19 mars 2011

L’arte di arrangiarsi (1954) de Luigi Zampa

L'arte di arrangiarsiLui :
L’arte di arrangiarsi (traduction littérale : l’art de la débrouille) nous retrace le parcours sur quarante ans d’un arriviste intéressé par les femmes et l’argent. Impliqué dans la vie politique, il change radicalement de bord suivant ses intérêts et trempe dans des magouilles de troisième ordre… Luigi Zampa est un réalisateur qui a souvent dépeint la société italienne dans ses travers et imperfections. Sa satire est souvent légère, manquant un peu de mordant ce qui fait qu’il n’a pas eu le même impact que d’autres réalisateurs. C’est ici le cas, L’arte di arrangiarsi est une comédie plaisante, bien enlevée par un Alberto Sordi en bonne forme, mais il manque l’étincelle qui aurait porté le film beaucoup plus haut. En bon scénariste, Zampa sait créer de belles situations, chacune ayant un très fort potentiel de développements mais ceux-ci se révèlent être trop sages, notamment au niveau des dialogues. Ce film, assez rare, n’en reste pas moins une bonne comédie qui met en relief avec humour un certain art de la « débrouillardise »…
Note : 3 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Armenia Balducci, Carlo Sposito, Elli Parvo
Voir la fiche du film et la filmographie de Luigi Zampa sur le site IMDB.

16 février 2011

Miracle à Milan (1951) de Vittorio De Sica

Titre original : « Miracolo a Milano »

Miracle à MilanElle :
Note : 4 étoiles

Lui :
Enfant trouvé, Toto a été élevé par une vieille dame enjouée. Devenu adulte, il est désorienté par la froideur des habitants de Milan et finit par vivre parmi les sans-abri dans un grand terrain vague où il retrouve une certaine chaleur. Il organise l’amélioration des abris de fortune et, avec bonhommie, veille aux bonnes relations entre les gens. Mais un grand promoteur est, lui aussi, intéressé par le terrain… Ce résumé peut donner une fausse idée du film car Vittorio de Sica a choisi de s’écarter du néoréalisme dans lequel il avait fait des petites merveilles comme Le Voleur de Bicyclette. Miracle à Milan est plutôt une fable, un « conte de fées du XXe siècle » comme le réalisateur le dit lui-même. C’est un film optimiste, plein de vie et de mouvement, qui met en relief l’humanisme mais aussi les travers de l’humain. Il émane de ce Toto une grande bonté naturelle. Rien ne paraît forcé et pourtant beaucoup de scènes sont assez fortes. De Sica utilise même quelques effets spéciaux amusants, car l’humour est aussi omniprésent. Miracle à Milan est joli film très poétique et aussi très humain.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Emma Gramatica, Francesco Golisano, Paolo Stoppa, Guglielmo Barnabò
Voir la fiche du film et la filmographie de Vittorio De Sica sur le site IMDB.

Voir les autres films de Vittorio De Sica chroniqués sur ce blog…

Remarques :
Le scénariste Cesare Zavattini avait écrit cette histoire comme un scénario en 1940. Il l’avait sorti en livre quelques années plus tard sous le nom de « Toto le Bon ».

5 février 2011

Maciste aux enfers (1925) de Guido Brignone

Titre original : « Maciste all’inferno »

Maciste aux enfers Lui :
(Film muet) Pluton, maître des enfers, envoie sur terre le diable Barbariccia avec pour mission de corrompre Maciste, une force de la nature au cœur pur. Capturé, ce dernier est entraîné aux enfers où les démons vont tout faire pour le garder… Maciste aux enfers est un film assez étonnant qui eut des problèmes avec la censure à l’époque et on comprend aisément pourquoi. Il mélange en effet le thème de l’enfer le plus monstrueux avec un érotisme plutôt appuyé. Si les démons sont hideux et repoussants, constituant une infecte masse grouillante, les démones sont aussi charmantes que dévêtues et n’ont comme but unique que de séduire les hommes qui passent à leur portée… Il en résulte un climat très particulier. Le film a bénéficié d’une importante figuration. Pour certaines scènes, Guido Brignone se serait inspiré d’illustrations de Gustave Doré. On remarque aussi des effets assez réussis (qui sont l’oeuvre de Segundo de Chomon), utilisant plusieurs techniques différentes. Maciste aux enfers est célèbre depuis que Fellini a déclaré avoir eu envie de faire du cinéma après avoir vu ce film, enfant.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Bartolomeo Pagano, Franz Sala, Elena Sangro, Lucia Zanussi
Voir la fiche du film et la filmographie de Guido Brignone sur le site IMDB.

Maciste aux enfers Remarques :
* Maciste aux enfers avait initialement une durée de 95 minutes. La version visible aujourd’hui est une copie de VHS qui dure 60 minutes environ avec des intertitres en anglais.
* Le personnage de Maciste est apparu pour la première fois dans le film Cabiria de Giovanni Pastrone (1914) où c’était justement Bartolomeo Pagano qui l’interprétait déjà. Il a largement été repris ensuite : le site IMDB liste 49 films utilisant ce personnage.

Homonyme :
Maciste en enfer (Maciste all’inferno) de Riccardo Freda (1961)

28 janvier 2011

Ces messieurs dames (1966) de Pietro Germi

Titre original : « Signore & signori »
Autre titre : « Belles dames, vilains messieurs »

Ces messieurs damesLui :
Ces Messieurs Dames est un film à sketches de Pietro Germi qui, bien qu’un peu oublié aujourd’hui, fut l’un des créateurs de la nouvelle comédie italienne dans les années cinquante. Les trois sketches traitent de la vie sexuelle de la moyenne bourgeoisie d’une grande ville de Vénétie. Premier sketch : avant de se rendre à une soirée, un homme confie à son ami médecin qu’il souffre d’impuissance. Rapidement, tout le monde est au courant et il doit endurer les sarcasmes… Deuxième sketch : un employé de banque, accablé de reproches par une femme insupportable et plus riche que lui, tombe amoureux de la caissière du café voisin. Il parvient à l’inviter et à la séduire… Troisième sketch : un petit groupe de notables profitent d’une jeune paysanne aguichante et peu farouche. Ils réalisent un peu tard que la jeune fille est mineure… Ces Messieurs Dames montre les déboires et les turpitudes du mâle italien, successivement roublard, victime ou coupable dans ces trois sketches. En commun, il y a le poids des conventions sociales qui ne tolèrent pas les écarts, du moins quand ils sont visibles. L’humour, très présent dans le premier sketch, reste une constante. L’ensemble est bien relevé par un belle vivacité des dialogues, avec des éclats hauts en couleur.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Virna Lisi, Gastone Moschin, Nora Ricci, Alberto Lionello, Olga Villi, Franco Fabrizi, Beba Loncar, Gigi Ballista
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Remarques :
* Ces Messieurs Dames a reçu la Palme d’Or à Cannes en 1966 (ex-aequo avec Un homme Une Femme de Lelouch). Pietro Germi dut aller chercher sa palme sous les sifflets et a lancé à ses détracteurs sa célèbre répartie : « Excusez-moi de vous avoir fait rire… »
* Bien que le nom (imaginaire) de « Regaza » soit utilisé pour désigner la ville, le film a été tourné à Trévise.

17 décembre 2010

Le Cheik Blanc (1952) de Federico Fellini

Titre original : « Lo sceicco bianco »
Autre titre français : « Courrier du coeur »

Le Cheik Blanc Lui :
Le Cheik Blanc est le premier film vraiment personnel de Fellini. Un couple de jeunes mariés arrive à Rome. Le mari, très formaliste, veut présenter sa jeune épouse à son oncle et l’emmener à une audience publique avec le Pape. Mais, à peine arrivée, la timide jeune femme s’échappe quelques minutes de l’hôtel pour aller rencontrer le héros d’un roman-photo à qui elle a écrit quelques lettres : Le Cheik Blanc. Elle se laisse emmener sur le tournage… Il est vraiment étonnant que ce film soit tant sous-estimé. Boudé par le public et la critique de l’époque, affublé d’un titre ridicule en France (Courrier du cœur), il lui aura fallu un demi-siècle pour revenir en grâce. Courrier du coeur Le Cheik Blanc est en effet une belle exploration de la dualité monde réel / monde des rêves, de l’illusion et la désillusion avec un parallèle audacieux sur l’Eglise. On retrouve ici beaucoup de thèmes chers au réalisateur. Il fait preuve de beaucoup de délicatesse, ne grossit jamais le trait et parsème son film de petites notes d’humour qui ne sont jamais aux dépends de ses personnages : il les dépeint sans porter de jugement avec même une certaine tendresse. Un film qu’il n’est pas trop tard de découvrir.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Brunella Bovo, Leopoldo Trieste, Giulietta Masina
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Remarques :
Michelangelo Antonioni a participé à l’écriture, tout comme Tullio Pinelli et Ennio Flaiano qui accompagneront ensuite Fellini sur de nombreux films. La musique est de Nino Rota.

8 décembre 2010

Les fils du Cid (1964) de Vittorio Cottafavi

Autre titre français : « Les cent cavaliers »
Titre original : « I cento cavalieri »

Les fils du CidLui :
En l’an 1000, alors que les Maures sont installés en Espagne, un petit village isolé de Castille voit arriver un cheikh et cent cavaliers. Ils demandent asile en apportant des cadeaux mais rapidement deviennent des occupants tyranniques. La résistance s’installe… Vittorio Cottafavi est un réalisateur italien surtout connu pour les péplums qu’il a tournés dans les années cinquante. Il signe ici une épopée moyenâgeuse qui est étonnamment riche de plusieurs aspects : un réel fond dramatique, un humour très présent, un contenu idéologique et une petite idylle romantique discrète. Bien qu’il présente en apparence le combat comme noble avec des adversaires capables de se respecter, le fond de son propos est nettement anti-guerre comme le prouve sa scène finale assez terrible. Ses images montrent un certain raffinement esthétique qui renforce l’attrait du film. Cinéma populaire de qualité, Les Cent Cavaliers (ou Les Fils du Cid) ne rencontra pourtant pas le succès.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Mark Damon, Antonella Lualdi, Gastone Moschin, Wolfgang Preiss
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18 novembre 2010

Les garçons (1959) de Mauro Bolognini

Titre original : « La notte brava »

Les garçonsLui :
Les Garçons montre une journée et une nuit de deux jeunes, un peu voyous, un peu bohêmes, qui écoulent de la marchandise volée et tentent de rouler deux jeunes prostituées. Bolognini dresse le portrait d’une certaine jeunesse dans l’Italie de l’après-guerre qui semble enfermée dans l’oisiveté et condamnée à une errance physique et morale, où même l’amitié n’est plus vraiment une valeur. Seul l’argent compte, pour être toute de suite flambé. Les lieux utilisés par Bolognini font écho à ce désert moral, de grandes étendues entre terrains vagues périurbains et zones champêtres sableuses. Le scénario, tiré d’un roman qui avait fait scandale, est adapté par Pier Paolo Pasolini (qui tournera son premier film deux ans plus tard). L’ambiance du film est assez riche d’une certaine latence d’évolution ; le portrait de ces garçons est aussi celui de l’Italie en cette fin des années cinquante. Belle prestation de Jean-Claude Brialy et de Laurent Terzief, ici dans l’un de ses premiers grands rôles au cinéma.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Rosanna Schiaffino, Elsa Martinelli, Laurent Terzieff, Jean-Claude Brialy, Anna-Maria Ferrero, Franco Interlenghi, Tomas Milian, Mylène Demongeot
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13 novembre 2010

La strada (1954) de Federico Fellini

Titre original : « La strada »

La stradaLui :
Une jeune fille est vendue par sa famille très pauvre à un lutteur de foire. Elle l’accompagne sur les routes pour l’aider dans son numéro de briseur de chaîne. La Strada met face à face deux caractères totalement différents : la jeune Gelsomina, lunaire, innocente, fragile, avide de découvertes et Zamparo, colosse, assez brute, hâbleur, rustre à la vue courte qui refuse de montrer ses sentiments. Fellini crée des personnages presque caricaturaux tant il pousse loin cette opposition. La strada Le personnage de la jeune fille emprunte visuellement beaucoup de traits à Chaplin ; Giulietta Masima (1), avec peu de paroles, met beaucoup d’humanité dans son personnage en jouant avec les expressions enfantines de son visage. Car au-delà de la polémique (2), La Strada est un film plein d’humanité que Fellini transmet en évitant tout misérabilisme. Il trouve ici l’équilibre parfait et le film remportera un succès qui le propulsera au devant de la scène. Et grâce à la présence d’un acteur américain, ce succès sera international.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Anthony Quinn, Giulietta Masina, Richard Basehart
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(1) Giulietta Masina est l’épouse de Fellini.
(2) La Strada a été vivement attaqué à sa sortie par certains critiques européens pour l’introduction de certaines valeurs religieuses, notamment au travers du personnage Il Matto, le Fou, dans la scène du caillou. Certains critiques virent là une trahison du néoréalisme.

9 octobre 2010

I nostri sogni (1943) de Vittorio Cottafavi

Titre français parfois utilisé : « Nos rêves »

I nostri sogniLui :
Beau parleur et ne manquant pas d’imagination, Leo vivote en vendant à la sauvette des produits douteux. Un concours de circonstance va l’amener à jouer pour un soir le rôle d’un richissime fils à papa auprès d’une modeste employée. I Nostri Sogni (traduction : Nos rêves) est une fable sur l’attrait du luxe et de l’argent, chimère qui nous empêche de voir notre propre bonheur. La démonstration est assez originale car les deux principaux protagonistes (la modeste jeune fille et le faux riche) subissent tous deux le même attrait mais auront une prise de conscience différente. Il s’agit du premier film de Vittorio Cottafavi, réalisateur italien qui se fera davantage connaître ensuite par ses péplums. Vittorio De Sica a ici un beau rôle, charmeur, roublard mais droit au fond de son cœur, pris à son propre piège. Le futur réalisateur du Voleur de Bicyclette a, ne l’oublions pas, tourné dans de très nombreux films. Tourné sous Mussolini, le film avait certainement aussi pour vocation de glorifier les petites gens et montrer les riches comme étant plutôt inconstants et snobs. Quoiqu’il en soit, I Nostri Sogni est une charmante comédie.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Vittorio De Sica, María Mercader
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8 octobre 2010

Fellini Roma (1972) de Federico Fellini

Titre original : « Roma »

Fellini Roma Lui :
Avec Roma, Fellini donne sa vision, ou plus exactement sa représentation (1), de la ville de Rome, entremêlant principalement deux époques : celle où il est arrivé de sa province en 1939 et l’époque actuelle, celle du film, c’est-à-dire 1972. Il s’affranchit de toute ligne narrative pour former une série de tableaux, d’évocations, de variations. Roma est, avec Amarcord, le film de Fellini le plus spectaculaire et le plus inventif sur le plan des images, tous ses tableaux ont une force visuelle indéniable, aucun ne semble plus faible. Par delà toute la richesse des thèmes évoqués, deux sentiments ressortent : une certaine nostalgie, Fellini idéalise, brode, édulcore ses souvenirs de l’époque de 1939, la Trattoria, le spectacle de music-hall, les bordels, tout évoque la vie, l’exubérance italienne (de façon symptomatique, Fellini met son propre personnage de 1939 en jeune homme tout de blanc vêtu et coiffé à la mode des années 70 : ce personnage, c’est non seulement le Fellini d’hier mais aussi le Fellini d’aujourd’hui). Fellini Roma L’autre sentiment, c’est une certaine angoisse qui se dégage de la période actuelle : une ville paralysée par les embouteillages qui la transforment en un fouillis sans âme, l’incapacité à conserver son passé (la découverte lors des travaux du métro de superbes fresques qui s’effacent aussitôt sous l’action de l’air), l’incompréhension face aux hippies, l’intellectualisme, la tristesse de la fête du quartier Trastevere et bien entendu la horde de motards qui clôt le film, sorte d’anges de la mort qui rôdent autour des grands monuments. Et totalement à part, il y a cette scène incroyable, délirante, magique : le défilé de mode ecclésiastique. Une de ces féeries visuelles dont Fellini avait le secret.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Peter Gonzales Falcon, Fiona Florence, Britta Barnes, Marne Maitland
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(1) Federico Fellini décrit son film ainsi : « Roma est l’histoire d’une ville vue par les yeux de celui qui la raconte. C’est un ensemble de fantaisies, souvenirs, évidences, notations, affections et ressentiments comme ils peuvent affleurer dans l’âme de qui se propose une représentation de cette cité composite, contradictoire et somme toute inépuisable. » (Dramma, février-mars 72 / Ecran n°6 juin 72)

Versions :
Le film dans sa version pour l’Italie dure 128 min, avec une voix off peu présente de Fellini lui-même, et aussi une scène avec Mastroianni et Sordi. La version pour l’export dure 120 minutes avec une voix off plus développée et dite en anglais.