18 septembre 2018

Sonate d’automne (1978) de Ingmar Bergman

Titre original : « Höstsonaten »

Sonate d'automneMariée depuis dix ans à un pasteur, Eva envoie une lettre à sa mère, une grande pianiste internationale, pour l’inviter à passer quelques jours dans le presbytère isolé au bord du lac où elle vit. La mère et la fille ne se sont pas revues depuis sept ans…
Temporairement exilé hors de Suède à cause de différents avec l’administration fiscale, Ingmar Bergman écrit et tourne Sonates d’automne en Norvège. Il retrouve son actrice fétiche, Liv Ullmann, et pour la première fois sa compatriote Ingrid Bergman. Depuis longtemps, Ingmar et Ingrid s’étaient promis de travailler ensemble (1). Le film est surtout remarquable par la force de l’interprétation ; son intensité est décuplée par cette faculté d’Ingmar Bergman de nous faire plonger au plus profond de ses personnages, entre autres grâce à ses cadrages serrés et ses gros plans. Cette puissance nous emporte totalement, elle nous aveugle presque ; il faut repenser au film après sa vision pour réaliser que le propos est finalement très contestable : le principal reproche que fait la fille à sa mère est de ne pas être restée à la maison. C’est un propos très conformiste (dans les pays scandinaves et en Allemagne, une femme avec des enfants qui travaille est jugée être une mauvaise mère). Ingrid Bergman a bien tenté de faire pression pour que le personnage de la mère soit adouci et ne soit pas ce monstre haïssable. Sans résultat (2). La photographie, du fidèle Sven Nykvist, est très belle. Voilà un film qui nous laisse donc sur des sentiments mitigés…
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Ingrid Bergman, Liv Ullmann, Lena Nyman, Halvar Björk
Voir la fiche du film et la filmographie de Ingmar Bergman sur le site IMDB.

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(1) Ingrid Bergman et Ingmar Bergman n’ont, rappelons-le, aucun lien de parenté. Anecdote : à cette époque, la femme d’Ingmar Bergman s’appelle aussi Ingrid…
(2) Dans son autobiographie (Ma vie, Fayard 1980), Ingrid Bergman raconte comment Liv Ullmann et elle, toutes deux mères dans la vraie vie, ne comprenaient pas comment la mère pouvait être si dure : « Ingmar, les gens que tu connais doivent être des monstres ! » a lancé Ingrid à Ingmar. La seule réponse du réalisateur était de lui dire « Toutes les femmes ne sont pas comme toi, voyons. La mère que tu interprètes est une femme différente ; mets-toi dans sa peau et joue-la. »

Sonates d'automne
Liv Ullmann et Ingrid Bergman dans Sonate d’automne de Ingmar Bergman.

Sonates d'automne
Liv Ullmann et Ingrid Bergman dans Sonate d’automne de Ingmar Bergman.

2 réflexions sur « Sonate d’automne (1978) de Ingmar Bergman »

  1. Je ne voudrais pas être désobligeant mais je me demande si vous n’avez pas dormi pendant le film… ou alors nous n’avons peut-être pas vu le même…
    Attribuer les raisons de la haine (selon le mot employé plusieurs fois dans le film) éprouvée par Eva-Liv Ullman à l’égard de sa mère-Ingrid Bergman au simple fait que sa mère n’est pas restée au foyer (ne suivant pas ainsi un pseudo modèle germanique !) me laisse plus que perplexe… Avez-vous oublié, entre autre, qu’un des points culminants du film est lorsqu’on apprend que la mère a obligé sa fille à avorter, ce qui fait bien sûr écho avec la mort du jeune fils qu’elle a par la suite avec le pasteur ? et que dire de la soeur dont la maladie mentale ne fait qu’empirer au contact de la mère ? qui elle-même n’éprouve que répulsion à son égard et préférerait que cette fille handicapée soit morte (elle le dit dans le train à la fin) ? Il me semble que le propos de Bergman est davantage de montrer que certaines personnes ne sont absolument pas faites pour avoir des enfants… que de vouloir mettre les femmes au foyer (les femmes travaillent d’ailleurs dans la plupart de ses films…) ! De plus il me semblerait intéressant de souligner la complexité de chaque personnage, la mère n’étant pas la seule à être antipathique : la fille s’avère extrêmement dure, voire cruelle, au moment où sa mère lui demande de la pardonner ; l’enfance de la mère, d’après ce qu’elle en dit, n’as pas été super heureuse non plus, etc.

  2. Je vous rassure : nous avons bien vu le même film… et je n’ai pas dormi 🙂
    Je crois que, tout simplement, nous le percevons de manière différente et nous n’en tirons pas les mêmes conclusions.
    Je n’ai pas perçu la séquence sur l’avortement comme  » l’un des points culminants du film », loin de là… je l’ai plutôt perçu comme un ajout à une barque déjà bien lourdement chargée (je dirais de même à propos des allusions sur les rapports entre la soeur et le beau-père).

    Après réflexion, quand vous dites que  » le propos de Bergman est davantage de montrer que certaines personnes ne sont absolument pas faites pour avoir des enfants » (propos que je trouve terrifiant par ce qu’il implique, soit-dit en passant), je me demande si, finalement, nous n’arrivons pas à la même conclusion ! Ce n’est que notre position par rapport à ce propos qui diffère…

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