15 mars 2017

Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders

Titre original : « Der Himmel über Berlin »

Les ailes du désir A Berlin, les anges Cassiel (Otto Sander) et Damiel (Bruno Ganz) veillent sur les humains et recueillent depuis des siècles leurs monologues intérieurs et tout ce qui chez eux traduit une recherche de sens et de beauté… Les Ailes du désir marque la fin de la période américaine de Wim Wenders. Il revient en Allemagne pour signer un film sur Berlin, y mettant tout ce que la ville représente pour lui. Son film est une fable poétique et philosophique, marquée par la mélancolie et le désir de construire un avenir commun où l’amour universel et la grâce devront avoir une place. C’est aussi une réflexion sur l’Histoire, le poids du passé est très présent, celui de la guerre et de la reconstruction (ce qui a fait dire à certains que Wenders faisait son Allemagne Année Zéro) et celui de la partition de la ville, symbolisée par cette Potsdamer Platz devenue un gigantesque no man’s land entouré de ruines (le mur sera détruit deux ans plus tard). Les Ailes du désir est vraiment enthousiasmant par sa forme, avec une belle utilisation du noir et blanc (la vision des anges) et de la couleur (la vision des humains) et une merveilleuse photographie signée par le grand Henri Alekan. Le film est également plein de trouvailles cinématographiques qui ajoutent à la poésie de l’ensemble. La musique de Nick Cave and the Bad Seeds contribue à restituer l’atmosphère de la ville à la veille de la chute du Mur. Tourné sans scénario formalisé, Les Ailes du Désir apparaît au spectateur comme une véritable œuvre de création.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Bruno Ganz, Solveig Dommartin, Otto Sander, Curt Bois, Peter Falk
Voir la fiche du film et la filmographie de Wim Wenders sur le site IMDB.

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Les Ailes du désir
Solveig Dommartin dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Les Ailes du désir
Bruno Ganz et Solveig Dommartin dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Les Ailes du désir
Peter Falk dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Remarques :
* Le personnage de Peter Falk a été ajouté à mi tournage.

* Wim Wenders raconte qu’il a inséré la mention « à suivre » en fin de film pour laisser espoir à Otto Sander qu’il pourrait lui-aussi jouer un ange qui devient humain, mais sans savoir du tout s’il ferait un tel film ou non. Il le fit néanmoins sept ans plus tard : Si loin, si proche! (In weiter Ferne, so nah!) (1993).

* Anecdote (racontée par Wenders) : n’ayant pu obtenir l’autorisation de filmer entre les deux murs (Wim Wenders avait pourtant un bon contact avec l’Est mais le fait qu’un ange puisse traverser le mur était inconcevable à leurs yeux), un décor fut reconstitué pour la scène qui s’y déroule. Pour faire plus vrai, une centaine de lapins furent introduits (car l’entre-deux-murs était le paradis des lapins) et ils devinrent un gros problème car ils n’arrêtaient pas de copuler en arrière plan. Seuls quelques-uns sont visibles à l’écran.

5 commentaires sur « Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders »

  1. Les ailes du désir est aussi (avant tout ?) un film sur la chance d’être doués de « sens », de perception. À travers les personnages des anges, il montre la distance infinie entre les concepts et le monde perceptible ; il montre combien les mots, poèmes, réflexions philosophiques, sont incapables de rendre compte des sensations, du réel.

    La scène où l’ange-en-train-de-devenir-humain prend un café, se brûle en le prenant, et regarde ses doigts brûlés avec une joie extrême et spontanée (« c’est donc ça, le chaud ? »), a été pour moi une prise de conscience extraordinaire. Je sais, pour le constater trop souvent, que la majorité des gens ne se rendent tout simplement pas compte de tout ce que « vivre » a de merveilleux, de tout ce que « percevoir » a de miraculeux et d’auto-justifiant (même dans les perceptions a-priori désagréables). J’étais ressorti du cinéma sous une légère pluie, et j’avais, pour la première fois, simplement savouré cette pluie : « je suis vivant ».

    C’est simple, et c’est pourtant l’une des leçons les plus inexplicables de la philosophie — puisque par définition il faut la ressentir, puisque par définition elle consiste à comprendre que les concepts et raisonnements sont insuffisants. Ce film réussit à la formaliser, à la faire ressentir par l’exemple. Rien que pour ça (et pour l’équilibre global du film, sa réussite technique et narrative, et ses multiples dimensions, que vous signalez bien), ce film mérite largement 5 étoiles. C’est pour moi l’un des films les plus importants de l’histoire du cinéma.

    Le personnage de Peter Falk est en outre assez formidable, d’autant qu’il est censé être « lui-même ». Ainsi, Peter Falk est donc… [je ne vais pas spoiler]. C’est un clin d’œil très audacieux, qui donne à la fois un humour et une profondeur supplémentaire au film. Peu de cinéastes savent et peuvent se permettre une telle audace.

    Un film majeur, qui figure sans hésiter dans une potentielle liste des 10 plus grands films que j’aie pu voir.

  2. Ce que vous dites est intéressant car il y a effectivement une grande place accordée aux sensations dans Les Ailes du désir. Elles font la différence entre les deux mondes. On peut ainsi s’imaginer à la place des anges et se demander quelle pourrait être notre perception du réel sans les sensations ? Et, comme vous le dites, peut-on se définir « vivant » en l’absence de sensations ?

  3. Grand bravo pour le commentaire de Jacques C du 25 mars 2017! C est très parlant. Ça fait beaucoup réfléchir, surtout à notre époque où il semble toujours primordial d être  » parfait  » et où vivre dans la compétition et la concurrence semblent être deux paramètres prioritaires (malheureusement)comparés au fait de se recentrer sur ses propres sensations et émotions intérieures ce qui serait plus ma définition de la vie. Ce film est un chef d’oeuvre et révèle cette notion je trouve de manière fulgurante.

  4. Durant mon séjour à Berlin j’ai marché tout autour du mur  » absent « . Le projet étant de passer, de traverser cette ligne invisible mais omniprésente sans contrainte, sans contrôle avec une sorte d’insouciance consciente.
    J’ai durant ces passages successifs pensé au film où le mur est un des personnages et que les anges traversent, aujourd’hui il n’est plus nécessaire d’être un ange à Berlin.
    Excellent film.

  5. LE SAUT DE L’ANGE

    Emouvante rediffusion du film hier soir sur arte après la disparition de Bruno Ganz, immense acteur suisse, parti rejoindre Cassiel (Otto Sander), son compagnon, ainsi que Peter Falk et Solveig Dommartin (la trapéziste aux fausses plumes angéliques) quelque part dans le ciel au dessus de Berlin. Le visiteur aujourd’hui aurait bien du mal en arrivant à la Potsdamer à imaginer le gigantesque no man’s land de l’époque du film, à part la roulotte du Curry wurst, et du mur dont il ne reste qu’une fraction conservée comme un musée à ciel ouvert…Un ange passe
    Original, profond, poétique, le film de Wenders et de Peter Handke n’a rien perdu de son charme original comme touché par la grâce (presque intemporel) trente ans plus tard
    Ces deux anges qui regardent et entendent les pensées intérieures des terriens berlinois sont en haut d’une tour, d’une église, d’une colonne, des toits – ce n’est plus « Berlin, symphonie d’une grande ville » comme naguère dans le muet qui racontait par le menu 24 heures d’une ville – et nous émeuvent à la vision de leur compassion muette envers nos congénères
    Seuls les enfants ont la faculté de les voir
    Celui (c’est Bruno) qui « tombe » en amour de la jolie et jeune trapéziste du cirque Alekan (!) découvre, soudain heureux – le sourire de l’ange – en entrant dans « le fleuve » et en passant du noir et blanc à la couleur (la caméra saute par dessus le mur) les mille petites sensations humaines dont les premières sont le sang (rouge) qu’il goûte tel un vampire en se disant « c’est bon ». On s’aperçoit que son pardessus et son écharpe qu’on croyaient gris sont bleus, les tuyaux à terre sont jaunes, le mur est tagué de figures multicolores, premier café, première cigarette…. C’est la vie rêvée des anges
    Dans une très belle forme de travellings fluides et étonnants, le film progresse comme un suspense métaphysique et sensoriel qui tient en haleine, accompagné d’une magnifique bande son où se répercutent en oratorio voix, sons, musiques, poèmes
    Le film est dédié à tous les anciens anges
    Du Wenders inspiré…

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