30 septembre 2010

Juliette des esprits (1965) de Federico Fellini

Titre original : « Giulietta degli spiriti »

Juliette des espritsLui :
Tourné après 8 ½, Juliette des esprits est en quelque sorte son pendant : après l’homme, c’est au tour de la femme. Guilietta découvre soudainement que son mari la trompe et va entreprendre un cheminement intérieur pour trouver un nouvel équilibre. Pour se libérer de son carcan, elle devra faire ressurgir les angoisses, les oppressions familiales qui l’ont marquée mais aussi ses rêves et aspirations. C’est l’occasion pour Fellini de créer à nouveau un spectacle bariolé et haut en couleur où il crée des tableaux avec moult personnages très typés. On pourra sans doute objecter qu’il s’agit plutôt du portrait intérieur d’une femme telle que le voit un homme. C’est le premier long métrage en couleurs du cinéaste et il utilise beaucoup le blanc et le rouge, et aussi le vert (ce sont les trois couleurs du drapeau italien…) Les costumes sont assez exubérants (avec une mention spéciale pour les chapeaux!) et la maison de poupée de Guilietta tranche joliment avec le délire visuel qu’offre la maison de sa voisine avec ses fêtes pseudo-païennes. Le rôle principal est tenu par la propre femme de Fellini qui adopte un jeu très terne, probablement à la demande du cinéaste. Juliette des esprits a plutôt été mal accueilli à sa sortie et il reste sans doute un peu sous-estimé. Tout au plus, peut-on l’accuser de quelques longueurs…
Note : 3 étoiles

Acteurs: Giulietta Masina, Sandra Milo, Mario Pisu, Valentina Cortese, José Luis de Villalonga
Voir la fiche du film et la filmographie de Federico Fellini sur le site IMDB.

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10 juin 2010

Le mauvais chemin (1961) de Mauro Bolognini

Titre original : « La viaccia »

Le mauvais cheminLui :
A la fin du XIXe siècle, une famille tente de maintenir entière la petite ferme familiale La Viaccia. Le jeune fils Amerigo est envoyé chez son oncle malade à Florence dans l’espoir de bénéficier du futur héritage. Mais, une fois en ville, il tombe amoureux de la belle Bianca qui travaille dans une maison close. Le mauvais chemin est adapté d’un roman de Mario Pratesi. Sur cette trame qui évoque Zola, le film de Mauro Bolognini est à la fois un grand drame passionnel sans espoir et une peinture sociale qui met en relief les différences entre la grande pauvreté des campagnes et la relative aisance de la bourgeoisie des villes. C’est aussi le triomphe de la passion sur la raison. Filmé en noir et blanc, La Viaccia restitue parfaitement l’atmosphère du tournant du siècle, avec ses décors de maisons closes, lourdement chargés de tentures et de colifichets. Jean-Paul Belmondo (ici doublé en italien) apporte beaucoup de fraîcheur et de candeur tandis que Claudia Cardinale donne une belle interprétation, surmontant parfaitement la relative rigidité du texte. On lui doit les plus belles et les plus émouvantes scènes du film.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Jean-Paul Belmondo, Claudia Cardinale, Pietro Germi, Romolo Valli
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7 mai 2010

Drame de la jalousie (1970) de Ettore Scola

Titre original : « Dramma della gelosia (tutti i particolari in cronaca) »

Drame de la jalousieElle :
Dans l’Italie des années 70 en pleine mutation avec ses no man’s land, ses chantiers de construction, ses exclus face aux grands patrons de l’industrie, Ettore Scola réalise une comédie sociale populaire truculente. Cette histoire d’amour intense qui tourne mal entre deux hommes et une femme oscille en permanence entre la drôlerie, l’humour et le drame des amants trompés et de l’indécise amante. Le film est pétulant et plein de vie tout en révélant à la fois la réalité de la misère de ces années là. Le trio d’acteurs, dont font partie Marcello Mastroianni et Monica Vitti, est brillant.
Note : 5 étoiles

Lui :
Drame de la Jalousie débute comme un film grave, en apparence assez cru et sans embellissement mais, peu à peu, les quelques notes d’humour se font de plus en plus nombreuses et l’on se rend compte que cette histoire dramatique est en réalité une comédie. Et quelle comédie ! C’est l’une des plus réussies du cinéma italien des années soixante-dix, dans le sens où elle nous apparaît multi- facettes : c’est un film social avec des gens ordinaires qui vivent difficilement dans des conditions proches de l’insalubre, c’est un film politique qui dénonce le laxisme et la corruption en montrant, de façon insistante et non sans humour, des tas d’ordures envahissants (où l’on se conte fleurette) et des plages envahies de détritus, et c’est (surtout) une comédie qui transforme le drame issu d’un périlleux triangle amoureux en un spectacle haut en couleur, plein de cris, de gesticulations et de situations cocasses… la tragi-comédie dans toute sa splendeur. C’est du grand art. Drame de la Jalousie est le premier « grand film » d’Ettore Scola, il débute ainsi brillamment une décennie qui verra le meilleur de la comédie sociale italienne. S’il n’est pas toujours considéré à sa juste valeur, Drame de la Jalousie fait toutefois partie des plus grandes d’entre elles.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Marcello Mastroianni, Monica Vitti, Giancarlo Giannini
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3 mars 2010

Le grand embouteillage (1979) de Luigi Comencini

Titre original : « L’ingorgo – Una storia impossibile »

Le grand embouteillageElle :
Une autoroute bordée de carcasses de voitures et des usines… Un grand embouteillage qui dure si longtemps que les automobilistes deviennent prisonniers de leur voiture. Non seulement, ils y mangent et dorment mais ils laissent échapper leurs pulsions et leurs fantasmes. C’est l’ère du chacun pour soi sans toutefois que quiconque ne se révolte contre le système qui les a bloqués à jamais sur cette autoroute. Le regard de Comencini est à la fois féroce et cocasse. Ce film préfigure notre société de consommation qui gaspille et détruit.
Note : 4 étoiles

Lui :
A la périphérie de Rome, un gigantesque embouteillage se forme et contraint des milliers de voitures à une immobilité durable… Il y a deux niveaux de lecture de ce Grand Embouteillage : le premier est celui de montrer une société arrivée à un point de non-retour dans sa fuite en avant, asphyxiée par la prolifération des automobiles et gangrenée par la corruption, le second concerne plus les défauts profonds de l’homme dans ses rapports humains. Luigi Comencini saute de voiture en voiture pour nous montrer des situations très variées qui vont évoluer différemment selon les individualités et les interactions dues à la promiscuité. Certaines de ces situations sont cocasses mais, au final, la plupart dévoilent une part plutôt sombre de la nature humaine, une part mesquine, corruptible ou corruptive, ou même bestiale. Comencini a réuni toute une pléiade d’acteurs italiens et français, ces derniers étant doublés (c’était l’époque des co-productions européennes). Le film est assez sombre sur le fond, pas vraiment optimiste dans son propos tout en restant très facile d’accès. C’est en tout cas un film qui interpelle.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni, Alberto Sordi, Annie Girardot, Fernando Rey, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Gérard Depardieu, Ángela Molina, Stefania Sandrelli
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Remarque :
Bruegel - Les aveuglesComencini a précisé avoir eu l’inspiration pour faire Le Grand Embouteillage en regardant un tableau de Bruegel « La Parabole des aveugles ».
La Parabole est issue de l’Evangile : « Si un aveugle conduit un aveugle, tous deux tomberont dans une fosse ». Bruegel a illustré cette Parabole en peignant six aveugles se guidant l’un l’autre. Le premier est déjà tombé dans la fosse entraînant dans sa chute le second qui entraînera les suivants. Les aveugles semblent avoir le pressentiment de ce qui les attend mais se laissent néanmoins guider vers leur mort…

28 octobre 2009

Il marito (1958) de Nanni Loy et Gianni Puccini

Il maritoElle :
(pas vu)

Lui :
Romain beau parleur, plutôt combinard, le fraîchement marié Alberto se laisse submerger par une femme possessive, une belle soeur envahissante et une belle mère dirigiste. Ainsi énoncé, le sujet d’Il Marito (= « le mari ») pourra paraître un peu misogyne et pas tout à fait politiquement correct à nos yeux actuels… mais c’est une comédie légère, plus amusante que mordante. Tout le film repose sur Alberto Sordi qui, en vieux routard de la comédie, occupe tout l’espace ; toujours aussi volubile et gesticulateur, il est absolument parfait dans ce rôle d’italien ordinaire qui tente de garder la tête haute et de faire face à l’adversité qui arrive de tous bords. La réalisation est un peu fade, il s’agit du second film de Nanni Loy qui se spécialisera ensuite dans les comédies napolitaines. Sans être remarquable, Il Marito nous fait passer un bon moment. Il est d’ailleurs rare qu’une comédie avec Alberto Sordi génère l’ennui.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Aurora Bautista, Luigi Tosi
Voir la fiche du film et la filmographie de Nanni Loy sur le site IMDB

Remarque :
La version espagnole d’Il Marito liste un certain Fernando Palacios comme unique réalisateur.

19 octobre 2009

Gomorra (2008) de Matteo Garrone

GomorraElle :
(pas vu)

Lui :
Gomorra est un film sur la mafia pas comme les autres. A l’opposé des films hollywoodiens qui l’idéalisent et la montrent sous un jour racoleur, le film de Matteo Garrone présente la camorra telle qu’elle est, avec ses trafics sordides, sa mainmise sur la revente de drogue, le contrôle des quartiers très pauvres, les guerres entre clans rivaux, l’enfouissement sauvage de déchets toxiques. Rien de très glorieux donc, nous sommes loin de Scorsese ou De Palma… Gomorra a certains aspects d’un film documentaire, nous suivons plusieurs personnages impliqués à différents niveaux dans le système mafieux. Le film est l’adaptation d’un livre, qui eut beaucoup de succès en Italie, signé Roberto Saviano qui vit depuis sous protection policière. Gomorra est donc un film courageux qui a le mérite de casser le mythe pour montrer le vrai visage de la mafia napolitaine.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Toni Servillo, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale, Salvatore Cantalupo
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3 août 2009

Amarcord (1973) de Federico Fellini

AmarcordElle :
(pas (re)vu)

Lui :
20 ans après Les Vitelloni, Federico Fellini évoque à nouveau des souvenirs de jeunesse, cette fois avec nostalgie, tendresse et beaucoup d’ironie, nous offrant en même temps un regard sur l’Italie d’avant-guerre. Amarcord (« Je me souviens » en patois de Romagne) se présente en effet comme un film à plusieurs niveaux de lecture. Assez déstructuré, il prend presque la forme d’une succession de sketches illustrant la société italienne des années trente vue par les yeux d’un enfant. C’est l’humour et l’ironie qui ressort en premier. Avant d’être cinéaste, Fellini a démarré dans la vie professionnelle en étant caricaturiste et cela se sent dans bon nombre de ses films mais plus encore dans Amarcord. Il grossit le trait, force la mesure ; tous ses personnages sont hauts en couleur et peu nous importe qu’ils soient crédibles ou non. Son humour est irrévérencieux, fortement connoté sexuellement et politiquement. Car Amarcord, c’est aussi une peinture politique de la montée du fascisme en Italie, que Fellini dépeint presque entièrement par l’humour et la caricature, avec une certaine distance comme pour insister sur son aspect grotesque. Enfin, il y aussi dans Amarcord beaucoup de rêve et de magie, outre les fantasmes sexuels ce sont des rêves de choses inaccessibles, le Grand Hôtel et la célèbre scène du passage du Rex dans la nuit. Le paquebot passe mais les habitants de Rimini restent là : nous retrouvons ici ce sentiment d’enfermement qui était présent dans Les Vitelloni. Dans Amarcord, seule la plus belle femme parvient à partir (en se mariant). Sous des apparences de comédie satirique, Amarcord est ainsi un film particulièrement riche, anti-conformiste et caricatural, une peinture de la société italienne.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Magali Noël, Luigi Rossi, Pupella Maggio, Armando Brancia
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2 août 2009

Les Vitelloni (1953) de Federico Fellini

Titre original : « I vitelloni »

Les inutilesElle :
(pas vu)

Lui :
Les Vitelloni est le troisième film réalisé par Federico Fellini. Dans l’Italie d’après-guerre, on utilisait parfois le terme « Vitelloni » pour désigner des jeunes oisifs, sans métier et sans projet, des grands adolescents qui vivent aux crochets de leurs parents. Le film de Fellini nous montre une bande de cinq d’entre eux : ils ont entre 25 et 30 ans, issus de la moyenne bourgeoisie, et ils passent leurs journées en discussions creuses. L’un d’entre eux, ayant mis sa petite amie enceinte, va tenter de passer à la vie d’adulte… Ayant vécu lui-même dans cet environnement, Fellini a toujours décrit ce film comme étant largement autobiographique (1). Les Vitelloni montre déjà les prémices de l’univers fellinien, de façon assez embryonnaire toutefois et surtout sans avoir la flamboyance qui caractérisera ses réalisations postérieures. Les portraits peuvent sembler ici assez ternes ; ils sont toutefois très réalistes. Le film semble hésiter entre néoréalisme et comédie sans parvenir à en faire la symbiose parfaite.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Franco Fabrizi, Franco Interlenghi, Alberto Sordi, Leonora Ruffo
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(1) Parmi les cinq Vitelloni, on peut supposer que Fellini se place dans le personnage de Maraldo : c’est le plus jeune, le plus mûr. De plus, il est le seul à prendre son destin en main et à quitter sa ville natale (ceci dit, Fellini était bien plus jeune quand il est allé s’installer à Rome, il avait 19 ans).

4 juin 2009

Le grand silence (1968) de Sergio Corbucci

Titre original : « Il grande silenzio »

Le grand silenceElle :
(pas vu)

Lui :
Le Grand Silence de l’italien Sergio Corbucci est parfois décrit comme étant l’un des meilleurs westerns-spaghetti. Il est en tous cas l’un des plus originaux, pas vraiment par son scénario mais plutôt par son absence de concession et par son décor : tout le film se déroule dans les Montagnes Rocheuses de l’ouest des Etats-Unis, en plein hiver. L’omniprésence de la neige épaisse permet de très beaux plans, notamment lors des déplacements à cheval, les montures devant faire parfois des bonds de cabri pour avancer dans soixante centimètres de neige. De plus, la neige permet des contrastes forts, rien de tel que la neige pour faire ressortir le rouge sang… Le Grand Silence ne fait aucune concession dans le tableau qu’il nous brosse de l’Ouest, à une époque où les chasseurs de primes ont fait de véritables massacres pour traquer de prétendus hors-la-loi, en réalité des miséreux bannis de la société par des notables avides et peu scrupuleux. Les cadrages semblent parfois approximatifs et il faut bien reconnaître que Corbucci n’a pas la maîtrise esthétique d’un Leone. Jean-Louis Trintignant montre une forte présence même s’il ne s’agit pas vraiment de l’un de ses grands rôles ; face à lui Klaus Kinski, à cette époque un grand habitué des séries B, livre là une belle prestation qui est rendue encore plus exotique par un doublage en italien avec une voix de bellâtre, une voix douce certainement choisie pour créer un fort contraste avec son personnage peu reluisant. La fin est surprenante. Par son absence de complaisance, elle a certainement contribué à alimenter l’aura du Grand Silence. Qu’il la mérite ou pas, c’est au moins un film original.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Jean-Louis Trintignant, Klaus Kinski, Frank Wolff, Luigi Pistilli, Vonetta McGee
Voir la fiche du film et la filmographie de Sergio Corbucci sur le site IMDB.

Remarque :
Le site IMDB rapporte que Jean-Louis Trintignant n’aurait accepté ce rôle que pour rendre service au producteur qui était l’un de ses amis. Sa condition était de n’avoir à apprendre aucune ligne de texte et c’est ainsi que le personnage du justicier muet serait né.

Homonyme :
Le Grand Silence (Die große Stille) de Philip Gröning (2005) qui n’a absolument rien à voir puisqu’il s’agit d’un film documentaire sur la communauté du Monastère de la Grande Chartreuse.

29 avril 2009

A casa nostra (2006) de Francesca Comencini

A casa nostraElle :
(pas vu)

Lui :
A Casa Nostra n’est pas un film sur la mafia. En réalité, Francesca Comencini (fille de Luigi Comencini) utilise ce jeu de mot pour décrire l’Italie actuelle avec son lot de corruption dû à l’attrait de l’argent, présenté ici comme unique moteur la société italienne. Le film se passe à Milan et introduit de multiples personnages dès les premières minutes ce qui plonge rapidement le spectateur dans la plus grande confusion. En fait, il faudra parfois attendre les dernières minutes pour visualiser les liens entre certains personnages, alors que notre intérêt aura, il faut bien l’avouer, en grande partie disparu. Il nous reste la belle photographie de Luca Bigazzi, tout en contrastes saisissants, entre les intérieurs chaleureux et les extérieurs impersonnels et froids. A Casa Nostra est certes un film dont on peut saluer les convictions politiques et son humanité mais qui pêche par une construction inutilement complexe.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Luca Zingaretti, Valeria Golino, Giuseppe Battiston, Laura Chiatti
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