26 septembre 2014

Les Intrigantes (1954) de Henri Decoin

Les intrigantesLe très connu directeur de théâtre Paul Rémi est accusé d’avoir poussé son associé Bazine d’une haute passerelle. C’est une lettre anonyme à la police qui le désigne comme un meurtrier alors qu’il affirme qu’il s’agit d’un accident… Les Intrigantes est un film policier signé Henri Decoin, réalisateur dont les meilleurs films sont précisément dans ce genre. C’est un film dont on parle assez peu et, lorsqu’il est cité, c’est souvent du fait de la présence de Jeanne Moreau, ici dans l’un de ses premiers rôles assez convaincants. Pourtant, Les Intrigantes est un film qui ne manque pas d’attrait avec une intrigue bien mise en place. Son intérêt principal est toutefois de nous faire partager la vie d’un théâtre et d’une petite troupe qui met sur pied une pièce qu’ils savent être de piètre qualité (l’auteur de la pièce est interprété par Louis de Funès, ici dans un rôle non comique). L’ensemble manque un peu de puissance, reste en deçà des meilleurs films d’Henri Decoin, mais se regarde sans déplaisir.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Raymond Rouleau, Jeanne Moreau, Raymond Pellegrin, Etchika Choureau, Louis de Funès, Robert Hirsch
Voir la fiche du film et la filmographie de Henri Decoin sur le site IMDB.

Voir les autres films de Henri Decoin chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Les intrigantes est adapté d’un roman policier de Jacques Robert, La Machination. L’auteur a participé à l’écriture du scénario.
* Impossible de ne pas remarquer ce plan assez étonnant où le visage de Jeanne Moreau se reflète dans les verres de lunettes de Raymond Pellegrin qui la maintient au sol (le reflet aurait certainement gagné à être un peu moins net). Ce plan fait penser au célèbre plan de L’Inconnu du Nord-Express d’Alfred Hitchcock (1951).

Un commentaire sur « Les Intrigantes (1954) de Henri Decoin »

  1. UN MOYEN DECOIN, DONC UN BON FILM
    «Les Intrigantes» sortent trois semaines après « Touchez pas au grisbi »de Becker et au moment où la France se «dégage du bourbier indochinois» avant « d’entrer dans le conflit algérien ». Trois ans après « La vérité sur Bébé Donge » (1951) et précédant juste « Razzia sur la chnouf » (1955) deux de ses trois, quatre voire cinq «grands films » d’après guerre (avec, selon nous « Les Amants du pont Saint Jean », «Non Coupable», en 1947, « Entre onze heures et minuit », en 1948), cette adaptation d’un roman de l’écrivain/scénariste prolixe Jacques Robert, reste une œuvre mineure d’Henri Decoin. Mais un petit film au dessus de la bonne moyenne de cette production courante des années 50. 1954.
    Il y a toujours quelque chose à remarquer ou à apprécier chez le Pygmalion de la grande Danielle Darrieux. Là, ce sont les dix premières minutes. Elles nous sont montrées telle l’ouverture de la belle époque du polar ricain. Sans gras, ni temps mort. Juste avec le dialogue haché qu’il convient pour nous exposer la situation. Ainsi, les badauds curieux et entassés devant à la porte du théâtre parisien d’où l’on sort un cadavre sur un brancard deviennent les lecteurs des journaux relatant le fait divers et les « passeurs » du drame que l’on suspecte.
    C’est plus que de l’habileté, c’est de l’écriture cinématographique.
    Ensuite, on s’endort un peu au fur et mesure que Decoin se disperse entre le drame bourgeois, le polar qui n’en est pas vraiment un, la comédie de mœurs, et la description d’un milieu. Le théâtre parisien, ici, pour une fois, vu avec ses travailleurs de l’arrière scène. Cela, plus quelques petits détails, et l’amour témoigné aux comédiens, nous donnent d’ailleurs à penser que Truffaut a songé à ces «Intrigantes» en concevant son «Dernier métro». Après tout, les dernières œuvres de l’ancien jeune homme en colère de la Nouvelle Vague, font preuve d’un élégant classicisme digne de Papa Decoin.
    On pourrait même comparer la pugnacité que mettent Decoin et Truffaut à «soigner» les second et troisième rôles. Dans le travail du premier nommé, le flic patelin et tenace (impeccable Marcel André), l’incroyable agent d’assurances (magnifique Paul Demange), le tortueux couple d’auteurs (impayables Renée Passeur et Louis de Funès), et le metteur en scène dépassé par sa tâche et la médiocrité du spectacle à monter (savoureux Robert Hirsch) méritent largement les 95 minutes projection.
    Reste Jeanne Moreau. Vecchiali qui goute peu- c’est bien le terme- cette comédienne, écrit (L’encinéclopédie. Edition de l’œil. 2010) qu’elle « lance dans ce faux polar et cette fausse comédie comme si c’était du Shakespeare ». C’est cruel et injuste, mais pas tout fait faux. Mais, alors Raymond Rouleau s’y lance comme si c’était du Strindberg, et Raymond Pellegrin, comme si c’était du Frédéric Dard.
    Decoin qui l’avait déjà enrôlée dans « Dortoir des grandes »( 1953) a-t-il envisagé cette Mademoiselle Jeanne en place de Madame Darrieux ?
    Toujours est-il qu’à 26 ans (elle le confie dans le film) la future égérie de Malle, Truffaut, Buñuel et Losey n’interprète plus des jeunes filles de famille ou des servantes, mais déjà de femmes plus ambitieuses et libérées qu’amoureuses. Ce que ces belles années 50 dénommaient des «garces » !
    Cela aussi on le doit à Monsieur Decoin.

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