3 mars 2011

Aller et retour (1935) de Wesley Ruggles

Titre original : « The Gilded Lily »

Aller et retourLui :
Quand Marilyn est une jeune femme qui rêve du grand amour. Elle finit par le rencontrer sous les traits de Charles, un anglais en réalité membre la famille royale, venue incognito à New York. Le journaliste Peter, ami de Marilyn et aussi secrètement amoureux, montre l’affaire en épingle. Marilyn devient célèbre… Aller et retour fait partie de ces films qui tentèrent de surfer sur le succès colossal (et inattendu) de New York-Miami (1). Les rôles sont inversés puisque Claudette Colbert joue ici le rôle d’un jeune secrétaire, simple et désintéressée. La comparaison entre les deux films n’est pas à l’avantage de celui-ci. Certes Wesley Ruggles n’a pas la brillance de Capra, sa mise en scène est moins vive, Aller et retourmoins rythmée mais c’est surtout au niveau des dialogues que la différence se fait sentir, bien plus ternes ici. Alors que le film de Capra semble doté d’une éternelle jeunesse, celui-ci paraît aujourd’hui plus convenu. Aller et Retour n’est pas sans quelques bonnes scènes cependant, notamment lors de son premier numéro de cabaret, assez hilarant. Le film rencontra un certain succès.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Claudette Colbert, Fred MacMurray, Ray Milland, C. Aubrey Smith
Voir la fiche du film et la filmographie de Wesley Ruggles sur le site IMDB.

Aller et retour (1) La publicité de l’époque annonçait d’ailleurs : « Claudette Colbert dans le genre de rôle qui vous fait adorer New York-MiamiIt happened one night »). Comme on peut le constater, la publicité jouait aussi beaucoup sur la popularité et le glamour de Claudette Colbert. On peut d’ailleurs remarquer une certain similitude entre la robe ci-contre (que l’on voit 4 secondes 1/2 dans le film) et celle qu’elle porte dans Cléopâtre.

Remarques :
* Wesley Ruggles a fait un peu de figuration dans les films de Chaplin des années dix (Essanay) avant de passer à la réalisation.

* Homonyme (sans autre lien) :
The Gilded Lily de Robert Z. Leonard (1921) avec Mae Murray

24 février 2011

Nick joue et gagne (1939) de W.S. Van Dyke

Titre original : « Another thin man »

Nick joue et gagneLui :
Une fois de plus, Nora et Nick Charles ne peuvent mener à bien leur projet de prendre quelques jours au calme (avec le petit Nickie et la chienne Asta) : un ex-associé du père de Nora les appelle car il est l’objet de menaces. Ils se rendent au manoir et trouve effectivement une situation au bord du drame… Nick, joue et gagne est le troisième film de la série des Thin Man. On ne retrouve pas ici toute la magie des deux premiers films, l’équilibre entre intrigue et comédie n’est plus là. Les dialogues sont bien moins vifs et n’ont que très rarement la brillance qui avait fait le succès de la série. Les gags et mots d’esprit semblent davantage routiniers, tout le monde semble moins enjoué. L’intrigue policière est un peu alambiquée voire peu crédible sur sa résolution. Le film reste agréable à regarder mais sans ce charme supplémentaire qui nous avait auparavant enthousiasmé.
Note : 3 étoiles

Acteurs: William Powell, Myrna Loy, Virginia Grey, Otto Kruger
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Voir les autres films de W.S. Van Dyke chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* William Powell avait arrêté de tourner après la mort prématurée en 1937 de l’actrice Jean Harlow avec laquelle il s’était fiancé. Jean Harlow avait 26 ans. William Powell fut très affecté par ce décès et Myrna Loy également car les deux actrices étaient devenues très amies. Another thin man est ainsi le premier film de William Powell après presque deux années d’interruption.
* Dashiell Hammett commençait à être fatigué des personnages qu’il avait créés. Comme le rapporte Jon Tuska, l’écrivain sera très heureux que la MGM fasse écrire les films ultérieurs par quelqu’un d’autre.
* Le succès de la série Thin Man était tel que beaucoup de copies ont fleuri à partir de 1936.

23 février 2011

Nick, Gentleman détective (1936) de W.S. Van Dyke

Titre original : « After the thin man »

Nick, Gentleman détectiveLui :
Alors qu’ils rentrent de voyage et aspirent au calme, Nora et Nick sont invités, pour le 31 décembre, par la tante riche et guindée de Nora. Le mari de la cousine de Nora a disparu et cette invitation est un prétexte pour demander à Nick de le retrouver. Il s’agit en réalité bien plus qu’une simple fugue et l’affaire va se révéler plus complexe que prévue… Deux ans après l’énorme succès de L’Introuvable (The thin man), la MGM décide de lui donner une suite. Dashiell Hammett est appelé pour écrire l’histoire de base et bien entendu le couple Myrna Loy / William Powell est reformé. Ce deuxième film se révèle plus travaillé et plus abouti que le premier : l’histoire est plus complexe, les situations plus inventives, les dialogues mieux finis, l’humour plus fin. Le rythme est soutenu, sans aucune faiblesse à mi-parcours. L’intrigue devient de plus en plus obscure au fur et à mesure que le film avance jusqu’au dénouement final qui est assez surprenant. Parmi les seconds rôles, on remarque la présence de James Stewart, grand acteur en devenir, ici dans l’un de ses premiers rôles. Très frais, très relevé, Nick, Gentleman Détective est incontestablement le meilleur de la série des Thin Man.
Note : 4 étoiles

Acteurs: William Powell, Myrna Loy, James Stewart, Elissa Landi, Sam Levene, Joseph Calleia
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Remarques :
* Le couple Loy / Powell fonctionnait si bien (et la MGM axait sa communication sur la grande entente entre les deux acteurs/personnages) qu’une bonne partie du public était persuadé que les deux acteurs étaient mari et femme. Il avait une grande confusion entre les acteurs et leurs personnages.
* En réalité, les rapports étaient un peu tendus. Myrna Loy était notamment mécontente du peu de scènes où elle apparaissait comparativement à William Powell. L’actrice avait d’ailleurs engagé dès 1935 une procédure pour tenter de casser son contrat avec la MGM.

22 février 2011

L’introuvable (1934) de W.S. Van Dyke

Titre original : « The thin man »

L'introuvableLui :
Pour son dernier roman policier, Dashiell Hammett adopte un ton plus léger, puisant en partie l’inspiration dans sa vie personnelle (1). Nick Charles est un ancien détective qui a épousé Nora, une riche héritière. Tous deux mènent une vie assez oisive, sorte de soirée mondaine permanente, toujours un verre à la main, faisant preuve d’un grand détachement et de désinvolture vis-à-vis de tout, y compris le danger. Presque sans avoir l’air d’y toucher, le gentleman-détective va résoudre une énigme difficile : retrouver un savant introuvable et démasquer son meurtrier. Le couple William Powell / Myrna Loy fonctionne à merveille, plein d’humour, de charme et de sensualité. Le casting n’était pas évident, Louis B. Mayer était contre ce choix, préférant cantonner Myrna Loy à des rôles d’orientales et Powell à des rôles plus sérieux. Van Dyke dut promettre de tout tourner en douze semaines (2). Les seconds rôles apportent beaucoup de substance et surtout d’humour L'introuvable avec des personnages très typés. L’Introuvable rencontra un grand succès : en ces années post-Dépression, cette comédie policière se déroulant dans un monde où semblait facile apportait une bouffée de légèreté et d’insouciance dont tout le monde avait besoin. Ce fut le premier d’une longue série de « Thin Man ».
Note : 4 étoiles

Acteurs: William Powell, Myrna Loy, Maureen O’Sullivan, Nat Pendleton, Minna Gombell, Porter Hall
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(1) Jon Tuska le souligne dans son excellent livre Détective in Hollywood (1978), Dashiell Hammett fréquentait alors très assidûment Lillian Hellman, qui présente bien des points communs avec la Nora de son livre. Elle a d’ailleurs introduit l’écrivain à une certaine oisiveté. Beaucoup pensent que Hammett n’aurait certainement pas arrêté d’écrire s’il n’avait pas rencontré Lillian Hellman.

L'introuvable (2) En réalité, il tourna tout en dix-huit semaines, ce qui est extrêmement rapide. Il avait parfois deux décors dans la même pièce, l’un face à la caméra, l’autre dans son dos. Quand la première scène était dans la boîte, tout le monde se retournait et on tournait une autre scène pendant que des techniciens démontaient le premier décor ! W.S. Van Dyke est réputé pour avoir été l’un des réalisateurs les plus rapides à tourner.

Voir aussi : ce site d’un collectionneur d’affiches de Thin Man

31 janvier 2011

Monte Carlo (1930) de Ernst Lubitsch

Monte-CarloLui :
Les débuts du cinéma parlant ont engendré une certaine vogue des opérettes, genre que Lubitsch a grandement initié. L’histoire de Monte Carlo est assez classique : la comtesse Mara s’enfuit le matin même de son mariage avec le Duc von Liebenheim et échoue à Monte-Carlo. Là, le Comte Farrière la remarque et se fait passer pour un coiffeur afin de pouvoir l’approcher… C’est donc le grand dilemme entre le mariage d’amour et le mariage d’argent, sujet qui est ici traité sous forme d’une comédie avec passages chantés. Les femmes ne sont, il faut bien l’avouer, pas montrés sous un jour très flatteur : elles sont plutôt vénales et capricieuses. Si Jeannette MacDonald semble particulièrement à l’aise dans ce rôle de comtesse impulsive et dégage beaucoup de sensualité, on ne peut hélas en dire autant de Jack Buchanan qui est terne et sans attrait. Nous sommes loin de Maurice Chevalier (1). On en viendrait à préférer le personnage du duc banni (excellent Claud Allister), finalement assez sympathique avec son indéfectible optimisme. De ce fait, le film paraît assez plat malgré de bons dialogues et l’opulence des décors qui donnent au film un petit côté de conte de fées. A noter la scène du voyage en train où Lubitsch utilise les bruitages du train pour former un rythme et s’intégrer à la musique et à la chanson (2). Ce style d’intégration était alors totalement nouveau.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Jack Buchanan, Jeanette MacDonald, Claud Allister, Zasu Pitts, Albert Conti
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(1) Dans la filmographie de Lubitsch, Monte Carlo est encadré par deux films qui sont portés par le charme de Maurice Chevalier : The Love Parade (avec Jeannette Mac Donald), The Smiling Lieutenant (avec Claudette Colbert).
(2) La chanson, « Beyond the blue horizon », devint extrêmement populaire, et pour de nombreuses années. Jeannette MacDonald la chantera aux G.I. pendant la Seconde Guerre mondiale.

Homonyme :
Zasu Pitts, qui interprète ici la femme de chambre, avait déjà joué dans un film intitulé Monte Carlo (1926) de Christy Cabanne, dont l’histoire n’a aucun point commun avec le film de Lubitsch.

19 janvier 2011

New York – Miami (1934) de Frank Capra

Titre original : « It happened one night »

New York - MiamiLui :
New York – Miami de Frank Capra a apporté un ton nouveau à la comédie américaine. Avec ses dialogues légers et enlevés, ses situations saugrenues basées sur les rapports homme-femme, son excellent rythme dans l’enchaînement des situations, c’est la première « screwball comedy », celle qui a lancé le genre. Personne à Hollywood ne croyait à son succès, qui ne vint d’ailleurs pas aussitôt mais qui fut immense. Il faut dire que l’alchimie entre Claudette Colbert et Clark Gable fait plaisir à voir et que nombre d’américains se sont identifiés à Clark Gable, journaliste sans le sou et débrouillard qui donne une bonne leçon de vie à une fille à papa, riche et capricieuse. Si New York – Miami a bousculé toutes les règles, il en a créé de nouvelles. Ce nouveau genre a engendré des films sans inspiration, pâles copies de l’original, mais aussi certains des plus beaux bijoux de la comédie américaine.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Clark Gable, Claudette Colbert, Walter Connolly
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Remarques :
New York - Miami 1) Dans la fameuse scène du « mur de Jéricho », lorsque Clark Gable retire sa chemise, on voit qu’il ne porte pas de maillot de corps (en réalité, c’était uniquement pour éviter que la scène dure trop longtemps). Il fut instantanément imité par bon nombre d’américains et les ventes de maillots de corps chutèrent. La légende raconte que les fabricants de sous-vêtements menacèrent la Columbia de poursuites.
2) Frank Capra a eu bien du mal à trouver ses deux acteurs vedettes : plusieurs acteurs ont refusé, jugeant le script sans intérêt. Claudette Colbert n’a accepté qu’à la condition que son salaire soit doublé et que le tournage ne dure pas plus de quatre semaines. De son côté, le prêt de Clark Gable de la MGM à la Columbia était une punition : s’estimant surmené, l’acteur avait refusé de tourner un nouveau film pour la MGM. La punition fut donc de l’envoyer tourner un petit film « sans intérêt » chez un concurrent, chose qu’il n’avait pas le droit de refuser.
3) New York – Miami est l’un des très rares films à avoir reçu les 5 Oscars majeurs. On pense que la MGM a manœuvré pour que Clark Gable (qu’ils avaient prêté à la Columbia pour le film) reçoive l’Oscar du meilleur acteur afin de booster sa carrière…

It happened one night

Remakes :
Eve knew her apples de Will Jason (1945) avec Ann Miller et William Wright
L’extravangante héritière (You can’t run away with it) de Dick Powell (1956), comédie musicale  avec June Allyson et Jack Lemmon
Garçon choc pour nana chic (The sure thing) de Rob Reiner (1985) avec John Cusak

15 décembre 2010

Ceux de la zone (1933) de Frank Borzage

Titre original : « Man’s Castle »

Ceux de la zoneLui :
Dans le cinéma de Frank Borzage, l’amour est toujours le plus fort, il triomphe de tout. C’est particulièrement vrai dans Ceux de la Zone puisque son histoire prend place dans une zone de New York connue sous le nom de « Hoover Flats » (= les appartements Hoover), sorte de petit bidonville créé au bord de l’Hudson après la Grande Dépression. C’est là que s’installent provisoirement les deux personnages principaux, deux irréductibles optimistes : lui est un individualiste forcené qui tient à sa liberté et s’interdit d’exprimer tout sentiment (Spencer Tracy), elle est une jeune femme fragile, débordant d’amour (Loretta Young). La façon dont ils se rencontrent en début de film est une petite merveille scénaristique. Borzage est aussi le cinéaste de l’espoir : à l’instar de la fleur qui émerge non sans mal dans cet environnement sombre et pollué, l’amour va éclore malgré l’adversité et les tentations, l’amour qui se joue de la fatalité. Très belles prestations d’acteurs, en totale emphase avec leur personnage ; Loretta Young est particulièrement lumineuse dans cet environnement modeste. Tous deux sont terriblement attachants. Plus que jamais, Borzage fait preuve de délicatesse et de nuances. Malgré les forts contrastes, il ne grossit jamais le trait ni ne joue avec la dramatisation. Il trouve là un équilibre parfait. Ceux de la Zone est l’un de ses plus beaux films.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Spencer Tracy, Loretta Young, Marjorie Rambeau, Glenda Farrell, Walter Connolly, Arthur Hohl
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Ceux de la zoneRemarques :
* Le film eut des problèmes avec la censure du fait de la grossesse hors mariage. Certaines scènes furent coupées.
* Si le film a indéniablement un côté historique aujourd’hui en nous montrant la façon dont pouvaient vivre des chômeurs au lendemain de la Grande Dépression, il n’était pas très vendeur de trop le montrer à l’époque comme en témoigne l’affiche ci-contre qui reprend une scène très courte entre Spencer Tracy et Glenda Farrell (qui représente la tentation et copie de façon étonnante le jeu de Mae West), une affiche vraiment peu représentative du film.

24 novembre 2010

Les pirates du rail (1938) de Christian-Jaque

Les pirates du railLui :
A la frontière chinoise, la ligne de chemin de fer du Tonkin est souvent attaquée par des pirates et des groupes qui cherchent à prendre le pouvoir. A la tête de la concession, un groupe de français est en danger permanent. En cette fin des années trente, l’orientalisme et l’exotisme étaient à la mode et avec ces Pirates du Rail, Christian-Jaque tente de profiter de cette vogue. L’intrigue est confuse, un peu simplette, l’histoire étant tirée d’un feuilleton paru dans un grand journal du soir. Elle n’est pas très crédible non plus. Erich von Stroheim campe… un chinois qui a fait West Point (!), Marcel Dalio ne semble peu convaincu de son personnage de marchand d’armes, Charles Vanel se démène pour donner un peu de vraisemblance à l’ensemble.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Charles Vanel, Suzy Prim, Erich von Stroheim, Marcel Dalio, Simone Renant
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19 novembre 2010

Les faubourgs de New York (1933) de Raoul Walsh

Titre original : « The Bowery »

Les faubourgs de New YorkLui :
L’action des Faubourgs de New York se situe dans les « joyeuses années 90 » (1890). Sur Bowery, deux patrons de saloons rivalisent pour être le plus populaire. Partiellement basée sur des faits réels, cette guéguerre, riche en bagarres et en défis, permet à Raoul Walsh de mettre face à face deux acteurs qui non seulement collent parfaitement à leurs personnages mais encore rivalisaient en tant qu’acteurs : le débonnaire Wallace Beery, l’homme au grand cœur, tout ventre dehors avec son costume bon marché, prenant constamment la position du boxeur en attente et le dandy George Raft, rusé, tiré à quatre épingles, toujours prêt à jouer un mauvais tour à son adversaire. Leur rivalité est haute en couleur et nous vaut des scènes assez amusantes comme la bataille entre deux escadrons de pompiers pendant qu’une maison brûle (1), les scènes de saloon ou encore le saut du Brooklyn Bridge (2). Toute une rue avait été reconstituée en studio selon les indications de Walsh qui connaissait bien le vrai Bowery (3). L’univers très machiste (4) du film laisse toutefois une bonne place à l’actrice Fay Wray qui montre ici une belle présence malgré la concurrence, tout comme le jeune Jackie Cooper en gamin des faubourgs. Les Faubourgs de New York est une comédie pleine d’humour, assez bon enfant, parfaitement maitrisée par son réalisateur.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Wallace Beery, George Raft, Jackie Cooper, Fay Wray
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Les faubourgs de New York(1) La scène a été reprise par Martin Scorsese dans Gangs of New York. Scorsese mentionne ce film parmi ses préférés.
(2) Cette scène s’est réellement déroulée : en 1886, un certain Steve Brodie a sauté du pont devant témoins pour gagner un pari, exploit contesté par certains. Toujours à propos de cette scène, Raoul Walsh raconte dans ses mémoires qu’il a fait croire à George Raft que, le mannequin n’ayant pu arriver à temps, il devrait sauter lui-même. Contre toute attente, Raft se montra prêt à le faire bien que visiblement mort de peur. A l’instar de son personnage, il n’envisageait pas de se défiler… La plaisanterie de Raoul Walsh avait fait long feu!
(3) Raoul Walsh a passé son enfance non loin du Bowery et il a tourné l’un de ses premiers longs métrages, Regeneration (1915), dans le vrai Bowery.
(4) Comme assez souvent avec les comédies antérieures à 1935 (antérieure au Code Hays), certaines scènes peuvent choquer nos yeux modernes. Dans ce film, on notera un certain racisme envers les habitants de Chinatown et une bonne dose de misogynie. Etant ainsi politiquement incorrect, le film est donc parfois assez mal jugé aujourd’hui. Comme dans d’autres cas, il faut savoir prendre du recul.

Remarques :
* The Bowery est le premier des 18 films produits par Darryl Zanuck avec sa nouvelle compagnie 20th Century Pictures avant de fusionner en 1935 avec la Fox.
* Le second court métrage tourné par Walsh en 1914 avait lui aussi pour titre The Bowery, sans qu’il y ait d’autre lien entre les deux films.

16 novembre 2010

Le sang d’un poète (1930) de Jean Cocteau

Le sang d'un poèteLui :
Financé par le vicomte Charles de Noailles (qui a également produit L’Âge d’or de Luis Buñuel), le premier film de Jean Cocteau est un moyen métrage de 49 minutes qui nous plonge dans une sorte de rêve illustrant la difficulté de la création et les errements du poète. On retrouve dans Le Sang du Poète certains symboles et thèmes qui sont chers à Cocteau, les corps, le miroir-porte vers une autre réalité, la mort. Cocteau joue beaucoup avec les trucages, utilisant pleinement les possibilités techniques de l’époque pour créer des images surréalistes, à la fois fortes et belles (le film a toutefois été source de querelles entre Cocteau et les surréalistes). Le Sang d’un poète est souvent présenté comme le film le plus personnel de Cocteau dans la mesure il s’est « portraituré » lui-même, pour reprendre sa propre expression. Le titre initialement prévu était même « La vie d’un poète ».
Note : 3 étoiles

Acteurs: Enrique Rivero, Elizabeth Lee Miller, Pauline Carton, Odette Talazac
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