Lui :
(Film muet) Si nous connaissons tous Charles Vanel en tant qu’acteur à la filmographie prodigieuse (70 ans de cinéma), nous connaissons bien moins Charles Vanel le réalisateur. Et pour cause : il n’a réalisé que deux films, Dans la nuit en 1929, qui vient d’être sauvé et restauré, et Affaire classée en 1932, un court métrage dont une seule copie subsiste. Tourné en muet au milieu de la tourmente générée par l’arrivée du parlant, ce premier film fut quelque peu ignoré. C’est regrettable car, s’il n’est pas exempt de défaut, notamment sur le plan du scénario, ce premier film montre que Charles Vanel avait indéniablement des talents pour la réalisation. Il y a une inventivité réelle dans les cadrages, les transitions, les intertitres. De plus Charles Vanel montre une bonne maitrise de la caméra pour un premier film : tout en montrant une certaine maturité, il semble même s’amuser à tourner. Un film intéressant à voir en tout cas.
Note :
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Lui :
Le Chanteur de Jazz est souvent présenté comme étant le premier film parlant ou le premier film sonore. Ce n’est pas tout à fait exact dans le sens où le premier film sonore doté du procédé Vitaphone fut Don Juan (1926), suivi de Old San Francisco (1927), tous deux du même Alan Crosland. Mais ces deux films n’étaient que des films musicaux. The Jazz Singer n’a, lui aussi, que très peu de paroles, une minute tout au plus, tout le reste est en intertitre, mais toutes les chansons d’Al Jolson sont sonorisées et synchrones.
Le succès fut spectaculaire après du public, apportant au cinéma une porte de sortie de la crise qu’il traversait : Warner, le studio le plus mal en point, avait joué son va-tout avec ce procédé qui stockait le son sur des disques séparés. Ce film symbolise donc parfaitement l’avènement du cinéma parlant. Le premier vrai film parlant ne sortira cependant qu’un an plus tard, Lights of New York (1928) de Bryan Foy, et la généralisation du système qui stocke le son sur la pellicule, le Movietone, ne se fera qu’au début des années 30.
En dehors de cet aspect historique, le film n’a toutefois que peu d’intérêt. Al Jolson est avant tout un chanteur et non un acteur, l’histoire en elle-même est des plus conventionnelles et, le jeu des acteurs, peu inspiré. Le Chanteur de Jazz a eu deux remakes, par Michael Curtiz en 1952 et par Richard Fleischer en 1980. Ces deux versions ne sont pas vraiment mémorables.
Note :
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Voir les autres films de Alan Crosland chroniqués sur ce blog…
Remakes : Le chanteur de jazz (The jazz singer) de Michael Curtiz (1952) avec Dany Thomas Le chanteur de jazz (The jazz singer) de Richard Fleischer (1980) avec Neil Diamond
Lui :
(film muet) Dans cette histoire assez sombre de vengeance, Tod Browning met en scène son univers favori avec cette fois un Lon Chaney qui a perdu l’usage de ses jambes à la suite d’une chute. L’acteur est particulièrement convaincant dans ses reptations sur le sol et son visage respire le machiavélisme le plus profond. Le film se passant en Afrique noire, vaudous et rites sacrés sont de la partie et viennent alourdir l’atmosphère. L’ensemble est efficace et nous met même parfois un peu mal à l’aise. Encore une formidable prestation de Lon Chaney.
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Lui :
(Film muet) Greed fait partie des films les plus marquants et les plus mythiques de l’histoire du cinéma. La première version de cette adaptation du roman de Frank Norris durait 9 heures. Elle ne fut projetée qu’une seule fois, de façon privée, et Erich von Stroheim se résolut à réduire son film à 5 heures mais refusa d’en couper davantage. Il chargea le réalisateur Rex Ingram de continuer : le résultat durait alors 4 heures. La MGM, toujours insatisfaite, fit intervenir la scénariste June Mathis qui, sans avoir lu le livre, en fit une version de 2 heures qui sortit en salles, version totalement reniée par Von Stroheim. Les scènes coupées furent perdues à jamais.
En 1999, une version de 4heures a été réalisée en utilisant des photos de tournage en plans fixes intercalés dans la version courte et en re-créant des intertitres. C’est ainsi que l’on peut voir apparaître des personnages qui avaient été totalement (ou en grande partie) supprimés.
Les Rapaces est une grande fresque sociale sur l’argent, la fascination qu’il génère et sur son pouvoir de destruction. Le film a une ampleur rare, même comparé aux films d’aujourd’hui. Formidable précurseur, Erich von Stroheim avait tissé une trame très riche où les destins se croisent et s’entrecroisent. Cette version de 4 heures réintroduit des personnages (les deux septuagénaires amoureux, le ferrailleur et la servante) qui font contrepoint au couple principal. Le film est bourré de symboles sur la cupidité, le destin, avec aussi toute une symbolique sexuelle. Ces symboles sont appuyés par le coloriage en jaune de certains objets, dont l’or bien entendu. Une scène est même en couleurs (!), cette fois pour symboliser le juste chemin, celui du couple de septuagénaires. Elle fit partie des coupes.
Erich von Stroheim a tenu à tout tourner dans les lieux réels, bénéficiant d’un budget sans précédent. Il fit rouvrir la mine d’or qui figure dans le livre, il traîna dans la Vallée de la Mort toute son équipe qui se mit à le haïr pour ces conditions épouvantables. Cette volonté du réalisateur donne au film une très forte authenticité, tout sonne vrai. Certaines scènes sont fastueuses mais de nombreuses grandes scènes de foule firent hélas partie des coupes.
Ainsi amputé, mais aussi parce qu’il touchait aux fondements de la société américaine, le film fut un échec commercial. Un critique américain aurait écrit : « Peut-être ce film plaira-t-il au public en Autriche, qui est la patrie d’Erich von Stroheim, mais je crois qu’aucun citoyen américain normal ne pourra l’apprécier. »
Cette reconstitution permet d’imaginer ce que pouvait être la version originale de 4 ou 5 heures et de mesurer à quel point c’est effectivement l’un des plus grands drames de l’histoire du cinéma d’avoir perdu à jamais les trois-quarts de ce qu’il n’est pas exagéré d’appeler l’un des plus grands films de tous les temps. Erich von Stroheim ne se remettra jamais de la mutilation de son film ; beaucoup plus tard, il déclarera : « Je considère que je n’ai fait qu’un seul vrai film dans ma vie… et personne ne l’a vu ».
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Lui :
(Film muet) The Unknown (L’inconnu) est incontestablement l’un des films les plus puissants de Tod Browning et aussi de Lon Chaney : son interprétation d’Alonzo, l’homme sans bras, est assez phénoménale puisqu’il joue entièrement avec ses pieds. En face de lui, la jeune Joan Crawford campe son personnage avec beaucoup d’aplomb. L’actrice déclarera plus bien tard que, de toute sa carrière, ce fut le film où elle a le plus appris.
Cette histoire d’amour fou se déroule dans le monde d’un petit cirque gitan, l’occasion pour Tod Browning et Waldemar Young, le scénariste, de justifier l’un des scénarios les plus improbables du cinéma. Et cette histoire, tout invraisemblable qu’elle soit, on y croit entièrement, comme envoûté par la puissance du jeu des acteurs et une intensité dramatique qui ne fait que croître pour culminer dans une scène finale qui en devient presque insoutenable. Et pourtant, aucune scène n’est horrible en soi, il me paraît d’ailleurs très réducteur de le classer dans les films d’horreur. Non, c’est un film sur la nature humaine où les personnages sont dominés par leurs émotions, par des sentiments simples et quasi-instinctifs. Le personnage d’Alonzo, très complexe, nous inspire à la fois compassion et condamnation, parfois dans la même scène. Le film, du moins dans la version qui a survécu, est très court, 49mn, ce qui le rend encore plus dense.
Note :
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Lui :
(Film muet) Loin vers l’est fait partie des huit films que Lon Chaney a tourné sous la direction de Tod Browning, réalisateur qui fut parfois surnommé « l’Edgar Poe du cinéma ». Ce film est assez classique dans le sens où il joue avec l’attrait et la magie de l’Extrême-Orient pour mettre en scène une histoire de femme fatale, ensorceleuse à souhait. Lon Chaney interprète un rôle de chasseur de fauves, au visage couvert de profondes cicatrices… La magie opère pleinement et sans surprises, grâce à des personnages solidement campés. Loin vers l’Est n’est sans doute pas le film le plus remarquable de la collaboration Chaney/Browning mais il est très intéressant tout de même pour son climat.
Note :
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Lui : (Film muet) Rex Ingram est l’un des pères du cinéma populaire hollywoodien. On le connaît surtout pour des films comme Les quatres cavaliers de l’Apocalypse, qui lanca Rudolph Valentino, ou The prisoner of Zenda qui fit découvrir Ramon Novarro. Ses films furent d’énormes succès et c’est le cas de ce Mare Nostrum, tourné vers la fin de sa carrière à une époque où le réalisateur s’était pris de passion pour la civilisation méditéranéenne. Cette histoire d’espionnage pendant la première guerre mondiale met particulièrement en valeur Alice Terry, son actrice fétiche… et sa femme. Si la mise en place apparaît un peu longue, la trame du scénario est vraiment prenante ensuite. Rex Ingram est un réalisateur qui soigne sa photographie en construisant son image avec beaucoup de soin, une photographie qui apparaît tout aussi remarquable quatre-vingt ans plus tard.
Note :
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Remarques :
C’est sur ce film, tourné dans le midi de la France, que débute un tout jeune asssistant : l’anglais Michael Powell, futur grand réalisateur. Il en parle longuement dans ses mémoires.
Lui :
(Film muet) Victor Sjöström est un réalisateur suédois qui est certainement à classer parmi les plus grands du cinéma muet. Un grand souffle lyrique passe dans bon nombre de ses films et celui-ci, tourné dans sa période hollywoodienne vers la fin de sa carrière, en est l’un des plus beaux exemples. Cette histoire poignante de femme adultère dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle a inspiré le cinéma puisque, déjà en 1926, il s’agissait de la 5e adaptation du roman de Nathaniel Hawthorne. Par la suite, il y en eut encore trois, dont celle Wim Wenders en 1973 et la plus récente Les amants du nouveau monde de Roland Joffé en 1995. Mais aucune n’a la force de celle de Sjöström qui parvient à un degré d’intensité assez rare. Lillian Gish se donne toute entière à son personnage et révèle tout son talent à transmettre les émotions et à passer rapidement de l’innocence insouciante à l’accablement causé par son lourd fardeau. Quelle présence ! A ses côtés, Lars Hanson en paraît presque effacé. Sjöström maîtrise parfaitement sa mise en scène et la photographie est remarquable. Du grand cinéma lyrique qui nous laisse sans voix…
Note :
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Elle :
(Film muet) Avec ce film, son second long métrage, Chaplin sort des sentiers battus et rompt avec le comique et met son personnage de côté. Cette histoire d’amour ratée fustige les gens riches et oisifs, une peinture sociale assez mordante. Il innove dans les cadrages en faisant du hors-champ et le scénario est très construit. On peut être un peu déçu de ne pas voir Chaplin jouer si ce n’est en figurant anonyme mais L’Opinion Publique est tout de même assez remarquable de clairvoyance.
Note :
Lui :
C’est un film assez personnel de Charles Chaplin, une réflexion sur l’impact de l’argent sur les rapports humains, sur la fracture sociale ; ce sont des sujets toujours terriblement actuels presque un siècle plus tard et le propos et les préoccupations paraissent étonnamment modernes. Il y a beaucoup de candeur et de sincérité dans la façon de filmer qu’adopte Chaplin, l’absence de scénario écrit accentuant ceratinement cette impression. Il y a aussi de belles trouvailles cinématographiques, comme par exemple des hors-champ inhabituels. Premier film de Chaplin pour les Artistes Associés dont il est l’un des quatre fondateurs, L’Opinion Publique sera un échec commercial et Chaplin, qui avait voulu ainsi aller au delà du comique vers des films plus dramatiques, ne s’en remettra jamais. Vu aujourd’hui, c’est un film qui semble assez à part dans sa filmographie et qui ne fait pas son âge…
Note :
Titre original : « Das Tagebuch einer Verlorenen »
Autre titre : « Trois pages d’un journal »
Lui :
(Film muet) Cette « fille perdue » est une jeune fille reniée par sa famille après avoir été abusée par un homme travaillant avec son père. C’est une bourgeoisie hypocrite et haïssable que nous montre Pabst, une bourgeoisie rigide et froide, incapable du moindre sentiment. Le film laissant supposer qu’il y a plus de sentiment et d’amour au bordel que dans la société, le film fut bien entendu assassiné par la censure.
De nombreuses scènes sont de pures petites merveilles de cinéma, comme cette scène presque surréaliste du réfectoire, la scène où la jeune fille revoit son père, et bien entendu celles où elle s’abandonne dans les bras de son partenaire. Car bien sûr, il y a Louise Brooks, terriblement photogénique, qui irradie le film de son extraordinaire aura. Avec Loulou (également de G.W. Pabst), Le journal d’une fille perdue est certainement le film qui sut vraiment mettre Louise Brooks en valeur, au cours d’une carrière incroyablement gâchée et beaucoup trop courte.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)