19 décembre 2008

L’insoumise (1938) de William Wyler

Titre original : « Jezebel »

L’insoumise Elle :
A la Nouvelle-Orléans dans les années 1850, une jeune femme (Bette Davis), à la fois enfant gâtée trop sûre d’elle et esprit libre, fait scandale en apparaissant dans un bal avec une robe rouge au lieu de la rituelle robe blanche. Son fiancé (Henry Fonda), jeune banquier, s’éloigne d’elle. Le film semble avoir vieilli : si l’on peut partager le désir de cette jeune femme de briser les codes et de s’affranchir des conventions de la société compassée de la très haute bourgeoisie de cette époque, les ressorts mélodramatiques rendent le film trop conventionnel.
Note : 2 étoiles

Lui :
L’insoumise Le parallèle a souvent été fait entre L’insoumise et Autant en emporte le vent : tous deux nous plongent au cœur de la société du sud des Etats-Unis juste avant la Guerre Civile et, de plus, la rumeur voudrait que la Warner ait offert ce rôle à Bette Davis en compensation de sa non-participation à la superproduction de Selznick (1). Jezebel est bel et bien un formidable écrin pour mettre en valeur Bette Davis qui domine le film avec sa forte présence. William Wyler a bien su contrôler la tendance de l’actrice à mettre parfois trop d’énergie dans son jeu et elle trouve ici le ton juste. Hélas, l’histoire en elle-même n’est pas suffisamment forte, surtout quand on voit L’insoumise avec nos yeux modernes (car il eut à l’époque un large succès populaire) : le mélodrame apparaît maintenant très convenu et finalement guère passionnant. Il nous reste néanmoins la superbe scène du bal, indéniablement le moment le plus fort du film (2). A côté de Bette Davis, les seconds rôles ne sont guère présents : le jeune Henry Fonda (ici en remplacement de dernière minute) a encore le jeu très timide qui caractérise ses premiers films.
Note : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Bette Davis, Henry Fonda, George Brent, Margaret Lindsay
Voir la fiche du film et la filmographie de William Wyler sur le site IMDB.
Voir les autres films de William Wyler chroniqués sur ce blog…

(1) La Warner aurait accepté de prêter Bette Davis à David O’Selznick (MGM) pour jouer Scarlett O’Hara qu’à la condition qu’Erroll Flynn soit également pris pour interpréter Rhett Butler. Selznick ne voulait pas de Flynn donc la transaction ne se fit pas. Pour se racheter, la Warner aurait monté Jezebel pour offrir un grand rôle à Bette Davis et la calmer… Cette théorie est toutefois contredite par les dates (le tournage de Jezebel était terminé que le casting d’Autant en emporte le vent n’était pas encore finalisé) mais n’est pas totalement impossible.

(2) La scène du bal aurait été inspirée à John Huston (co-scénariste du film) par une scène de la vie réelle à Hollywood : lors du Mayfair Ball de 1936 où toutes les femmes portaient une robe blanche comme exigé, Norma Shearer (actrice oscarisée et épouse d’Irving Thalberg, le grand producteur de la MGM) est apparue vêtue d’une robe rouge. Commentaires dans la salle : « Mais pour qui se prend-elle ? »…

Homonyme :
L’insoumise de Howard Hawks (1928), avec Charles Farrell et Greta Nissen

17 décembre 2008

Reine de beauté (1935) de Mervyn LeRoy

Titre original : « Page Miss Glory »

Reine de beauté Elle :
(pas vu)

Lui :
Un trio de petits escrocs mondains invente une Reine de Beauté grâce à un montage photographique. Forcés de la montrer à la presse, ils demandent à une jeune femme de chambre naïve et fraîchement arrivée de sa campagne natale d’incarner cette femme idéale. C’est un film assez peu connu de Mervyn LeRoy mais étonnamment réussi, une comédie très bien équilibrée, légère et fertile en rebondissements. La Reine de Beauté est Marion Davies mais contre toute attente ce n’est pas elle que le film met le mieux en valeur (1). Reine de BeautéReine de BeautéLe film repose beaucoup plus sur Pat O’Brien, parfait en escroc qui retombe toujours sur ses pieds, et aussi sur de très bons seconds rôles : Dick Powell, très amusant en amoureux déterminé, et Mary Astor, discrète mais efficace. Le scénario, adaptation d’une pièce bien rodée à Broadway, se déroule parfaitement. Bien que rien ne la fasse vraiment sortir du lot, Reine de Beauté fait partie de ces excellentes comédies des années trente qui sont toujours très plaisantes à regarder soixante-quinze ans plus tard.
Note : 4 eacute;toiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Marion Davies, Pat O’Brien, Dick Powell, Mary Astor, Frank McHugh
Voir la fiche du film et la filmographie de Mervyn LeRoy sur le site IMDB.
Voir les autres films de Mervyn LeRoy chroniqués sur ce blog…

Marion Davies(1) Reine de Beauté est le premier des quatre films que Marion Davies tournera pour la Warner. Depuis longtemps la maîtresse de Randolph Hearst (qui avait créé pour elle une compagnie de production, la Cosmopolitan, et qui lui restera fidèle jusqu’à sa mort), Marion Davies passa à la Warner quand le milliardaire rompit avec la MGM. La Warner ne crut jamais en elle et ces quatre films termineront sa carrière d’actrice. Plus que dans Citizen Kane (où elle est caricaturée par Welles), le personnage de Marion Davies est mis en scène dans Citizen Welles (RKO 281, 1999) de Benjamin Ross où elle est incarnée par Melanie Griffith et dans le film de Peter Bogdanovich Un parfum de meurtre (The cat’s meow, 2005) où elle est incarnée par Kirsten Dunst. A noter aussi, le téléfilm The Hearst and Davies affair (Le scandale Hearst) de David Lowell Rich (1985) où elle est incarnée par Virginia Madsen.

9 novembre 2008

Mata Hari (1931) de George Fitzmaurice

Mata HariQuelques mois après la sortie d’Agent X-27 de la Paramount avec Marlène Dietrich, la MGM sort Mata Hari avec Greta Garbo. Les deux films sont basés sur le même thème, une variation autour du mythe de l’espionne mondaine et séductrice. Il est bien entendu tentant de comparer les deux films. X-27 a toutefois pour avantage d’avoir un réalisateur qui marque le film de son style personnel alors que Fitzmaurice est un (très bon) technicien. On retrouve en tous cas dans les deux films la forte présence de l’actrice principale. Greta Garbo marque le rôle de son magnétisme et de sa présence au point d’en faire totalement oublier le personnage qui s’efface derrière l’actrice. Mata Hari Personne ne s’en plaindrait, ceci dit, car le spectacle est d’autant plus séduisant que le costumier Adrian lui a dessiné des robes renversantes et inventives. A ses côtés, les seconds rôles sont solidement tenus par Roman Novarro et Lionel Barrymore qui parviennent tous deux à donner une bonne présence à leur personnage. Par rapport à X-27, Mata Hari manque toutefois de scène forte : paraissant un peu tirée par les cheveux, même la fin manque d’impact. Sans être à classer parmi ses meilleurs films, Mata Hari reste plaisant à regarder pour le numéro magique et fascinant de Greta Garbo.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Greta Garbo, Ramon Novarro, Lionel Barrymore, Lewis Stone
Voir la fiche du film et la filmographie de George Fitzmaurice sur le site IMDB.

Voir les autres films de George Fitzmaurice chroniqués sur ce blog…

Homonymes :
Mata Hari, agent H21 de Jean-Louis Richard (1964), avec Jeanne Moreau et Jean-Louis Trintignant
Mata Hari (1985) variation pseudo érotique avec Sylvia Kristel.
+ plusieurs adaptations à la télévision dont une récente (2003) avec Maruschka Detmers.

5 novembre 2008

Franc jeu (1934) de Archie Mayo

Titre original : « Gambling Lady »

Franc jeuLui :
Franc jeu (Gambling Lady) est le premier d’une série de films où Barbara Stanwyck et Joel McCrea partageront la tête d’affiche. L’histoire assez simple d’une joueuse professionnelle qui rencontre un jeune homme de la bonne société va s’enrichir à mi-parcours d’une dimension un peu plus policière. L’ensemble reste assez léger toutefois, conçu par la Warner comme un divertissement. De bonne facture sans toutefois être vraiment notable, le très court (66 minutes) Franc Jeu reste juste plaisant à regarder. Sans plus.
Note : 3 eacute;toiles
Lire les commentaires d’une seconde vision…

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Barbara Stanwyck, Joel McCrea, Pat O’Brien, Claire Dodd
Voir la fiche du film et la filmographie de Archie Mayo sur le site IMDB.

Homonyme :
Franc jeu (Honky Tonk) de Jack Conway (1941) avec Clark Gable et Lana Turner

19 octobre 2008

Les anges aux figures sales (1938) de Michael Curtiz

Titre original : « Angels with dirty faces »

Les anges aux figures salesElle :
(pas vu)

Lui :
Deux gamins chapardeurs d’un quartier très populaire de New-York se retrouvent 15 ans plus tard. L’un est devenu prêtre alors que l’autre est un petit caïd admiré par une bande de gamins du quartier. Le scénario de Les anges aux figures sales n’est franchement pas novateur en cette fin des années 30 mais le traitement que Curtiz en fait est néanmoins remarquable. Si le film connut un franc succès au moment de sa sortie, il est généralement moins bien considéré aujourd’hui où il est de bon ton de railler les films un tant soit peu moralisateurs. C’est dommage car la réalisation de Michael Curtiz est irréprochable : un rythme très bien enlevé avec un joli mélange de scènes d’action et de scènes de réalisme social, une belle photographie jouant avec les ombres et surtout une parfaite interprétation, James Cagney en tête qui fait à nouveau tandem avec Pat O’Brien. Les anges aux figures sales propulsa la carrière d’Ann Sheridan et celle des Dead End Kids qui interprètent ici la petite bande de gamins. Bogart est ici dans un second rôle, plutôt effacé.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: James Cagney, Pat O’Brien, Humphrey Bogart, Ann Sheridan, George Bancroft
Voir la fiche du film et la filmographie de Michael Curtiz sur le site IMDB.

Voir les autres films de Michael Curtiz chroniqués sur ce blog…

Pour capitaliser sur le succès de Les anges aux figures sales, la Warner sortit un  an plus tard Angels Wash Their Faces (cela ne s’invente pas!) avec Ann Sheridan, Ronald Reagan et les Dead End Kids. Ce n’est pas une suite mais plutôt un film sur le même thème. Un film hélas de bien moindre intérêt.

15 octobre 2008

Thomas Garner (1933) de William K. Howard

Titre original : « The power and the glory »

Thomas GarnerElle :
(pas vu)

Lui :
Thomas Garner est souvent cité comme le premier film à utiliser largement le flashback : le film débute par la cérémonie de funérailles d’un grand patron d’une compagnie de chemin fer dont on va ensuite nous raconter la vie. C’est exactement le type de construction que l’on retrouvera 8 ans plus tard dans Citizen Kane et Orson Welles a toujours cité Thomas Garner comme l’une de ses sources d’inspiration. En dehors de cette particularité, il faut bien reconnaître que le film manque de puissance dans son récit : l’accent est plus mis sur la vie sentimentale de cet homme parti du plus bas pour arriver au plus haut socialement alors que sa vie sentimentale est parti du plus haut pour finir au plus bas. Le portrait manque de profondeur et l’ensemble paraît assez anecdotique. Spencer Tracy, alors âgé de 33 ans, doit interpréter un personnage bien plus âgé que lui et il semble le faire sans grande conviction. Thomas Garner apparaît donc bien moins fort que le titre anglais ne le laisserait supposer (à noter que le film n’a aucun lien avec le roman homonyme de Graham Greene, La puissance et la gloire).
Note : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Spencer Tracy, Colleen Moore, Ralph Morgan
Voir la fiche du film et la filmographie de William K. Howard sur le site IMDB.

29 septembre 2008

Justin de Marseille (1934) de Maurice Tourneur

Justin de MarseilleElle :
(pas vu)

Lui :
Justin de Marseille met en scène un petit caïd des quartiers populaires de Marseille. Maurice Tourneur s’est inspiré d’un vrai personnage, Carbone, qui était à l’époque le roi de pègre marseillaise. Pour éviter tout problème, il est même allé le voir pour lui demander l’autorisation avant de tourner. Est-ce pour cela que le portrait qu’il nous en fait est assez flatteur ? Quand il ne réceptionne pas ses paquets d’opium qui arrivent par bateau, ce Justin de Marseille a tout d’un gentlemen, il défend la veuve et l’orphelin dans la rue, sauve une jeune suicidée de la noyade. Tout le monde l’adore. C’est un peu idyllique mais peu importe car l’attrait du film de Maurice Tourneur réside surtout dans le climat qu’il a réussi à recréer. On retrouve toute l’atmosphère du vieux port, avec l’accent chantant des gens qui s’interpellent, une atmosphère qui tranche avec les scènes de nuit (superbe éclairage) et les scènes d’action. Le montage est particulièrement vif avec un rythme qui évoque les films de gangster américains de la Warner de la même époque. Sur ce plan, Justin de Marseille est une vraie surprise, un petit bijou du cinéma français.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Antonin Berval, Pierre Larquey, Alexandre Rignault, Ghislaine Bru
Voir la fiche du film et la filmographie de Maurice Tourneur sur le site imdb.com.

Voir les autres films de Maurice Tourneur chroniqués sur ce blog…

27 septembre 2008

Marie Stuart (1936) de John Ford

Titre original : Mary Of Scotland

Marie StuartElle :
(En bref) Film historique sur Marie Stuart, reine d’Ecosse et cousine de la reine d’Angleterre Elizabeth 1er (XVIe siècle). Le film est intéressant même s’il semble un peu long. Les intrigues et confrontations donnent de belles scènes d’acteur avec notamment un jeu particulièrement riche de Katharine Hepburn.
Note : 3 étoiles

Lui :
(En bref) Ce film historique est soutenu par une belle brochette d’acteurs qui insufflent beaucoup de force dans le film. Les manoeuvres politiques sont parfois un peu confuses et les scènes plus sentimentales paraissent maintenant un peu datées. L’ensemble paraît un peu long mais assez dense.
Note : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Katharine Hepburn, Fredric March, Florence Eldridge, Douglas Walton, John Carradine
Voir la fiche du film et la filmographie de John Ford sur le site IMDB.
Voir les autres films de John Ford chroniqués sur ce blog…

Autres films sur Marie Stuart :
Marie Suart (Das Herz der Königin) de l’allemand Carl Froelich (1940)
Marie Stuart, reine d’Ecosse (Mary, Queen of Scots) de Charles Jarrott (1971) avec Vanessa Redgrave
La dernière nuit de Marie Stuart de Didier Decoin (TV) (1981) avec Annie Girardot et Jean Topart

5 septembre 2008

La Chienne (1931) de Jean Renoir

La chienneElle :
(pas vu)

Lui :
Caissier d’un magasin et peintre à ses heures, Maurice Legrand rencontre la jeune Lulu exploitée par un odieux souteneur. Il l’installe dans un petit meublé. Adapté d’un roman de Georges de la Fouchardière, La Chienne est le premier grand film parlant de Jean Renoir (son premier essai dans le parlant fut en réalité avec le mineur On purge Bébé) et il y montre une grande maîtrise de cette nouvelle technique. 75 ans après sa sortie, La Chienne paraît toujours comme étant particulièrement riche. Dans un style réaliste, Renoir parvient à rendre tous ses personnages attachants, malgré leurs défauts. Le film est aussi porté par le talent extraordinaire de Michel Simon qui a ce mélange quasi unique de comédie et de tragique, nous faisant balloter de l’un à l’autre avec un naturel inégalé, toujours avec sobriété. La Chienne est l’un des plus beaux films de Renoir.
Note : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Michel Simon, Janie Marèse, George Flamant
Voir la fiche du film et la filmographie de Jean Renoir sur le site imdb.com.

Voir les autres films de Jean Renoir chroniqués sur ce blog…

Remake :
La rue rouge (The Scarlet Street) de Fritz Lang (1945) avec Edward G.Robinson.

5 août 2008

Guerre au crime (1936) de William Keighley

Titre original : « Bullets or ballots »

Guerre au crime Elle :
(pas vu)

Lui :
Guerre au crime est inspiré des exploits d’un policier de l’époque, John Broderick, qui d’après Edward G. Robinson était tout comme lui fort mécontent du scénario. En fait, il s’agissait surtout pour la Warner de faire jouer à l’acteur un rôle à biface (policier/truand) et donc de respecter les nouvelles règles du Code Hays qui interdisaient de glorifier les truands. Guerre au crime Humphrey Bogart tient le rôle de second couteau, impulsif et borné comme souvent dans ses films des années 30. Sans être vraiment remarquable, Guerre au crime (le titre anglais, Bullets or Ballots, « des balles ou des votes », est soit dit-en passant bien plus représentatif du film) est de bonne facture, bien enlevé par un rythme assez soutenu. Edward G. Robinson est toutefois un peu plus retenu que dans certains de ses autres rôles.
Note : 3 eacute;toiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Edward G. Robinson, Joan Blondell, Barton MacLane, Humphrey Bogart
Voir la fiche du film et la filmographie de William Keighley sur le site imdb.com.