Lui :
Lupino Lane est un acteur anglais qui mériterait d’être plus connu. Pionnier du cinéma burlesque muet, on lui doit de nombreux courts métrages hilarants comme sa parodie de Ben-Hur, Roaming Romeo (L’as des gladiateurs). Son comique peut être vu comme étant assez proche de Keaton mais avec un côté ‘digne’ plus marqué. Ses films comportent d’excellents gags mais manquent souvent de liant scénaristique. Fisticuffs se développe autour d’un match (champêtre) de boxe, boxe anglaise of course. Nous sommes au XIXe siècle. Lupino Lane, l’apprenti du forgeron du village, est amené à remplacer au pied levé l’un des combattants à un match de boxe. Le premier tiers du film se déroule dans la forge autour de la manipulation d’un fer à cheval rougi. Lupino Lane est ensuite chargé d’aller espionner, déguisé en femme, le camp adverse de la rencontre de boxe. Nous assistons ensuite au match. Même si le thème du match de boxe a été déjà été exploré par d’autres grands du burlesque, cette partie comporte de bonnes trouvailles, notamment dans ses interactions avec les spectateurs autour du ring ; certains mouvements sont franchement du domaine de l’acrobatie et forcent l’admiration. Fisticuffs, récemment retrouvé et restauré, ne manque vraiment pas d’intérêt. (Muet, court métrage de 20 minutes)
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* La famille Lupino compte de nombreux acteurs. Lupino Lane (son vrai nom est Henry Lupino) est ainsi le cousin d’Ida Lupino.
* Les photos ci-contre (hélas très petites) viennent du remarquable site TomWhiteley.info tenu par les descendants de l’acteur. On y apprend, entre autres, que Lupino Lane fut l’un des rescapés du Titanic. On voit sur ces photos l’équipe de Fistycuffs ansi qu’un aperçu du lieu de tournage de la partie chez le forgeron (assise est la femme de Lupino Lane, Violet Blythe).
Lui :
Alors que Richard Cœur de Lion est parti en Croisade, son frère le Prince Jean gouverne l’Angleterre, accablant les paysans d’impôts et s’accaparant toutes les richesses. Caché dans la forêt de Sherwood, un homme se dresse contre cette tyrannie, Robin des Bois… La version d’Allan Dwan est la première grande adaptation cinématographique de cette légende très ancienne. Le rôle semble taillé sur mesure pour Douglas Fairbanks, alors au somment de sa popularité et de sa forme physique ; il a d’ailleurs financé en grande partie lui-même cette coûteuse production (1). Le film comporte un prologue assez original et assez long, une bonne moitié des 2h10 que dure le film, où Robin des Bois est en réalité le comte de Huntingdon, ami de Richard Cœur de Lion (2). Mais c’est bien entendu quand Robin des Bois apparaît que le film prend une autre tournure : le rythme s’accélère nettement. Il faut dire que Douglas Fairbanks fait un Robin des Bois joyeux, sautillant, bondissant, virevoltant, il n’est jamais au repos (3). Il réalise de véritables prouesses acrobatiques dont une descente de plus de 10 mètres le long d’une tenture et l’escalade d’un pont-levis en train de se fermer jusqu’en haut des murs. Allan Dwan montre une grande maîtrise dans les scènes de foules, impressionnantes et extrêmement crédibles. On ne s’ennuie pas une seconde avec cette version de Robin des Bois. Le succès fut immense à l’époque. (Film muet)
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
Ce film est le premier à avoir eu une soirée de première. L’idée vient de Sid Grauman qui venait d’inaugurer sa salle de cinéma à Hollywood (l’Egyptian Theater et non le Chinese Theater qui n’ouvrira qu’en 1927).
(1) Le budget a même dépassé celui de Folies de femmes de Stroheim. Dans un nouveau studio sur Santa Monica Boulevard, il a fallu 500 ouvriers pour construire un gigantesque château du XIIe siècle, avec des murs de 27 mètres de haut ! Et pour le faire paraître encore plus grand, une partie supérieure a été peinte sur verre et placée juste devant l’objectif de la caméra.
(2) Ce long prologue a sans doute été conçu pour donner une explication plausible au fait que Robin des Bois n’était pas aux côtés de Richard Cœur de Lion pendant la Croisade tout en ancrant fortement le côté chevaleresque et noble du personnage.
(3) La critique la plus courante sur ce film est de dire que Douglas Fairbanks se comporte comme un gamin de 10 ans. Ce n’est pas faux mais c’est justement ce type d’attitude, à demi enfantine, à demi chevaleresque, qui fait tout le charme de Douglas Fairbanks et qui lui a assuré sa très grande popularité.
Principales adaptations de la légende de Robin des Bois : Robin Hood (1912) d’Étienne Arnaud et Herbert Blaché (mari d’Alice Guy) Robin des Bois (Robin Hood) d’Allan Dwan (1922) avec Douglas Fairbanks Les aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood) de Michael Curtiz (1938) avec Errol Flynn Robin des Bois et ses joyeux compagnons (The Story of Robin Hood and His Merrie Men) de Ken Annakin (1952) avec Richard Todd Robin des Bois (Robin Hood) film d’animation Disney (1973) La rose et la flèche (Robin and Marian) de Richard Lester (1976) avec Sean Connery et Audrey Hepburn (variation de type « 20 ans après ») Robin des bois: Prince des voleurs (Robin Hood: Prince of Thieves) de Kevin Reynolds (1991) avec Kevin Costner Sacré Robin des bois (Robin Hood: Men in Tights) de Mel Brooks (1993), film satirique Robin des Bois (Robin Hood) de Ridley Scott (2010) avec Russell Crowe
Lui :
(Film muet) C’est après avoir émigré aux Etats-Unis qu’Ernst Lubitsch affine vraiment son style et développe la fameuse « Lubitsch touch ». So This Is Paris est son septième film américain (en seulement trois années), l’adaptation d’une pièce de théâtre française. La situation de départ est très simple, deux couples bourgeois dont les fenêtres se font face, de part et d’autre de la rue, et la comédie va se développer autour des attirances, des mensonges, des stratagèmes aussi inventifs qu’inavouables… L’humour est omniprésent avec d’excellents dialogues et de très bons gags ; l’ensemble est gentiment immoral, tournant en dérision la bienséance et le couple bourgeois. Le rythme est, comme toujours avec Lubitsch, enlevé. De plus, So This Is Paris est remarquable par l’inventivité de certains plans : pour la longue scène du Bal des Artistes, il utilise des effets de prisme étonnants, des superpositions, des angles osés pour restituer tout le côté frénétique et débridé du Charleston de ces folles soirées des années vingt. L’effet de rapetissement du personnage principal à la fin est, lui aussi, admirable. Lubitsch est généralement peu coutumier de tels effets. So This Is Paris eut un grand succès à l’époque. Il procure encore beaucoup de plaisir aujourd’hui.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Ernst Lubitsch chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* La femme de chambre des Lalle (que l’on voit deux secondes quand le docteur se rend à leur domicile) est la jeune Myrna Loy.
* La scène du début est une satire de cet attrait pour un orientalisme de pacotille qui a déferlé après le gigantesque succès de Rudolph Valentino dans The Sheik (dont la suite The son of the Sheik sortait la même année que So This Is Paris).
Lui :
(Film muet) Version moderne de La dame aux camélias d’Alexandre Dumas Fils, Camille met en scène l’un des couples les plus fascinants du cinéma : Alla Nazimova et Rudolph Valentino. Actrice d’origine russe, Alla Nazimova a acquis une très grande popularité en tant qu’actrice à Broadway puis à Hollywood. Ses nombreuses liaisons lesbiennes et ses réceptions fastueuses firent grand scandale. Sur scène ou à l’écran, elle est assez remarquable : un jeu très stylisé, avec des postures de corps jaillies de son passé de danseuse, elle a une façon très particulière de se jeter sa tête en arrière, son corps semblant se muer en une courbe gracieuse qui évoque la passion, l’abandon, la fragilité, … Elle eut une grande influence sur Valentino, apportant un peu de féminité à son personnage auparavant un peu fade ce qui lui permettra de devenir le plus célèbre des latin lovers du cinéma. C’est nettement perceptible dans son interprétation d’Armand Duval dans Camille. Les décors de style Art-déco, signés par la créatrice Natacha Rambova (qui épousera Valentino peu après), sont absolument superbes, avec une belle utilisation des ronds et des ovales. La chambre de Marguerite Gautier est une merveille. Il semble que la réalisation soit plus l’œuvre d’Alla Nazimova que de Ray C. Smallwood (1).
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
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(1) C’est du moins ce qu’a affirmé le caméraman Paul Ivano. Selon lui, Smallwood n’a été qu’un assistant sur le tournage… Cela ne paraît guère étonnant vu la personnalité très affirmée d’Alla Nazimova qui était en outre productrice du film.
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Parmi les innombrables versions, citons : Camille de Fred Niblo (1926) avec Norma Talmadge Camille (Le roman de Marguerite Gautier) de George Cukor (1936) avec Greta Garbo La dame aux camélias de Mauro Bolognini (1981) avec Isabelle Huppert
Lui :
Rescapé d’un naufrage, un chinois âgé (Lon Chaney) se retrouve dans un petit village isolé. Considéré comme païen, il est tenu à l’écart mais parvient à s’installer dans une baraque comme blanchisseur. Le nouveau pasteur le protège car il espère le convertir, mais ce pasteur, après avoir épousé une veuve de marin, se retrouve être la cible d’un chantage… L’histoire de Shadows prône la tolérance et l’acceptation de l’autre, tout en fustigeant un certain conservatisme bigot. Avec assez peu de maquillage mais un corps très expressif, Lon Chaney (« l’acteur aux mille visages ») crée un étonnant personnage, vouté, montrant le poids des ans sur ses épaules. Comme souvent, il parvient aussi à rendre son personnage attachant. La réalisation de Tom Forman, acteur passé depuis à la réalisation, est assez classique, peut-être plus dans la veine des années dix que dans celle des années vingt.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Shadows est produit par B.P. Schulberg, ancien acolyte d’Adolph Zukor et que l’on retrouvera d’ailleurs à la tête des Studios Paramount dans les années trente.
* Tom Forman a eu une carrière assez courte car il est mort en 1926 (suicide), la veille d’un début de tournage.
* Comme on l’aura deviné, l’acteur Harrison Ford de Shadows n’a rien à voir avec celui qui interprétera Indiana Jones (qui naîtra vingt ans plus tard) …
Lui :
(Film muet 55 mn) Max est amoureux. Hélas, la charmante enfant vit avec une tante revêche qui a pris Max en grippe. Il va donc devoir user de stratagèmes pour parvenir à épouser la belle. Mais les ennuis ne feront alors que commencer… Be My Wife, Soyez ma femme est le second des trois longs métrages faits par Max Linder aux Etats Unis au tout début des années vingt. Depuis qu’il avait été redécouvert, seules treize minutes du début du film étaient visibles. Heureusement, il a été récemment restauré par Lobster dans une version qui semble complète. En plus de la scène hilarante du combat simulé avec un cambrioleur imaginaire, scène absolument extraordinaire, il y a nombre d’excellents gags dans le restant du film, notamment une désopilante scène de danse endiablée lors du mariage et une autre dans un placard à chauffage. Toute la seconde moitié du film est basée sur une histoire assez complexe, mais réglée au cordeau, de couples qui s’entrecroisent, où chacun soupçonne l’autre d’infidélité. C’est très bien mis en place et développé. On admirera les délirants mécanismes qui transforment un salon d’essayage de haute-couture en pièce de rendez-vous galants où l’on peut boire illégalement. Be My Wife témoigne de la formidable inventivité de Max Linder. C’est une grande chance de pouvoir le voir aujourd’hui dans son intégralité.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Max Linder chroniqués sur ce blog…
Remarques :
La version restaurée du film a été diffusée pour la première fois le 22 mai 2011 à la télévision dans l’émission de Serge Bromberg « Retour de flamme » sur la chaîne CineClassics.
Homonyme : Be My Wife (1919) de Hal Roach avec Harold Lloyd (film perdu)
Lui :
(Film muet) Pour sa troisième réalisation, Jean Renoir trouve dans le roman d’Emile Zola Nana un vecteur pour mettre en valeur Catherine Hessling. Le réalisateur a épousé en 1920 cet ancien modèle de son père Auguste Renoir ; il s’est mis au cinéma pour en faire une grande vedette. Il finance lui-même Nana, ce qui lui donne une très grande liberté. Il y engloutit une fortune, vendant des tableaux de son père. On peut ainsi trouver certains points communs entre cette histoire de femme fatale imaginée par Zola et la propre situation de Jean Renoir. Il fait le choix assez étonnant de mettre face à sa protégée un acteur de l’expressionnisme allemand : Werner Krauss. Tout les oppose, le face à face est surprenant. Devant Werner Krauss, véritable roc, rigide, d’une forte présence, au jeu minimaliste, qui passe tout par son visage… Catherine Hessling gesticule, papillonne sans arrêt, froufroute, prend de poses provocantes… un jeu outrancier et frénétique. Le très fort contraste de jeu entre les deux acteurs donne un côté hétéroclite au film mais a toutefois le mérite de souligner, de façon magistrale, le contraste entre les deux personnages principaux de cette histoire. Jean Renoir dit avoir été fortement influencé par Folies de femmes d’Eric von Stroheim. C’est apparent dans le climat équivoque, légèrement décadent et empreint de cruauté, et aussi dans la démesure de certains décors, par exemple l’escalier du palais de Nana. Les autres décors sont parfois minimalistes et donnent un petit côté irréel. La fin a des parfums de fantastique. Le film fut un échec et ruina Jean Renoir. Bien qu’alourdi par le jeu outrancier de Catherine Hessling, Nana ne manque toutefois pas de charme.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Jean Renoir (parlant du film dans les années 60) : « Après Nana, comme je n’avais plus d’argent, j’ai dû travailler pour les autres et, en travaillant pour les autres, j’ai dû apprendre la discipline cinématographique. C’est toujours bon de ne pas pouvoir faire tout ce que l’on veut. »
* L’acteur qui joue Fauchery (l’auteur de la pièce de théâtre qui devient l’amant de la comtesse) est Claude Moore d’après le générique. En réalité, il ne s’agit ni plus ni moins que de Claude Autant-Lara, qui a aussi créé les décors. L’acteur Pierre Philippe qui joue Bordenave (le directeur du théâtre) n’est autre que le scénariste Pierre Lestringuez.
Adaptations de Nana, le roman d’Emile Zola : Nana (1914) de Camillo De Riso (Italie) A man and a woman (1917) d’Herbert Blaché et Alice Guy Nana (1926) de Jean Renoir Nana (1934) de Dorothy Arzner et George Fitzmaurice Nana (1944) de Roberto Gavaldón et Celestino Gorostiza (Mexique) avec Lupe Velez Nana (1955) de Christian-Jaque avec Charles Boyer et Martine Carol Nana (1981) de Maurice Cazeneuve (TV) avec Véronique Genest Nana (2001) d’Edouard Molinaro (TV) avec Lou Doillon
Lui :
(Film muet à épisodes de 12 x 60 mn réédité en 14 x 26 mn) Cette version française des Trois mousquetaires est sortie presque simultanément à la version américaine avec Douglas Fairbanks (1). Elles sont très différentes l’une de l’autre, ne serait-ce que par le format. Le jeune (25 ans) Henri Diamant-Berger choisit d’en faire un film à épisodes, format qui avait été extrêmement populaire quelques années auparavant, notamment avec les feuilletons de Louis Feuillade. Il réussit à obtenir un très gros budget de 2,5 millions de francs de la part de Pathé pour réaliser une production ambitieuse.
Longtemps considéré comme perdu, le film a été récemment restauré. Il est un peu difficile de juger le film car il a été profondément modifié lors de cette restauration (2), mais une chose est sûre, cette adaptation est très fidèle au roman d’Alexandre Dumas. La reconstitution est soignée et fait intervenir de nombreux lieux et de nombreux figurants. La réalisation est plutôt classique mais solide et bien maitrisée. Aimé Simon-Girard, acteur réputé de théâtre dont c’est ici la première appartition à l’écran, manque hélas souvent de présence et son jeu d’expressions de visage est certainement trop réduit pour donner une vraie dimension à son personnage.
Le rythme est marqué par les scènes d’action, régulièrement réparties. Malgré la longueur de l’ensemble, on ne s’ennuie pas une seconde. A l’époque, cette série eut un très grand succès. Henri Diamant-Berger tournera dès l’année suivante la suite, 20 ans après. Il fera aussi une version parlante des Trois mousquetaires en 1932.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Henri Diamant Berger dit, dans ses mémoires, avoir contacté Douglas Fairbanks pour interpréter le rôle principal. L’acteur aurait refusé car, d’une part, il ne voulait jouer dans un film à épisodes et, d’autre part, il ne voulait tourner qu’à Hollywood. (Voir la présentation de la version américaine des Trois mousquetaires)
(2) Réalisée par Jérôme et Guillaume Diamant Berger, descendants du réalisateur, la restauration a été faite dans l’optique de moderniser le film. Partant d’une version anglaise retrouvée, les intertitres ont été supprimés pour être remplacés par une voix off (Patrick Préjean) et des sous-titres, la segmentation a été revue pour correspondre aux normes actuelles de la télévision (de 12 épisodes de 60 minutes, on est passé à 14 épisodes de 26 minutes), des bruitages ont été rajoutés et une nouvelle musique a été composée.
Ces choix sont assez discutables : supprimer les intertitres oblige à mettre bout à bout des scènes qui n’étaient pas prévues pour être enchaînées et change le rythme, ajouter des sous-titres explicatifs empêchent de « lire » sur les visages les expressions des acteurs, modifier le nombre et la durée des épisodes est franchement du domaine de la mutilation… En outre, le passage de 720 minutes à 360 ne peut s’expliquer par la suppression des intertitres et des résumés de début d’épisode, de nombreuses scènes ont probablement été supprimées. En revanche, l’ajout de bruitages (qui, j’avoue, me faisait très peur à priori) est plutôt réussi car intelligemment fait, avec parcimonie. La nouvelle musique est parfaite et colle très bien à l’image.
Ce n’est donc pas à proprement parler une restauration du film d’Henri Diamant Berger que ses descendants ont réalisée mais plutôt une transformation car ils en ont profondément changé la nature. « Le cinéma muet, cela m’ennuie profondément » dit l’un d’eux… cette phrase explique beaucoup. Certes, on pourra toujours souligner que de tels projets permettent de donner une nouvelle vie à des films qui autrement resteraient enfouis et ignorés… mais ce genre de transformation pose un problème de fond : s’ils se multipliaient, on perdrait la vraie trace d’une des plus grandes époques du cinéma.
Les 12 épisodes originaux : …………
(12 x 60 mn)
Les 14 épisodes de la version restaurée :
(14 x 26 mn)
1. L’auberge de Meung
2. Les mousquetaires de M. de Tréville
3. La lingère du Louvre
4. Pour l’honneur de la Reine
5. Les ferrets de diamant
6. Le Bal des Echevins
7. Le Pavillon d’Estrées
8. L’auberge du Colombier Rouge
9. Le bastion de Saint-Gervais
10. La Tour de Sportmouth
11. Le couvent de Béthune
12. La Cabane de la Lys
1. L’auberge de Meung
2. Les mousquetaires de M. de Tréville
3. La lingère du Louvre
4. Pour l’honneur de la Reine
5. Les ferrets de diamant (1e partie)
6. Les ferrets de diamant (2e partie)
7. Le Bal des Echevins
8. Le Pavillon d’Estrées
9. Les conquêtes de D’Artagnan
10. L’auberge du Colombier Rouge
11. Le conseil des mousquetaires
12. Milady prisonnière
13. Le couvent de Béthune
14. La vengeance des mousquetaires
Lui :
Par dépit amoureux, Buster décide de partir sur son frêle esquif sans but précis. En pleine mer, à bout de vivres, il est recueilli par une baleinière dont le capitaine est particulièrement dur et cruel avec ses matelots… Frigo et la baleine (The Love Nest) est le dernier court métrage de Buster Keaton qui était attaché à ce format et hésitait à passer au long métrage (1). Chose inhabituelle, le film n’a pas de rôle féminin de premier plan. Le terrible capitaine fait inévitablement penser au capitaine Achab ; le roman d’Herman Melville n’avait toutefois pas encore été adapté au cinéma à cette époque (2). Le film comporte de nombreux gags avec une chute finale vraiment hilarante (3).
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
(1) Le premier long métrage de Buster Keaton, Les trois âges, sera d’ailleurs conçu pour pouvoir être facilement tronçonné en plusieurs courts métrages en cas d’échec.
(2) La première adaptation de Moby Dick au cinéma verra le jour en 1926 sous la direction de Millard Webb avec John Barrymore : The Sea Beast.
(3) Cette chute finale à deux niveaux a souvent été montrée incomplète. La récente restauration par Lobster Films l’a heureusement rétablie dans sa totalité.
Lui :
Face à l’extraordinaire succès de Douglas Fairbanks dans Les Trois Mousquetaires, Max Linder décide d’en tourner un pastiche qui sort juste un an plus tard. Il est important de voir L’Etroit Mousquetaire en connaissant le film de Fred Niblo car, plus qu’une parodie du roman d’Alexandre Dumas, c’est une parodie de Douglas Fairbanks que fait Max Linder. Son Dart-in-Again est aussi agile et bondissant que le D’Artagnan de Fairbanks avec même quelques cascades étonnantes. La plupart des scènes sont des références directes au film original (par exemple la main de Richelieu sur le bras du fauteuil devient la main de Richelieu sur le crâne du chauve). Pour son humour, Max Linder joue beaucoup avec les anachronismes (par exemple, la reine tape ses billets doux sur une petite machine à écrire) jusque dans les détails (on aperçoit un buste de Napoléon), il joue avec les apparences, les faux-semblants (ah, la scène chez le capitaine des gardes…), nous cache parfois une partie de la scène ou même de l’image… Si quelques gags pourront paraître désuets à nos yeux modernes, Max Linder a beaucoup de très belles trouvailles. L’étroit mousquetaire est un joli détournement de film. Douglas Fairbanks aurait dit-on envoyé un télégramme de félicitations à Max Linder.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Max Linder chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* Max Linder a réalisé 3 longs métrages aux Etats-Unis. L’étroit mousquetaire est le dernier d’entre eux. Il est ensuite rentré en France.
* En anglais, « musketeer » est proche en sonorité de « must get here », donc le pendant de Linder est un « must-get-there »… (et c’est vrai qu’ils doivent aller là-bas, en Angleterre).
* La version originale américaine du film est perdue. Le film a été restauré en 1995 par Deutsche Kinemathek à partir de la version allemande.