12 mars 2026

Borsalino (1970) de Jacques Deray

BorsalinoMarseille, début des années 1930. Roch Siffredi (Alain Delon) est un jeune voyou récemment libéré de prison. Il retrouve sa compagne Lola mais, pendant qu’il purgeait sa peine, celle-ci s’est entichée d’un certain François Capella (Jean-Paul Belmondo), truand lui aussi. Après une première rencontre orageuse, les deux hommes vont s’associer et chercher à prendre le contrôle de la pègre…
Borsalino est un film policier français réalisé par Jacques Deray. Le scénario est l’œuvre de Jean-Claude Carrière, Jean Cau, Jacques Deray et Claude Sautet, d’après le livre Bandits à Marseille d’Eugène Saccomano. Produit par Alain Delon, le film réunit pour la première fois en tête d’affiche les deux acteurs vedettes du cinéma français (1). Le tournage s’est bien déroulé, sans rivalité (2). Le nombre de scènes et de gros plans sont équitablement répartis. Aucun des deux acteurs ne cherchent à monopoliser l’écran. La reconstitution du milieu de la pègre marseillaise des années 1930 est très bien réalisée et la musique de Claude Bolling est restée célèbre. Plaisant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Catherine Rouvel, Corinne Marchand, Nicole Calfan, Hélène Rémy, Mario David
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Deray sur le site IMDB.

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Remarques :
– Borsalino est une marque de chapeaux très populaires dans les années 20, 30 et 40. La compagnie a fourni les chapeaux des deux acteurs et aurait même financé en partie le film.
– Les personnages sont inspirés des truands Paul Carbone et François Spirito. Jacques Deray a reçu des menaces de mort avant le tournage parce qu’il voulait utiliser les vrais noms des gangsters.
– Le film n’est pas sorti en vidéo avant 2009 à cause d’une question de droits. Pour la même raison, il n’est passé que très tardivement à la télévision.

(1) Les deux acteurs avaient tourné plusieurs fois dans le même film auparavant mais sans partager le haut de l’affiche.
(2) La brouille entre les deux acteurs n’est apparue qu’à la sortie du film, Belmondo reprochant à Delon de ne pas l’avoir mis en premier sur l’affiche comme convenu par contrat. La Justice donna raison à Belmondo. Ils resteront brouillés et il faudra attendre 25 ans pour les retrouver dans un même film.

Jean-Paul Belmondo et Alain Delon dans Borsalino de Jacques Deray.

Suite :
Borsalino & Co (1974) de Jacques Deray avec Alain Delon mais sans Belmondo.

13 août 2014

Chair de poule (1963) de Julien Duvivier

Chair de pouleUn évadé, une station service restaurant isolée tenue par un couple dépareillé, un mari affable mais un peu trop âgé pour sa jeune et jolie femme… voilà qui rappelle singulièrement Le facteur sonne toujours deux fois. Pourtant Chair de poule est l’adaptation d’un roman de, non pas James Cain, mais James Hadley Chase (1). C’est l’avant-dernier film de Julien Duvivier, à une époque où il vivait mal les critiques des défenseurs de la Nouvelle Vague envers son cinéma (2). Cette histoire assez noire semble donc bien coller avec son état d’esprit car c’est la noirceur de l’âme humaine qui est ici mise au grand jour. Le moteur des personnages n’est pas l’attirance sexuelle mais le simple appât du gain et la droiture n’est pas récompensée, elle n’a ici pas droit de cité. La réalisation de Duvivier est sans faille, avec de nombreuses scènes fortes et une distribution très riche par la palette de personnages différents : même Jean Sorel, un choix assez critiqué, est ici parfait car sa prestance est justement en décalage total avec l’histoire. Dans le genre policier très noir, Chair de poule est une des plus belles réussites françaises des années soixante et il est vraiment injuste qu’il ait été si longtemps méprisé.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Robert Hossein, Jean Sorel, Catherine Rouvel, Georges Wilson, Lucien Raimbourg
Voir la fiche du film et la filmographie de Julien Duvivier sur le site IMDB.

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(1) L’écrivain James Hadley Chase a eu la fâcheuse tendance à s’inspirer un peu trop fortement des oeuvres de ses confrères. Il fut condamné plusieurs fois pour cette pratique. Le titre du roman ici adapté est « Come easy –- Go easy » paru en France dans la Série Noire sous le titre « Tirez la chevillette ! » (Gallimard Série noire n° 544, 1960, La Poche noire n° 139, 1971, Carré noir n° 71, 1972).
(2) Les critiques des Cahiers du Cinéma tiraient à boulets rouges sur les réalisateurs de ce qu’ils appelaient la « qualité française » : Julien Duvivier, Claude Autant-Lara, Henri Decoin, … Cette intransigeance mêlée de mépris a fortement marqué toute une génération de cinéphiles, bien au-delà de son époque puisque l’on peut en déceler encore quelques restes aujourd’hui. Avec le recul, on mesure mieux toutefois à quel point ce rejet catégorique était excessif et injuste.

Chair de Poule