16 janvier 2015

Tempête à Washington (1962) de Otto Preminger

Titre original : « Advise and Consent »

Tempête à WashingtonLe président des Etats-Unis a décidé de nommer Robert Leffingwell au poste de Secrétaire d’État (soit le chef du département chargé des Affaires étrangères). Ce choix doit être ratifié par le Sénat mais l’affaire s’annonce difficile car les prises de positions de Leffingwell en faveur de la paix ne font pas l’unanimité à l’intérieur même de son parti…
Tempête à Washington est l’adaptation d’un copieux roman d’Allen Drury, correspondant du New York Times à Washington qui a reçu le Prix Pulitzer. Inspiré de personnages réels (le président étant basé sur Franklin Roosevelt), l’histoire décrit les basses manoeuvres qui sont monnaie courante à Washington. Bien qu’il s’attaque plus aux hommes qu’aux institutions et qu’il se révèle être finalement à la gloire de la démocratie à l’américaine, le film fut parfois critiqué à sa sortie pour la mauvaise image qu’il donnait des Etats-Unis (1). Le tour de force de Preminger est d’une part de réussir à nous intéresser sur un sujet à priori rébarbatif mais surtout de montrer une maitrise totale et parfaite de la mise en scène malgré le très grand nombre de personnages.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Henry Fonda, Walter Pidgeon, Charles Laughton, Gene Tierney, Burgess Meredith, Franchot Tone, Lew Ayres
Voir la fiche du film et la filmographie de Otto Preminger sur le site IMDB.

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Remarques :
* Le film reçut l’aide du gouvernement qui donna l’autorisation de filmer à l’intérieur du Capitole.
* Dans son autobiographie, Otto Preminger mentionne un article, à l’époque paru dans Le Monde, qui vantait la liberté d’expression aux Etats-Unis, affirmant qu’un tel film n’aurait pas être tourné en France car le gouvernement français était intouchable (Otto Preminger Autobiographie JC Lattès 1981 p. 173).
* Tempête à Washington est de dernier film de Charles Laughton. Déjà très affaibli par son cancer pendant le tournage, il décédera quelques mois plus tard.
* Tempête à Washington marque le retour à l’écran de Gene Tierney après une longue dépression nerveuse.

(1) Ces critiques font penser à celles que reçut  Mr. Smith au sénat (1939) de Frank Capra. Les deux films sont d’ailleurs assez proches dans l’esprit.

Tempête à Washington (1962) de Otto PremingerCharles Laughton et Walter Pidgeon en pleine joute verbale au Sénat dans Tempête à Washington d’Otto Preminger.

8 réflexions sur « Tempête à Washington (1962) de Otto Preminger »

  1. je vous trouve bien indulgent. Quand vous qualifiez le sujet d’être « à priori rébarbatif », j’enlèverais le « à priori » car, pour l’avoir vu récemment, j’ai trouvé pour ma part ce film profondément ennuyeux. Henri Fonda joue une fois de plus un personnage « droit dans ses bottes », irréprochable et transpirant la droiture, finalement assez agaçant.

  2. Henri Fonda a souvent, c’est vrai, interprété ce type de personnage très droit, vertueux. Cela correspondait un peu à sa propre personnalité d’ailleurs, on s’en rend compte en lisant son autobiographie. Ceci dit, ce film ici présent montre que cela ne peut parfois n’être qu’une façade (même s’il ne s’agit en réalité que d’une broutille…)

  3. Où diable est passée votre première critique de ce film pleine d’à propos sur certaines séquences avec beaucoup d’humour et un panorama sociologique qui dépasse le cadre juridico-constitutionnel des forces en présence? Ce serait un grand dommage de l’avoir supprimée car cela fait des années et je ne l’ai pas oubliée! Pourrais-je au moins la revoir pour en faire un copié-collé?
    Merci.

  4. @ Lui
    Merci pour cette chronique. Je me permets de vous signaler une petite erreur, au début de votre texte : le poste auquel est nommé Leffingwell est celui de Secrétaire d’Etat (équivalent de Ministre des Affaires étrangères) et non celui de Secrétaire à la Défense.

  5. @ Luc Jardin.
    Le personnage « droit dans ses bottes » et « transpirant la droiture », c’est plutôt, me semble-t-il, le sénateur Brigham Anderson, celui qui préside la commission d’enquête et est interprété par Don Murray. Loin de l’attitude de cet homme attaché aux principes, Leffingwell, joué par Henry Fonda, n’hésite pas à se parjurer devant la commission, dans un pays où le parjure est considéré comme un acte hautement immoral. Quant au film, il est passionnant dès lors qu’on accepte de se laisser guider par Preminger dans les arcanes constitutionnels américains. De fait, le spectateur non-initié accède aux règles et aux pratiques de cet univers grâce à une mise en scène qui sait rendre perceptible le jeu politique. D’autant plus que ce jeu est saisi dans plusieurs de ses dimensions, des séances publiques aux tractations discrètes, sans oublier pressions et chantages. Par ailleurs, s’il est un personnage que le film valorise implicitement, ce n’est pas Leffingwell, mais le sénateur Cooley (Charles Laughton). Ce dernier fait en effet l’objet de cadrages qui tendent à le singulariser. De plus, sa personnalité apparaît plus marquée que celle des autres protagonistes du récit : originale et obstinée sans jamais être odieuse. Enfin, son style et son discours hostile à toute politique d’ « appeasement » lui confèrent quelque chose de churchillien et donc de prestigieux (le choix d’un comédien britannique s’explique peut-être de cette façon). Qu’on ne s’y trompe pas, son anticommunisme a beaucoup plus à voir avec celui de l’ancien Premier ministre anglais qu’avec celui de McCarthy. Il s’agit d’une posture belliciste plutôt qu’idéologique. On peut ainsi se demander si le film, réalisé lors de la présidence Kennedy, ne contient pas une critique voilée de la politique étrangère du moment, qui avait pourtant le mérite d’emprunter la voie de l’apaisement. D’autres éléments vont dans le sens de cette hypothèse. Notamment le fait que le cinéaste présente le jeune sénateur Van Ackerman, le plus ardent défenseur de la ligne pacifique de Leffingwell, comme un individu toujours irritant et surtout adepte de procédés ignobles, ce qui dénote une volonté de caricaturer ce courant politique. Cette orientation du propos général, consistant à associer immoralité et politique de paix, est critiquable, mais cela n’enlève rien à la réussite du film.

  6. Merci pour ce commentaire.
    Ce que vous dites sur le personnage du sénateur Cooley est intéressant et l’hypothèse que vous avancez sur une éventuelle critique discrète de la politique étrangère de Kennedy paraît plausible.
    Otto Preminger ne donne toutefois pas d’indices en ce sens dans son autobiographie, je viens de vérifier. Il dit avoir surtout voulu s’attaquer aux hommes politiques qui abusent de leurs prérogatives. Mais cela n’enlève rien à votre hypothèse.

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