6 septembre 2013

Le Narcisse noir (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger

Titre original : « Black Narcissus »

Le narcisse noirUne religieuse est envoyée par sa mère supérieure dans une région perdue de l’Himalaya pour y fonder une école et un dispensaire. Elle est accompagnée de quatre nonnes… Le Narcisse noir est adapté d’un roman de Rumer Godden, anglaise qui a grandi en Inde et également auteur du roman Le Fleuve que Jean Renoir adaptera peu après. C’est une histoire assez étrange qui met en scène de façon originale les différences de cultures. Michael Powell en fait un film à la fois assez fort et aussi très beau grâce aux matte paintings  de Walter Percy Day(1) magnifiés par le Technicolor et la photographie de Jack Cardiff. Ce dernier et le directeur artistique Alfred Junge furent tous deux oscarisés pour leur travail. En plus des questionnements et interrogations des nonnes sur leur foi, l’histoire peut être vue comme une métaphore de la fin de la domination anglaise en Inde (2). Le Narcisse noir n’est certes pas un film parfait, notamment sur le plan du déroulement du scénario et du rythme, mais il fait montre d’une belle intensité dans certaines scènes.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Deborah Kerr, Kathleen Byron, Sabu, David Farrar, Jean Simmons
Voir la fiche du film et la filmographie de Michael Powell et Emeric Pressburger sur le site IMDB.

Voir les autres films de Michael Powell et Emeric Pressburger chroniqués sur ce blog…

Remarques :
Le narcisse noir* Le film a été tourné en studio avec des décors en toiles peintes et dans un parc exotique du sud de l’Angleterre (Leonardslee Gerdens, Horsham, West Sussex).
* Michael Powell écrit dans ses mémoires : « Black Narcissus est le film le plus érotique que je n’ait jamais tourné. Tout est suggéré, mais l’érotisme est présent dans chacun des plans du début à la fin. »
* Michael Powell y évoque également l’importance de la musique, notamment pour la scène débutant avec le petit Joseph apportant le thé jusqu’à la chute à la cloche (env. 86′ à 91′). Pour ces cinq minutes, tout fut minuté, la musique étant écrite avant de tourner. Il est vrai que l’utilisation parfaite de la musique donne beaucoup de force à cette scène. De plus, Kathleen Byron y est absolument exceptionnelle : lorsqu’elle ouvre la porte, il y a une intensité phénoménale qui se dégage de son regard.
* Dans la version américaine, la censure a imposé de couper toutes les scènes de flashbacks (scènes en Irlande où Sister Cladagh est amoureuse avant d’entrer au couvent).

(1) Lire le premier commentaire ci-dessous pour une explication et une belle illustration de la technique du matte painting.
(2)Le film a été tourné au moment où l’Inde était en plein processus d’indépendance. On pourra cependant noter que le roman de Rumer Gordon avait été écrit dix ans auparavant en 1938. Il était donc assez prophétique.

4 réflexions sur « Le Narcisse noir (1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger »

  1. Le narcisse noirLes décors de ce film ne sont pas des toiles peintes, mais des « matte paintings » c’est-à-dire des peintures sur verre exécutées en atelier.

    A la prise de vue des éléments réels – acteurs et éléments de décor – on cache avec du carton noir placé devant l’objectif les zones destinées à recevoir le décor peint.

    Quelques mètres de la pellicule exposée sont prélevés que l’on projette sur une vitre dans l’atelier du peintre ce qui lui permet d’ajuster avec précision les contours de la partie manquante. Le film est ensuite rechargé dans la camera, les parties de la pellicule déjà exposées étant masquées avec du carton noir et on filme la peinture sur verre sur la partie non exposée.

    Les « matte paintings » du « Narcisse noir » ne sont pas l’œuvre d’Alfred Junge, qui était décorateur et directeur artistique sur le film, mais de l’artiste Walter Percy Day, surnommé Poppa Day dans le monde du cinéma …

  2. Bonjour « Lui »,

    Alors que j’attendais de ce « Narcisse noir » qu’il me fasse vivre une expérience de cinéma intense, j’en suis sorti un peu frustré. Sans doute justement parce que j’en attendais trop. L’intrigue m’a paru un peu vieillotte et je n’ai pas trouvé le joli charme suranné que j’espérais découvrir. Pour moi, il y avait maldonne.

    Cela dit, certaines des images du film restent gravées dans ma rétine et notamment quelques plans vertigineux où on comprend vite que ça va mal se passer – je n’entre pas dans le détails pour ne pas gâcher le plaisir de vos lecteurs.

    À ce jour, j’en suis resté avec le cinéma de Powell et Pressburger. Je n’ai pas renoncé à me laisser séduire, toutefois, et j’espère bien avoir notamment l’occasion de découvrir « Les chaussons rouges » un jour ou l’autre.

    Merci pour votre chronique, qui dit des choses très justes et m’a fait me souvenir de cet érotisme latent si bien décrit par Powell – et m… à la censure !
    Merci aussi à Roegiest pour ses précisions sur le matte painting.

  3. PARFUM CAPITEUX

    Mais qu’est ce donc que ce Narcisse noir du titre? Une fleur rare; une métaphore, un avant-goût de Pink narcissus aux effluves colorées et intimes, le surnom d’un personnage, le reflet intérieur d’une âme? Non, et oui, peut-être. il s’agit d’un parfum de luxe londonien qui s’échappe d’une étole et flotte dans les sommets perdus himalayens, troublant et entêtant une petite communauté religieuse perchée là dans cet ancien palais indien en piteux état, ainsi que les familiers et autres rôdeurs. Autant dire qu’une réelle irréalité émane de ce film autant étrange que raffiné, sensuellement beau
    On comprend vite que la situation et le récit troublent les sens et les esprits
    Comme on se doute bien qu’une grosse équipe de la Rank organisation (vous savez, ce colosse qui frappe un gong avec un maillet) et que la production économiquement moyenne des Archers (The Archers) avec sa flèche en plein coeur de cible (décidément que d’allusions de forces et de joutes) avec les lourdingues et monstrueuses caméras Technicolor de l’époque n’ont pas fait le déplacement jusque tout là-bas, on reste estomaqué face à la réussite « effets spéciaux » très bien détaillée plus haut devant l’incomparable beauté plastique de ce joyau entièrement tourné en studio à Londres (Pinewood)
    Comme Powell est d’une grande culture, doublé d’un grand coloriste (comme Minnelli, Sirk et quelques autres suiveurs ensuite) et qu’il fait appel à de sacrés opérateurs (Jack Cardiff) et décorateurs, il s’éclate si je puis écrire. (la moitié précédente de son oeuvre est en noir et blanc avec souvent un important travail de cadrage et d’éclairage sur l’ombre et la lumière du décor naturel autant que de studio)
    Le récit ne rivalise pas toujours avec les sommets techniques parce que les personnages empêtrés dans leurs contradictions ne sont pas suffisamment affinés dans l’écriture ou le découpage; en fait le film parait trop court au regard des films d’aujourd’hui, et un découpage en série tv lui conviendrait mieux d’autant que plusieurs saisons et années se succèdent dans ce huis-clos des altitudes spirituelles et matérielles
    Mais cela vaut le coup d’oeil et annonce la réussite pleine et entière du film suivant « Les chaussons rouges » pour rester dans l’esprit coloriste de Powell et de son alter égo Eric Pressburger
    PS : je ne sais trop comment se sont passées les relations de tournage entre Powell et ses deux actrices principales Déborah Kerr (soeur Clotilde) et Kathleen Byron (soeur Ruth) car il vécut une relation amoureuse, c’est divulgué, avec chacune d’entre elles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *