21 juin 2013

La Déchéance de Miss Drake (1933) de Stephen Roberts

Titre original : « The Story of Temple Drake »

The Story of Temple DrakeJeune fille de bonne famille, Temple Drake mène une vie dissolue au grand désespoir de son grand-père, juge respectable qui en a la charge. Lors d’une de ses escapades trop arrosées qui s’achève par un accident de voiture, elle se retrouve hébergée de force par un gang de trafiquants d’alcool. Le chef Trigger a tout de suite des vues sur elle… L’adaptation du roman à scandale de William Faulkner Sanctuaire avait de quoi affoler tous les défenseurs de la morale. Il s’agit d’un roman sulfureux, écrit par Faulkner dans le but avoué de gagner de l’argent, qui décrit de façon explicite la déchéance pleinement acceptée d’une jeune fille de bonne famille du Sud dans la prostitution et la criminalité (1). Bien entendu, des concessions durent être faites, tout est suggéré et la fin fut entièrement modifiée pour redevenir morale, mais The Story of Temple Drake est un film qui marque par son atmosphère trouble. Tous les personnages de la bande de malfrats sont assez énigmatiques avec un petit côté fascinant. Ils habitent dans une de ces grandes demeures typiques du Sud, à demi-délabrée, très photogénique. La photographie et les éclairages sont absolument superbes, ils contribuent à conférer un caractère étrange à l’ensemble. La scène dans la grange, avec ses éclairages en claire-voie, est une merveille. The Story of Temple Drake est un film vraiment fascinant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Miriam Hopkins, William Gargan, Jack La Rue, Florence Eldridge, Guy Standing, Irving Pichel
Voir la fiche du film et la filmographie de Stephen Roberts sur le site IMDB.

Remarques :
The Story of Temple Drake* Le directeur de la photographie est Karl Struss, l’un des plus grands, il a travaillé avec Cecil B. DeMille, D.W. Griffith, Murnau (il a reçu un Oscar pour L’Aurore) et Chaplin.
* La carrière de Stephen Roberts sera hélas interrompue en 1936 par son décès dû à une crise cardiaque. Il n’avait alors que 40 ans.
* The Story of Temple Drake fut expurgé ou même entièrement interdit dans plusieurs états. Le film est souvent cité comme ayant joué un rôle de déclencheur dans la mise en place du Code Hays. Ce code très strict de moralité sera en effet mis en place définitivement l’année suivante, en 1934. Le film sera alors retiré des écrans et restera invisible pendant une vingtaine d’années.

(1) « J’ai songé à ce que je pouvais imaginer de plus horrible et je l’ai mis sur le papier. » a écrit Faulkner à propos de Sanctuaire.

Remake :
Sanctuaire (Sanctuary) de Tony Richardson (1961) avec Lee Remick et Yves Montand

3 réflexions sur « La Déchéance de Miss Drake (1933) de Stephen Roberts »

  1. Avant l’entrée en vigueur du Code Hays en 1934, les studios s’imposaient déjà un système d’autocensure afin d’éviter les plaintes et l’intervention de l’Etat fédéral interdisant la commercialisation de leurs productions.
    Le livre de William Faulkner avait fait scandale et la Paramount avait décidé de gommer toute les références à l’auteur et son œuvre, et le film avait été initialement titré « Shame of Temple Drake ». Un matériel publicitaire avait été confectionné et le film avait été présenté à la presse sous ce titre.
    Jugé encore trop allusif, le titre a été changé pour sa sortie sur les écrans par le titre plus innocent « The Story of Temple Drake »…

  2. Merci pour cette précision et pour cette intéressante affiche « Shame of Temple Drake » que j’ai mise en place ci dessus.

    Par ailleurs, vous avez raison de souligner que même avant l’instauration du Code Hays, une certaine censure était déjà en vigueur. Williams Hays a été mis en place à la tête du Motion Pictures Producers and Distributors Association par les studios eux-mêmes en 1922. Par ailleurs, de nombreux groupes de pression dont les fameuses Ligues de la Vertu étaient très actifs.

  3. :-))

    Accessoirement, votre boutade soulève la question de l’influence du Code Hays sur le développement du cinéma américain. Car l’impact fut considérable, allant même au delà de sa période de mise en application. Au delà de ses aspects coercitifs évidents et donc négatifs, on peut remarquer que tous ces interdits ont stimulé l’imagination afin de pouvoir les contourner. Pour simplifier, on peut dire que le Code Hays a favorisé la sensualité plutôt que la sexualité, encouragé une certaine subtilité qui fait le délice des cinéphiles 50 ans plus tard… 😉

    Bon, mais le problème est qu’il ne faut pas que ce genre de réflexion puisse paraitre comme une justification de la censure. La censure est toujours issue d’une démarche fondamentalement conservative et rétrograde à laquelle il me paraît difficile d’adhérer…

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