le sujet tabou de l’homosexualité dans la société anglaise des années 1900 est traité avec pudeur et délicatesse. James Ivory s’attarde sur les regards, les visages, les expressions, les gestes pour décrire les sentiments que ces jeunes hommes tentent de réprimer pour tenter d’être conforme au modèle. Il pointe du doigt l’hypocrisie et les principes corsetés de la haute société de cette époque. L’homosexualité était un délit passible de prison en Angleterre. Les procès, la délation et le chantage étaient de mise. Elle était assimilée à une maladie, un état irrationnel qu’il fallait à tout prix éradiquer pour pouvoir vivre tranquillement et être dans la norme.
Note : 5 étoiles

Lui :
Dans le même esprit que Chambre avec Vue, film de James Ivory également adapté d’un roman de E.M. Forster, Maurice nous plonge dans la société anglaise du tout début du XXe siècle pour mettre en relief les défauts de sa morale rigide. Cette fois, c’est l’interdit de l’homosexualité qui est mis en avant. James Ivory adopte une mise en scène particulièrement feutrée et douce rendant ainsi le film très prenant même s’il pourra probablement être jugé trop académique par certains yeux modernes. Hugh Grant et surtout James Wilby interprètent avec beaucoup de sensibilité et parfois même de retenue ce duo de jeunes hommes tout en parvenant à garder intacte la force de leur personnage.
Note : 4 étoiles

Acteurs: James Wilby, Hugh Grant, Rupert Graves
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9 juin 2007

Stranger than Paradise (1984) de Jim Jarmusch

Stranger than ParadiseElle :
Ce road-movie noir et blanc est très photographique et traduit bien l’univers désolé et sans but de ces trois jeunes gens paumés mais attachants. Ils ne cherchent pas à communiquer entre eux sauf pour l’essentiel et n’ont rien à se dire. Leur âme est morte en quelque sorte. Ils ont juste envie d’être ensemble et de se tenir chaud sans savoir pourquoi. 20 ans plus tard, ce film n’a pas vieilli mais reste tout de même bien tristounet.
Note : 4 étoiles

Lui :
Vu (ou plutôt revu) avec du recul, Stranger than Paradise me paraît bien plus racoleur que je ne le pensais, un film à la mode. Ici, le désoeuvrement des personnages n’a d’égal que la vacuité du film… et l’on a envie de demander à Jarmusch ce qu’il cherche à prouver. L’attrait de ce film me semble essentiellement plastique : John Lurie a vraiment une « gueule » fantastique.
Note : 2 étoiles

Acteurs: John Lurie, Eszter Balint
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10 mai 2007

Garçon! (1983) de Claude Sautet

Garçon!Elle :
Montand incarne avec talent un serveur dans une brasserie parisienne. Sa personnalité égocentrique l’entraîne dans des situations amicales ou amoureuses compliquées. Il est à la fois touchant mais aussi bien lâche et menteur. Sautet décrit avec subtilité ce quotidien parisien, les relations biaisées et incertaines entre Montand, Villeret et Nicole Garcia. L’art de Sautet est de nous faire pénétrer dans cet univers ordinaire et de nous rapprocher des personnages.
Note : 5 étoiles

Lui :
Scènes de la vie ordinaire : Sautet nous dépeint à nouveau des gens qui hésitent sur la direction à donner à leur vie et décrit leurs tâtonnements amoureux. Il choisit comme décor les coulisses d’une grande brasserie, un monde en perpétuelle agitation, une fascinante frénésie. Sa mise en scène est très fluide et juste. On pourra seulement regretter que tout le film soit centré autour de Montand, qui est bien-sûr excellent mais qui éclipse quelque peu les autres personnages.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Yves Montand, Nicole Garcia, Jacques Villeret, Rosy Varte, Marie Dubois, Bernard Fresson
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8 mai 2007

Chaleur et poussière (1983) de James Ivory

Titre original : « Heat and Dust »

Chaleur et poussièreElle :
Une bonne surprise avec ce film qui nous plonge au coeur de l’inde au temps de la colonisation britannique. James Ivory, très épris de cette civilisation, filme la cohabitation difficile des indiens et des britanniques, aux cultures et aux traditions très différentes de façon plutôt satirique. Il mêle deux époques; celle d’Anne qui part cinquante ans plus tard sur les traces de sa grande tante Olivia dont la vie a fait scandale dans la communauté anglaise. Ces deux destins parallèles ont des points communs mais vont finir par diverger preuve que l‘époque a changé et que les mentalités sont plus ouvertes. Beaucoup de soin et de magie dans la mise scène de la colonisation et une forme plus libre et brute pour la période contemporaine illustrent ce changement d’époque et de société.
Note : 4 étoiles

Lui :
Chaleur et poussière Toujours fasciné par l’Inde et l’attraction que ce pays opérait sur les occidentaux, James Ivory a réalisé plusieurs films ayant trait à ce pays mais c’est Chaleur et Poussière qui est probablement le plus abouti. Il met en parallèle deux parcours de femmes, à deux époques différentes, toutes deux éblouies et amenées à avoir une attitude qu’elles n’auraient jamais eu dans leur pays d’origine, l’Angleterre. L’histoire principale est celle qui se déroule en pleine période coloniale au début du XXe siècle. James Ivory applique un traitement aux images complètement différents aux deux histoires : des images très travaillées, douces et polies pour 1920, des images crues et sans fard, proches d’un documentaire pour 1980, à l’image de ses héroïnes en fait. A la fois troublant et romanesque, Chaleur et Poussière va beaucoup plus loin que le simple choc de cultures, il nous fait pénétrer une civilisation qui l’a lui aussi fasciné.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Christopher Cazenove, Greta Scacchi, Julie Christie, Shashi Kapoor, Nickolas Grace
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6 mai 2007

Dune (1984) de David Lynch

DuneFastueuse adaptation du roman de Frank Herbert, le film Dune fait partie de ces films mal aimés qu’il est de bon ton de critiquer durement. Il fut vilipendé par la critique dès sa sortie et souvent traité d’adaptation très réductrice. Il faut dire que le livre original est l’un des romans les plus riches de la science-fiction (probablement le plus riche) et ce projet était donc particulièrement périlleux et ambitieux. Les moyens mis en œuvre furent énormes, principalement en matière de créations des décors qui avaient cette nécessité d’être à la fois grandioses et un peu austères. Toutefois, David Lynch ne put mener son projet aussi loin qu’il l’avait prévu par manque d’argent. Si le film a un peu le défaut d’être trop riche et d’être un peu difficile d’accès aux personnes qui n’ont pas lu le roman, il n’en reste pas moins un fabuleux spectacle, dense et puissant, qui parvient à conserver la force de son sujet. Il est préférable de le voir sur un grand écran pour mieux s’immerger dans l’univers recréé ; se retrouver ainsi propulsé sur Dune est magique. En tout cas, Dune un film totalement atypique, presque inclassable, une œuvre cinématographique à part entière, et ne serait-ce qu’à ce titre ne mérite pas l’opprobre dont il est trop souvent l’objet.
Elle : 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Kyle MacLachlan, Francesca Annis, Max von Sydow, Linda Hunt, Sean Young, Virginia Madsen, Patrick Stewart, Sting
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Voir aussi nos commentaires sur une autre adaptation de Dune

La version de Dune la plus intéressante est celle qui dure 2h17. Il est important de la voir en V.O. car le doublage français est particulièrement inapproprié. (Les personnes qui trouvent que les acteurs de Dune jouent mal l’ont généralement vu doublé…)
Il existe aussi…
– une version d’1h50 moins intéressante car un peu trop réduite aux scènes d’action,
– une version recadrée en format TV de 3h10, en fait une version rallongée avec beaucoup de narration en voix-off,
– et enfin une version mythique de 5h, que personne n’a vu et qui n’existe probablement pas. C’est celle que David Lynch voulait faire. Du fait des limitations de budget et des coupes, David Lynch a désavoué toutes les versions commerciales et voulait même que l’on retire son nom du générique.

Réaliser une adaptation de Dune est un projet qui germa dès 1975. Le premier projet fut confié à Alejandro Jodorowsky avec des décors dessinés par Moebius (Jean Giraud) et Giger avec des vaisseaux de Christopher Foss. Salvator Dali devait jouer l’Empereur et Orson Welles le Baron Harkonnen. Pink Floyd avait même commencé à composer la musique. Ce projet immense ne vit hélas pas le jour mais est resté dans tous les esprits comme l’une des grandes occasions manquées du cinéma de science-fiction.
Ajout : Un documentaire est sorti en 2013 : Jodorowky’s Dune

24 avril 2007

Fantôme d’amour (1981) de Dino Risi

Titre original : Fantasma d’amore

Fantôme d'amourElle :
J’ai généralement beaucoup de mal à accrocher aux histoires de morts qui reviennent dans le monde des vivants… J’ai donc décroché à la moitié du film dès que j’ai compris que tout ce qui se passait n’était qu’illusion, l’interprétation de Mastroianni et Romy Schneider n’étant nullement à mettre en cause.
Note : 2 étoiles

Lui :
Sur le thème de l’amour plus fort que la mort, Dino Risi met en scène une histoire de fantôme, une femme qui revient après sa mort voir son amour d’autrefois. On ne sent pas Risi à l’aise avec cette histoire qu’il filme avec une froideur extrême. Romy Schneider y semble à contre-emploi et Mastroianni bien à l’étroit. Le scénario présente ensuite une certaine tendance à s’empêtrer dans des complications qui paraissent superfétatoires.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Romy Schneider, Marcello Mastroianni
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