1 février 2018

Laissez faire les femmes! (1936) de Paul Martin

Titre original : « Glückskinder »

Laissez faire les femmes!A la rédaction du Morning Post de New York, des journalistes rusent pour envoyer un jeune stagiaire couvrir les procès courants à la place du chroniqueur habituel trop ivre. Au tribunal, l’apprenti-journaliste prend pitié pour une jeune femme accusée de vagabondage et déclare qu’elle est sa fiancée…
Alors que la société de production allemande UFA n’est pas passée sous la coupe de Goebbels (la nationalisation par les nazis ne sera effective qu’en 1937), les studios berlinois produisent encore des comédies légères très inspirées des comédies américaines. Glückskinder (traduction littérale : les enfants de la chance) se situe dans le sillage de It Happened One Night (1934) de Frank Capra, film qui a lancé le genre des comédies screwball : la situation de base est aussi celle d’un journaliste forcé de cohabiter avec une jeune femme très indépendante et le scénario va jusqu’à reprendre des scènes emblématiques comme le partage du lit (avec, trouvaille hilarante, une rangée de pots de cactus). Ce n’est pas une copie toutefois, plutôt une variation sur le même thème. Les dialogues sont très enlevés, réellement brillants avec des scènes extraordinaires, telle celle du tribunal. Lilian Harvey et Willy Fritsch étaient alors l’un des couples vedette de l’UFA. Toute l’histoire se déroule à New York avec des personnages américains. Aucune trace de propagande à l’horizon. L’ensemble est très amusant et paraît bien plus réussi que nombre de copies américaines du film de Capra.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Lilian Harvey, Willy Fritsch, Paul Kemp, Oskar Sima
Voir la fiche du film et la filmographie de Paul Martin sur le site IMDB.

Gluckskinder
Lilian Harvey et Willy Fritsch dans Glückskinder de Paul Martin (photo publicitaire).

Remarques :
* Les auteurs ne cachent pas leurs inspirations puisque, lors de la chanson, Willy Fritsch annonce imiter Clark Gable et fait le geste d’un auto-stoppeur, référence à la célèbre scène de l’auto-stop de It Happened One Night.
* Paul Martin est un réalisateur d’origine austro-hongroise. A l’époque du tournage, il avait une aventure avec l’actrice Lilian Harvey.
* On peut s’interroger sur pourquoi les distributeurs ont choisi Laissez faire les femmes! comme titre français… (ce titre ne daterait pas de l’époque toutefois puisqu’il semble ne pas être sorti en France).

Glückskinder
Oskar Sima, Lilian Harvey, Paul Kemp et Willy Fritsch dans Glückskinder de Paul Martin.

3 réflexions sur « Laissez faire les femmes! (1936) de Paul Martin »

  1. Un film étonnant vu sur Arte il ya peu de temps. On ne s’attend pas à une telle légèreté d’un film allemand de cette époque. En plus, c’est très américain comme style.

  2. Apparemment, le film n’était effectivement pas sorti en France à l’époque car, comme cela se faisait encore parfois, Paul Martin a tourné en même temps une version française, où Lilian Harvey gardait son rôle mais où Willy Fritsch était remplacé par Henri Garat (en fait toute la distribution était française, sauf Lilian Harvey qui a eu le privilège de rester). Cette version française s’appelait Les gais lurons et semble être le décalque en langue française. Logiquement, c’est elle qui fut diffusée en France, il n’y avait évidemment aucune raison de diffuser la version allemande en même temps.

    Je ne sais pas pourquoi, mais avec ces films tournés en deux (parfois trois) versions, courants dans les années 1930, j’ai toujours tendance à considérer la version dans la langue du réalisateur comme étant la « vraie ». J’essaierais donc volontiers de trouver une version sous-titrée de Glückskinder plutôt que le décalque français.

  3. Merci pour cette information qui m’avait apparemment totalement échappé.
    Bizarrement, IMDB donne tout de même une date de sortie en France pour Laissez faire les femmes!, une date d’ailleurs postérieure de deux mois de celle de la sortie de Les Gais Lurons.

    J’ai, moi aussi, tendance à privilégier la version dans la langue du réalisateur. Le plus souvent, c’est celle qui a bénéficié du meilleur casting et du plus grand soin… même si, comme cela semble être le cas ici, les versions étaient tournées en simultané dans le même décor avec la présence du réalisateur de « l’original ». On suppose aisément qu’il y avait moins de prises sur les versions alternatives, sans parler de la fatigue des acteurs communs à plusieurs versions.
    Ceci étant dit, le résultat était meilleur que le doublage… 😉

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