19 décembre 2010

Full metal jacket (1987) de Stanley Kubrick

Full Metal JacketLui :
Full Metal Jacket est l’avant-dernier film de Stanley Kubrick, un film sur la guerre plus qu’un film de guerre. Dans la première moitié, nous suivons l’entrainement d’un groupe de Marines mené par un sergent gueulard, interprété avec beaucoup d’énergie par un ex-instructeur qui a improvisé une partie des dialogues. Les textes les plus hauts en couleur (un véritable flot d’obscénités) sont toutefois l’oeuvre d’un autre ex-Marine, Gustav Hasford, l’auteur du livre que Kubrick a choisi d’adapter. Cette partie est à la fois drôle et terrifiante. Elle est surtout intense. Kubrick montre sa grande virtuosité de la mise en scène, avec des travelings arrières de toute beauté qui ont largement contribué à la réputation du film. La seconde moitié se déroule au Vietnam. Après un passage à vide montrant les dessous de la presse militaire, le film retrouve toute sa force dans la dernière partie qui nous fait vivre l’affrontement d’une petite escouade de soldats avec un sniper invisible. Full Metal Jacket est un film hors normes, il n’a pas vraiment de héros ni d’histoire au sens classique du mot. Ce n’est pas vraiment un film anti-guerre : Kubrick ne porte pas de jugement, il décrit l’apprentissage de jeunes soldats à la mort. C’est en tout cas un film d’une grande force. Le perfectionnisme de Kubrick s’est traduit en plus de neuf mois de tournage.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Matthew Modine, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, R. Lee Ermey, Arliss Howard
Voir la fiche du film et la filmographie de Stanley Kubrick sur le site IMDB.
Voir les autres films de Stanley Kubrick chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* « Full Metal Jacket » (littéralement : entièrement enrobé de métal) est un terme qui s’applique à un certain type de munitions. En choisissant ce titre, Kubrick fait bien entendu l’analogie avec les soldats.
* Le livre de Gustav Hasford s’intitule The Short-Timers.
* La partie Vietnam a été tournée dans la banlieue de Londres, sur deux sites de complexes industriels promis à la démolition. Kubrick a eu toutes les autorisations pour les détruire à loisir.
* Les références à Mickey Mouse peuvent surprendre, notamment dans la scène finale où les soldats marchent dans la ville en flammes en chantant le thème du Club Mickey… Dans le langage des G.I., Mickey Mouse désigne tout ce qui est petit et stupide.

5 réflexions sur « Full metal jacket (1987) de Stanley Kubrick »

  1. Je ne sais si vous avez remarqué: le film compte 3 morts si mes souvenirs sont bons. J’entends 3 morts réelles, des ẽtres qui ont un visage, et tout ce qui va avec. C’est la l’un des tours de force et d’ironie de Kubrick. Enfin, le « sniper » est une femme, blessée à mort, seul viet à ẽtre tué, par des hommes, qui se demandent s’ils doivent la tuer, alors qu’ils sont la pour ça!

  2. Il y a tout de même plus de 3 morts réelles… mais il est vrai que Kubrick montre une certain apprentissage de la mort ou un plutôt un certain parcours qui conduit à la mort infligée. Il est par exemple symptomatique que chacune des deux parties se termine par une mort dans sa forme la plus dure, celle donnée à bout portant, en proche face à face : la mort de l’instructeur clôt la première partie, la mort du sniper clôt la seconde.

  3. ¨Ce n’est pas vraiment un film anti-guerre.¨ Dans ce cas c’est un film anti-militariste…
    Il me semble que la première partie du film est assez claire.

  4. Je ne sais pas, Desman.
    Probablement.
    Mais on est libre de l’interpréter, ce film, à l’aune de sa propre grille de lecture.
    C’est… l’Armée, puis la guerre.
    Les faibles sont éliminés, puis les malchanceux…
    N’est ce pas tout simplement là une application de la théorie de Darwin, en situation extrême ?
    « Only the stong ? » comme disent les anglo-saxons ?
    Un film marquant, en tout cas.

  5. Pas vu ou revu ce film depuis trés longtemps.
    Mes impressions quand il est sorti : que Kubrick, aprés les délires visuels métaphysiques de 2001 ou le baroquisme précieux de Barry Lindon, revenait , malgré ses hautes compétences techniques, à une plus relative simplicité de narration.
    Ce que Kubrick nous donne à voir : une première partie nous montrant l’entrainement et la motivation de jeunes recrues. Grâce au personnage du sergent instructeur ( jamais vu au cinéma de personnage aussi gueulard, à côté le Gabin de « la traversée de Paris » ressemble à un mime aphone ) une certaine tension s’installe et , se termine par une violence qui m’avait surpris en son temps.
    Eclair de violence nous menant naturellement sur le lieu de l’action et au coeur du sujet du film, le Vietnam en guerre, ou tous nos jeunes yankees vont voir leurs repères américains être remis en question …
    Mes souvenirs du film, la façon presque documentaire de filmer la première partie , pas seulement l’entrainement physique mais aussi la manière d’amener les gamins sécurisés de l’Amerique des sixties à devenir des machines de guerre .
    Pour la partie asiatique , je me souviens , dans un Vietnam en ruines , de travellings valant ceux des tranchées des  » Sentiers… » . Particulièrement un mouvement virtuose finissant sur le tir d’un char fichant un immeuble en l’air ( content que vous m’appreniez les dessous anglais et plus que réalistes du décor ), un autre travelling montrant le service cinoche des armées US filmant, en travelling, la compagnie dans une ville dévastée .
    Un brin de dérision et d’humour aussi : la prostituée viet négociant le prix de sa passe à un gros ( à tout point de vue ! ) GI noir, le soldat du service de presse entamant devant des cadavres fumants une conversation guerre / paix avec un sous off’ peu au fait de cette dialectique…
    Comme souvent chez Kubrick, signalons aussi une remarquable utilisation de la musique : Strauss dans 2001, Beethoven au synthétiseur pour Orange Mécanique, on est plutôt ici dans la variété : une ballade sirupeuse au début, même en se faisant raser les tifs pour l’oncle Sam , on est encore au pays, dans le cocon américain..; un plus délirant  » Surfin’Bird « chez les Charlies quand on découvre l’ivresse de la violence en explosant les immeubles et… tout comme l’ordi de 2001 se donnait une apparence humaine en fredonnant  » Au clair de la lune  » , tout comme les poilus des  » Sentiers de la gloire « retrouvaient quelques instants d’humanité en écoutant une petite chanteuse ennemie avant de repartir dans leur tranchée, pour les GI’s formatés au Born to kill , aprés l’épreuve du sniper , quoi de plus évocateur que l’hymne du club Mickey Mouse pour se replonger dans l’enfance rassurante de l’American- way-of -life ?
    Alors, pour Kubrick, des gangsters aux GI’s, des cosmonautes aux libertins, des vamps enfantines aux militaires mabouls sans oublier les droogs, le cinéma comme un miroir d’une Humanité perdant une bonté originelle dans la civilisation et la violence ??? A voir , revoir et méditer…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *