Titre original : « The Usual Suspects »
Une fusillade sur un cargo à quai dans le port de Los Angeles laisse le bateau en flammes et plus de vingt morts. L’un des rares survivants est interrogé par la police. Il raconte que tout a commencé six jours auparavant lorsque cinq suspects ont été arrêtés pour une attaque à main armée qu’il n’avait pas commise… Ecrit par Christopher McQuarrie et réalisé par Bryan Singer (son deuxième long métrage et, sans aucun doute, son plus remarquable), Usual Suspects a fait bouger les codes bien établis du film policier, principalement par sa construction qui est assez admirable ; entremêlant présent et flashback, elle forme un puzzle dont les pièces ne sont dévoilées que progressivement. Le déroulement du scénario nous tient ainsi constamment en haleine. Les personnages sont bien définis et bénéficient d’une interprétation parfaite, dans l’ensemble assez retenue, avec une mention spéciale pour Kevin Spacey et Gabriel Byrne. La musique est parfaitement intégrée et utilisée. Le twist final a beaucoup marqué les esprits : on pourra toujours objecter que Usual Suspects n’est pas le premier film à se terminer ainsi avec un retournement qui surprend le spectateur mais c’est incontestablement après lui que le twist final est devenu une figure obligée du genre.
Elle: –
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Acteurs: Gabriel Byrne, Kevin Spacey, Benicio Del Toro, Stephen Baldwin, Kevin Pollak, Chazz Palminteri, Pete Postlethwaite
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Kevin Spacey dans The Usual Suspects de Bryan Singer
Venant de revoir consécutivement ce film et Le sixième sens, je ne peux pas dire que je partage votre enthousiasme pour celui-ci (et je préfère largement le second).
D’abord, même en s’étant débrouillé pour ne rien savoir sur le film avant de le voir, il était impossible d’ignorer qu’il s’achevait de façon surprenante (c’est justement pour ça que tout le monde évitait de révéler trop de choses). Or le personnage objet du twist final est précisément… immédiatement repérable ! Dès le départ, il se singularise par son comportement et par son physique. Tout au long des flash back on le voit être différent des autres. Il y a donc un énorme défaut structurel : la surprise n’en est pas une. Et dès qu’il a été question du grand méchant, j’ai deviné qui c’était.
Ensuite, pour parvenir à cette surprise, Bryan Singer s’appuie sur un mécanisme scénaristique malhonnête. Une surprise assise sur un tel mécanisme est par définition facile à construire — et finalement bien vaine.
En fin de compte, la seule surprise n’est pas l’identité de Keyser Söze, c’est la découverte du fait que tout le récit est faux, lors du lent plan qui balaie le tableau d’affichage du bureau du commissaire. Que « tout ça pour ça » = que l’intégralité du récit ne pouvait que nous tromper puisque rien de ce qui est raconté ne s’est déroulé (sauf la réunion initiale des malfrats via la convocation comme « usual suspects » puis la tuerie finale). Je ne m’y attendais pas, mais cette surprise n’est pas un plaisir de spectateur embarqué dans un procédé loyal, c’est la déception d’avoir été manipulé de façon déloyale et gratuite.
Je suis vraiment vent debout contre ce genre de procédé scénaristique. C’est du même niveau que « Ce n’était qu’un rêve ». C’est paresseux, c’est malhonnête. Petite surprise OK, mais grande déception. C’est à l’opposé de la manipulation loyale et jubilatoire du Sixième sens.
J’ajoute que le premier tiers du film appuie la confusion sur… la confusion. Il y a une autre facilité, celle d’enchaîner les flash back et d’entremêler des scènes brèves et hachés, sans laisser le temps de comprendre ni les personnage ni de quoi il est question. Ce procédé est également malhonnête (et le serait en lui-même, même si la mécanique globale du film ne l’était pas). Autrement dit, d’un point de vue du scénario et de la mise en scène, c’est une entourloupe. Utiliser ce genre de tromperies et de ficelles faciles n’est pas une marque de talent ! « Je rends l’histoire incompréhensible pour que vous puissiez croire que c’était incompréhensible » : pardon ?
Enfin, une fois mis de côté les mécanismes (faciles et malhonnêtes) de tromperie, que reste-t-il ? Une histoire ultra-violente, avec des tueries, des massacres et du cynisme. Sans moi.
[NB : il reste quelques beaux numéros d’acteurs, notamment de Kevin Spacey. C’est peu.]