Christine « Lady Bird » McPherson vit avec sa famille à Sacramento en Californie où elle fréquente un lycée catholique. À l’approche de ses 18 ans, elle cherche à s’émanciper d’une existence qui lui semble trop étroite et d’une ville qui lui déplait. Elle aspire à fréquenter une université d’excellence dans « une ville culturelle ». Sa famille a des difficultés financières et sa mère lui reproche régulièrement son ingratitude…
Lady Bird est une comédie dramatique américaine écrite et réalisée par Greta Gerwig. Elle-même originaire de Sacramento, l’actrice trentenaire devenue réalisatrice a puisé dans ses propres souvenirs. Un peu laborieux, le début du récit nous laisse supposer qu’il s’agit d’un énième film sur la sortie d’adolescence mais la suite se montre plus riche. En réalité, le thème central serait plutôt la relation entre l’adolescente et sa mère, une relation un peu chaotique, parfois tumultueuse mais aussi empreinte de sentiments profonds. L’ensemble est assez délicat, Greta Gerwig ne force jamais le trait, même si certains personnages paraissent très typés. Le déroulement du scénario est parfaitement maitrisé. Le film a été très bien accueilli par la critique.
Elle: –
Lui : ![]()
Acteurs: Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts, Lucas Hedges, Timothée Chalamet
Voir la fiche du film et la filmographie de Greta Gerwig sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.
Saoirse Ronan et Lucas Hedges dans Lady Bird de Greta Gerwig.
Un excellent film, que je qualifierais de « chronique sociale » (j’ai toujours un peu de mal avec la catégorie « comédie dramatique » qui réunit deux termes contradictoires pour dire que c’est un genre nuancé mais sans vraiment indiquer le registre).
Ça reste une chronique de « fin d’adolescence », avec les thèmes assez classiques du genre, mais tout est traité avec finesse, empathie, profondeur. Il n’y a aucune prétention, aucune outrance, rien qui révolutionne l’histoire du cinéma — mais justement cette humilité n’est pas de la facilité ni de la faiblesse, ça reste maîtrisé et prenant.
Il me paraît utile d’attirer l’attention sur deux dimensions assez singulières de ce beau petit film.
1) La première, très importante et qui le fait quand même nettement sortir du lot, est que tout est raconté d’un point de vue féminin. La quasi-totalité des chroniques d’adolescence expriment un point de vue masculin. Même lorsque certains personnages principaux sont des femmes, le scénario est presque toujours écrit par des hommes, et illustre à son corps défendant le male gaze (= l’histoire est racontée depuis un « point de vue » masculin). J’insiste sur le fait que dans la quasi-totalité des films, le male gaze n’est pas une intention malsaine ou militante, c’est juste une position « par défaut », « par habitude ». C’est là un fait anthropologique trop peu compris : dans la société occidentale contemporaine, sans même le vouloir nous avons intériorisé le fait que les récits se racontent depuis le point de vue des hommes. C’est une position par défaut, ce qui veut dire que c’est toujours le cas si l’on n’agit pas intentionnellement pour que ce ne soit pas le cas. Il faut vouloir explicitement sortir du male gaze pour s’en départir. Ce n’est pas une question militante, c’est un B-A-BA anthropologique. Le type de narration adopté par la quasi-totalité des films est en réalité extrêmement subjectif, d’une subjectivité masculine, mais tout le monde croit (ou fait semblant de croire) qu’il serait objectif. C’est faux. Une narration neutre n’existe pas. Toute narration qui prétend être neutre est en réalité masculine. Les narrations féminines sont visibles comme telles (car inhabituelles) mais devraient être plus nombreuses !
Or Lady Bird est un film raconté par des femmes. Non seulement les deux personnages principaux sont une adolescente et sa mère, mais surtout le regard porté sur le quotidien est celui des femmes, la façon de raconter l’histoire embrasse une subjectivité féminine. Et qu’est-ce que ça fait du bien !
2) La deuxième singularité de ce film est d’avoir été placé en 2002-2003. Comme cette situation historique m’a frappé, j’ai été chercher si c’était pour des raisons autobiographiques. Or pas vraiment. Même si ça correspond à l’époque de sa propre adolescence, Greta Gerwig a indiqué que ce n’est pas du tout son histoire personnelle (à part la situation dans une ville qu’elle connaît par cœur et qu’elle aime), mais qu’elle a choisi cette époque pour s’émanciper des téléphones mobiles !
Et en effet, on retrouve dans Lady Bird des relations humaines où internet est quasi-absent (il existait mais offrait des services limités, via des ordinateurs encore poussifs, comme on le voit quand Lady Bird récupère son affectation en fac) et où les téléphones mobiles ne servaient qu’à téléphoner.
D’un point de vue sociologique, c’est un choix intéressant (replonger dans les relations adolescentes d’avant les smartphones, d’avant les réseaux sociaux), et ça donne au film une dimension supplémentaire. Il ne s’agit pas seulement de voir un film tourné avant l’omniprésence des réseaux sociaux (tous les films du XXe siècle, qui se contentaient de décrire leur monde tel qu’il était), mais de voir un récit qui « rappelle » a-posteriori comment vivaient les adolescents avant l’omniprésence des réseaux sociaux. Ce choix apporte une autre dimension au film (je ne sais pas ce qu’il faut en déduire, il n’y a pas de leçon ni de morale, c’est juste intéressant à noter).
En tout cas, il est rafraîchissant de voir un film qui ne développe pas à l’excès les dramas ni la naïveté, qui décrit des vies dans leur complexité, leurs difficultés, leurs tensions, mais aussi leurs moments de joie et leurs moments simples, sans exagération sinistre et sans pessimisme. Une chronique sociale sincère, ni triste ni joyeuse, la vie telle qu’elle est.