8 août 2005

« M a i n e – O c é a n » (1986) de Jacques Rozier

Maine-Océan Elle :
Déception pour ce film de Jacques Rozier qui privilégie le côté loufoque des choses et des personnages. L’intrigue et la psychologie des personnages ne semblent pas compter. Le film est constitué de tranches de vie mises bout à bout sans réel fil conducteur. Bernard Menez et Luis Rego en contrôleurs de train cohabitent avec une brésilienne et son imprésario, un marin breton caricatural, une avocate. L’ensemble m’a semblé très artificiel.
Note : 1 étoiles

Lui :
Dans le même esprit que son second film « A côté d’Orouet », Jacques Rozier semble laisser partir son film sans contrôle et enchaîne les situations aussi abracadabrantes qu’inintéressantes. Yves Afonso en rajoute des tonnes pour faire « marin du cru » et tout ce petit monde me semble babiller et brailler inutilement. S’il y a une autre façon d’aborder ce film qui a reçu le Prix Jean Vigo, nous ne l’avons visiblement pas trouvé…
Note : 1 étoiles

Acteurs: Rosa-Maria Gomes, Luis Rego, Bernard Menez, Yves Afonso
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Rozier sur le site imdb.com.
Lire un avis différent sur ce film.

13 réflexions sur « « M a i n e – O c é a n » (1986) de Jacques Rozier »

  1. Film plein d’humour, mais aussi de charme. Le choc des cultures débute avec un chanteuse brésilienne, vivant à Paris, partie voir « son » océan « de l’autre côté », en Bretagne. Un merveilleuse allegorie de la vie où s’entrechoquent les géogrpahies et les époques. Un film subtil et délicieux. Quel dommage que ce chef-d’oeuvre ne soit pas disponible en vidéo ou DVD…

  2. Je vous renvoie au « cinéfilm » diffusé sur france culture en septembre 1986. Serge Daney (si vous savez pas qui c’est, on ne peut plus rien pour vous) recevait Jacques Rozier en lui expliquant que son cinéma était extraordinaire dans le sens où il l’était l’un des seuls à mettre en pratique le principe de la « démocratisation » des personnages. A tout moment, chaque personnage qui entre dans le film et dans l’histoire a la possiblité de prendre les rennes du film. Chaque personnage a sa chance de renverser le cours du scénario. A lui de la saisir. A ma connaissance, ce principe, qui provoque une émotion pure pour qui a un minimum de sensitbilité artistique (ce n’est apparemment pas votre cas, je vous maudis de sortir des choses ignobles sur le cinéma de Rozier, je vous maudis de tenter de refaire l’histoire de la cinéphilie sans en avoir les moyens), et qui n’a jamais – à ma connaissance – était mis en valeur, ni même traité, par un autre cinéaste français.

    Cordialement,

    Julien Pichené

  3. Tout à fait d’accord avec toi, Julien. On se demande par quel hasard, la « Une » de cette page est tenue par des personnages qui ne semblent pas devoir leur tribune à leurs compétences.

    Maîne Océan est un film d’une sensibilité et d’une intelligence rares, et cette critique est d’une nullité crasse. Un seul exemple: n’en déplaise à nos deux critiques « professionnels », je suis du pays de « P’tit gars Marcel », et je puis affirmer qu’Alonso fait un maraîchin plus vrai que nature.

    Ce film est avant tout de la poésie, c’est ce qui lui donne sa plasticité émotionnelle et narrative uniques.

    On se demandera toujours pourquoi la France produit (comme bien d’autres pays) des génies qu’elle a le don de flinguer… faudra-t-il toujours toujours que leur reconnaissance se fasse à l’étranger… et à titre posthume ? Jacques Rozier rejoindra-t-il un jour Charpentier, Berlioz, ou Poincaré au Panthéon des Français snobés dans leur pays et découverts par l’Angleterre ou l’Amérique ?

  4. C’est à n’y rien comprendre: 5 étoiles (x2) pour Adieu Philippine, 1 seule (x2) pour Maine Océan, ces films frères à près de vingt-cinq ans de distance. Comment apprécier l’un en restant insensible à l’autre???!!!

    Quant à la possibilté, François, que Rozier, snobé en France, soit découvert par l’Anglais et/ou les Américains, encore faudrait-il que ces films soient montrés dans ces pays, ce qui n’est malheureusement pas le cas, deux ou trois ciné-clubs de Londres ou de New York mis à part.

  5. Aux auteurs de ce blog : j’ai pris le temps de survoler une bonne partie de vos «commentaires». Afin que vos visiteurs aient un aperçu général de vos goûts en matière de cinéma, voici un résumé :

    – Vous n’aimez pas (ou vous êtes sévères envers) :
    Chantal Akerman, Antonioni, Bergman, Gérard Blain, John Cassavetes, Claire Denis, André Delvaux, Shohei Imamura, Abbas Kiarostami, Patricia Mazuy, Monteiro, Tsai Ming Liang, Manoel de Oliveira, Parajanov, Jacques Rozier, Alain Tanner, Jean-François Stévenin, The Party de Blake Edwards, Gangs of New York de Scorsese, les Sacrifiés de John Ford («trop de temps morts et pas assez de rebondissements»)…

    – Vous aimez (ou vous êtes indulgents envers) :
    Luc Besson, Michel Boujenah, Patrick Braoudé, Philippe de Broca, Elie Chouraqui, Henri Decoin, Michel Deville, Albert Dupontel, François Dupeyron, Gilles Grangier, Ron Howard, Norman Jewison, Roland Joffé, Gérard Jugnot, Jean-Paul Le Chanois, Georges Lucas, Florence Moncorgé-Gabin, François Ozon, Alan Parker, Bernard Rapp, Jean-Paul Rappeneau, Jaco van Dormael, Christian Vincent, Michael Winterbottom, Jon Amiel, Denis Arcand, Jacques Audiard, Jean Becker, le Peuple migrateur, les Choristes… Et vous êtes fans de Bertrand Tavernier et Bertrand Blier.

    – Cependant, contre tout attente, vous prétendez également aimer (sans doute parce que l’histoire vous a dit de les aimer et que vous êtes de bons petits soldats, bien que cette troisième liste soit absolument incompatible avec les deux précédentes) :
    L’Année dernière à Marienbad, Solaris de Tarkovski, Dreyer, Bresson, Ozu, et de nombreux films muets.

    Voilà, chacun se reconnaîtra dans une de ces listes et pourra ainsi rester à vous lire, ou… fuir à toutes jambes devant tant d’ignorance et de mauvais goût.

  6. Votre liste m’a beaucoup amusé et je dois dire que je suis allé vérifier sur plusieurs réalisateurs pourquoi vous l’aviez mis dans une liste plutôt qu’une autre… parce que je ne voyais pas pourquoi et cela ne correspondait pas à mon sentiment.

    Vous y mettez tout de même un bon brin de mauvaise foi, par exemple en mettant Besson et Boujenah en tête de la seconde liste. C’est amusant, cela vous permet une image facile. C’est si pratique de cataloguer ainsi les gens… 🙂

  7. J’ai tout simplement consulté les réalisateurs par ordre alphabétique. Vous avez donné à Besson 3 et 4 étoiles, tout en émettant de fortes réserves. Pour Boujenah : 4 étoiles. Vous avez beaucoup d’indulgence pour les cinéastes médiocres, voir très mauvais. Pourquoi pas. Sauf que vous vous permettez aussi d’émettre des avis négatifs, voir très négatifs, sur des films que l’histoire du cinéma jugera certainement comme fondamentaux, sans même, bien souvent, les avoir vu jusqu’au bout (effet pervers du DVD ou de la carte illimitée : le film a 20 mn pour faire ses preuves, sinon… zapping). Pourtant, il faut reconnaître que vous êtes capables d’une capacité de résistance inouïe, puisque vous allez fréquemment au bout des pires navets (Lautner, Lelouch…).

    Franchement, je ne vois pas l’intérêt de ce blog dans la mesure où il est clair que vous ne prenez pas le cinéma au sérieux. Vous aimez les « rebondissements », les belles images, les histoires « attachantes» et «rafraîchissantes», «les intrigues et la psychologie», les films bien calibrés, au scénario en béton, avec un message et des acteurs qui cabotinent. Vous croyez encore à la sainte trinité : dialogues/scénario/interprétation. En lisant vos avis sur Jacques Rosier, Gérard Blain, Paradjanov, Imamura… vous me faites penser à ces critiques arts du XIXe siècle qui trouvaient que Monet était flou et que Van Gogh faisait du barbouillage.

    En fait, vous n’aimez pas qu’un film vous perturbe, vous dérange dans votre petit confort de « spectateur-roi du monde » (puisque c’est vous qui avez la télécommande en main et qui décidez quand la plaisanterie doit s’arrêter).

    Ainsi, Luc Besson : malgré que ses films vous paraissent « racoleur », « puéril », « creux » et « tape à l’œil », ce monsieur a droit à 3 et 4 étoiles… simplement parce qu’il est « efficace » et qu’il rentre peu ou prou dans le moule attendu. Soit autant d’étoiles qu’au grand Imamura, qui «malgré ses qualités» et la «puissance peu commune des images», est coupable… de «sautes scénaristiques», de « manque d’homogénéité», de «longueur» et… de dureté. Je passe sur « Steamboat Round the Bend », un des chefs d’œuvres de John Ford que vous avez trouvé « assez plaisant », ou sur « les Sacrifiés », autre chef-d’œuvre fordien, qui n’a droit qu’à 2 étoiles.

    Bref : quand il y a tout, vous ne voyez rien, et quand il n’y a rien, vous voyez beaucoup de chose.

    Je vous reproche également d’éliminer quasi systématiquement les cinéastes qui filment le temps. Sans doute parce que, pour vous, le temps… c’est long. Soit, mais alors, consacrez votre blog au clip vidéo ou à la pub, mais pas au cinéma, qui est, par excellence, l’art capable de rendre compte du temps.

    Je reconnais volontiers que les films ne sont pas des icônes indéboulonnables, que l’on peut, tôt ou tard, reconsidérer leur valeur, mais encore faut-il pour cela avoir de vrais arguments à opposer, et non ces bavardages.

    C’est Truffaut qui constatait que n’importe qui se croit autoriser à écrire sur le cinéma dès lors qu’il a vu 100 films dans sa vie. Cette prétention n’existe ni peinture, ni en littérature, ni dans aucun des autres arts. Pourquoi cette légèreté avec le cinéma ? Sans doute le considérez-vous encore comme un art mineur ?

    Désolé d’être un peu brutal, mais, voyez-vous, je me mets à la place d’un « bébé cinéphile » qui lirait vos textes pour y chercher les oeuvres importantes de l’histoire du cinéma… Lui déconseiller Akerman, Tsai Ming Liang, Paradjanov, Monteiro, de Oliviera, pour le renvoyer vers Bertrand Tavernier et Bertrand Blier est une responsabilité grave. Or, je ne pense pas que vous en ayiez bien pris la mesure. Pour autant, je vous reconnais le courage (à moins que ce ne soit de la présomption, ou de l’inconscience) de vous exposer ainsi à la critique et que, bien souvent, vous l’acceptez.

    Cordialement
    Philippe Hervieu

  8. Tout d’abord je tiens à souligner qu’il s’agit ici d’un blog, et qui dit « blog » dit « personnel ». Un blog comme celui-ci n’est absolument pas comparable à une revue et penser qu’une personne pourrait venir consulter ce blog pour « y chercher les oeuvres importantes de l’histoire du cinéma » est très gentil de votre part mais je ne le crois pas une seconde. Si c’était le cas, cette personne ferait une erreur de jugement en prenant le mauvais canal.

    Nous avons beaucoup moins de contraintes qu’un journaliste ou qu’une personne qui désire écrire sur le cinéma : d’une part, je peux me permettre d’émettre un avis réservé sur des films que « l’histoire du cinéma jugera certainement comme fondamentaux » car ce n’est tout simplement pas mon rôle de déterminer ce que l’Histoire gardera. La seconde différence avec un journaliste professionnel, différence qui est un vrai luxe à mes yeux, est que je considère que je n’ai rien à prouver. Je n’ai donc pas à chercher à chercher ailleurs une justification à mon jugement, ni à me conformer à un modèle, ni même à rechercher l’adhésion de mes lecteurs.

    Non, je n’ai pas la prétention de déterminer la valeur cinématographique absolue d’un film. Ce n’est pas un blog qui peut faire référence…. Ce n’est ni dans son but, ni dans ses (mes) possibilités. En revanche, si la lecture de ce blog peut donner à certaines personnes l’envie de voir des films qui sortent des sentiers battus, ce sera une bonne chose. Et cela, il peut le faire, et il le fait d’ailleurs. A mes yeux, la richesse du cinéma réside en sa pluralité et le pire danger est l’uniformisation.

    Maintenant, sur le fond, on se retrouve face à la classique différence de conception sur l’approche du cinéma, sur l’importance du scénario, etc… Personnellement, mon attitude face au cinéma a évolué, j’en suis conscient, et j’ai maintenant une approche plus hédoniste (du cinéma et d’autres choses d’ailleurs… serait-ce l’âge ? ). Je comprends parfaitement les arguments que vous employez (même si cela remonte à un certain temps, j’ai été abonné aux Cahiers un bout de temps) mais, tout simplement, je ne partage pas (plus) vos vues et, oui, j’accorde beaucoup plus d’importance au scénario qu’à la forme, oui j’aime éprouver des émotions en regardant un film, oui j’aime que l’on me raconte des histoires… Voilà 3 affirmations qui risquent fort me faire immanquablement classer parmi les ignorants aux yeux de certains 🙂

    Sinon, pour revenir à vos arguments, je trouve tout de même que votre acharnement à prendre Luc Besson comme exemple trahit la volonté de faire une image facile. D’abord, il n’y a que deux films de Besson sur ce blog, deux films des années 80 d’ailleurs, soit largement avant qu’il ne devienne une sorte de Michael Bay à la française. Que dire sur ces deux films sinon que c’est effectivement efficace mais plutôt racoleur ? Mmmm ? Il a bien d’autres réalisateurs sur ce blog, il ne faut pas faire une fixation sur Luc Besson comme cela, juste pour fédérer son entourage… C’est trop facile !

    Votre dernière remarque (« je vous reconnais le courage de vous exposer ainsi à la critique ») m’a beaucoup amusé. Pas à cause de votre tentative d’explication qui n’est pas très gentille ( en gros : l’inconscience des imbéciles ; passons…), non ce qui m’amuse beaucoup, c’est que vous vous soyiez posé la question…

    Cordialement itou,

  9. Merci d’avoir pris le temps de répondre. Je vais faire de même. Ce sera un peu long, j’en suis désolé, mais il faut être précis.

    Sur Luc Besson.
    Je l’ai pris en exemple car il était en début de liste et que vos commentaires correspondent bien à ce qui me gène chez vous : vous le descendez avec de vrais arguments (pour une fois), mais vous lui accordez cependant des notes supérieures à Jacques Rozier ou Gus Van Sant, au nom de l’«efficacité ». Mais je vous l’accorde, j’aurais pu prendre un autre exemple : Jean-Pierre Jeunet. Légitimement descendu mais généreusement noté.

    Sur le 1er argument : le blog.
    Je pense qu’on atteint là une des limites d’Internet : sous prétexte qu’il s’agirait d’un espace personnel, on aurait le droit de dire tout et n’importe quoi. Pas de responsabilité engagée, puisque c’est «personnel». Je ne suis pas d’accord. D’abord, j’estime qu’un (bon) critique qui rédige un article dans une revue fait un travail tout aussi « personnel » que vous, sinon davantage. Ensuite, un blog est une communication que vous rendez publique. Ce faisant, je ne vois pas pourquoi vous échapperiez aux devoirs de toute personne qui s’exprime publiquement, dans une revue ou ailleurs: recherche de la meilleure argumentation possible et acceptation de la critique. Vous ne pouvez pas avoir le beurre et l’argent du beurre : “c’est public, mais c’est aussi mon petit univers privé”. Ce n’est pas possible. Bref, bien que personnel, votre blog ne vous dispense pas d’être exigeant.

    Sur le 2ème argument : l’initiation aux œuvres du cinéma.
    Vous dites que vous n’êtes pas le « bon canal ». D’abord, le fait que Le Monde figure dans l’adresse de votre site laisse penser qu’il s’agit d’un de ces blogs de journalistes spécialisés qui apportent des points de vues complémentaires à leurs propres articles. Donc, on se dit que ce qui y est écrit sera un petit peu sérieux. Ensuite, avec Internet, tout est mis sur le même pied d’égalité : le vrai et le faux, l’exact ou l’approximatif. J’ai fait un test en tapant quelques titres de films importants sur Google : « Double Messieurs » (votre fiche arrive en 2ème position et c’est aussi le premier point de vue disponible sur le film), « Du côté d’Orouët » (1ère position), « Maine Océan » (3ème), «Les Sacrifiés » (2ème), « Ainsi soit-il », de Gérard Blain (1er), Kenzo Sensei (3ème), « Va et vient » de Monteiro (2ème)… Ainsi, que vous le vouliez ou non, grâce aux algorithmes de Google qui vous donnent une exposition disproportionnée, beaucoup de gens passeront d’abord chez vous pour avoir une idée sur quelques films importants, films que vous défendez du bout des lèvres, ou, dans le pire des cas, que vous balayez d’un revers de la main, sans véritables arguments autres que les bâillements qu’ils vous ont inspirés. Personnellement, j’estime que cette visibilité vous donne quelques responsabilités.

    Sur le 3ème argument : le danger de l’uniformisation.
    Votre rhétorique devient un tantinet malhonnête en me plaçant – sans le dire vraiment mais en le laissant croire – dans le camp des uniformisateurs. Chacun jugera, en consultant les 2 listes figurant plus haut, qui, de vous et de moi, sort des « sentiers battus » et défend la diversité au cinéma.

    Enfin, « sur le fond ».
    Si vous avez lu un jour les Cahiers, vous les avez mal lus. Cette famille de pensée (dont je me sens proche, en effet) n’a jamais été contre le plaisir au cinéma (sauf, peut-être, durant sa période de dandysme maso-maoïste). Ça, c’est que les anti-Cahiers ont toujours voulu laisser croire. De façon malhonnête, car c’est un contresens total. Ce sont les Cahiers qui ont défendu Hitchcock quand la critique officielle le prenait pour un aimable amuseur de foules. Godard a ardemment défendu Le Tombeau hindou et Le Tigre du Bengale, deux films très grand public de Fritz Lang, méprisé par beaucoup à leur sortie. Plus tard, il y a 15 ans, Batman faisait la Une de la revue, quand Positif misait sur Angelopoulos (Angelochronopoulos, comme disait Daney). Positif, en effet, a souvent été plutôt du côté d’un cinéma pontifiant et moraliste. A l’inverse, les Cahiers ont valorisé la légèreté (Rozier, Tati, Stévenin…), c’est pour cela qu’ils ont raté, à l’époque, des géants comme Antonioni, Bergman ou Kubrick. Mais, dans le même temps, les Cahiers ont eu conscience que le cinéma reflétait aussi un état du monde, qu’il enregistrait la conscience d’une époque, et qu’étant devenu un média dominant, des responsabilités morales lui incombaient (cf. le fameux « travelling de Kapo »).

    Tout cela pour dire qu’opposer l’« hédonisme » et une approche exigeante, est un non sens. Un de mes films préférés est Predator, et je mets également très haut Titanic dans la liste des grands films contemporains. C’est vous dire… Tout aussi absurde est d’opposer, comme vous le faites, le scénario, l’histoire et la forme. Savez-vous que chaque ligne de dialogue des films de Rozier est écrite ? Que le scénario du premier film de Stévenin, Passe-Montagne, faisait 1000 pages (c’est en tout cas ce qu’il m’a répondu quand je lui demandais à quoi pouvait bien ressembler le scénario d’un film qui rend compte de sensations plutôt que d’émotions) ? Quant à Imamura, il ne vous est pas venu à l’esprit que ces «sautes scénaristiques», et ce «manque d’homogénéité» que vous lui reprochez sont justement la preuve de sa liberté d’artiste en fin de vie qui envoie balader les convenances d’écriture, le dosage bien mitonné, pour rechercher la spontanéité de la jeunesse enfuie, tester de nouvelles limites et expérimenter de nouveaux dispositifs cinématographique? Peu de personnes sur terre peuvent, à mon avis, donner des leçons de scénario à Shohei Imamura. Si votre rôle, via ce blog, est si modeste que vous le dites, pourquoi vous arroger un tel droit ?

    La façon dont vous justifiez votre renoncement au principe d’exigence confirme l’hypothèse que j’émettais précédemment : vous ne prenez pas (plus) le cinéma au sérieux. Même quand il est sensé faire rire (cf. The Party). La phrase que vous avez placée en exergue de votre blog en dit long : « Plus que des critiques de films, ce sont des commentaires… ». Comprenez : l’art, c’est chiant ; réfléchir sur l’art, c’est très très chiant. Cet abandon, ce refus de la réflexion, tellement dans l’air du temps, m’inquiètent énormément. Surtout lorsque ce discours se retrouve en tête des index de Google.

    Il est d’autant plus regrettable que vous n’ayiez plus la foi, que vos réactions face au cinéma embaumé de Jean-Pierre Jeunet et Luc Besson montrent qu’il vous reste encore quelques bons réflexes. Alors, ne laissez pas tomber. Ressortez les films de Rozier, de Stévenin, d’Akerman, de Tsai Ming Liang et de Monteiro… et entrez dans leur univers. Laissez vous porter, renoncez à une partie de vous-même, redevenez des enfants, retrouvez cette capacité d’émerveillement que vous aviez autrefois devant tout ce qui était différent, nouveau, incohérent. Un film, c’est quelqu’un que vous ne connaissez pas qui vous écrit une lettre, vous donne des nouvelles de son petit coin du monde. Sa lecture ne demande aucun effort intellectuel : c’est un tapis volant qui vous emmène très loin en Vendée, dans le Jura, à Bruxelles ou à Taipei. La réflexion vient après : qu’est-ce qui c’est passé ? Pourquoi ? Comment ?

    Bonne journée.

  10. Mmm, à propos de Jeunet, j’accepte la critique car il se trouve que pour Amélie Poulain, film que je trouve creux et racoleur, j’ai artificiellement ajouté une étoile à ma note (passant de 2 à 3)… Mon but avec ce petit tour était de faire en sorte que mes arguments portent mieux (en le notant 0 et 2, ceux qui ont aimé le film, et ils sont bigrement nombreux, n’allaient pas lire… 😉 Je ne suis pas certain d’avoir eu raison de faire cela ; d’ailleurs c’est la seule fois.

    En insistant sur l’aspect personnel d’un blog, je ne cherche pas à fuir mes responsabilités. Je souligne la différence entre une revue sur le cinéma et un blog sur le cinéma qui est plus informel, qui n’émane pas d’un professionnel, etc… Peut-être que la confusion existe dans l’esprit de certaines personnes, mais c’est à mon avis temporaire (les blogs sont un phénomène récent). La phrase en exergue « ce ne sont que des commentaires » est là pour rappeler cette différence (et non pas pour dire que « l’Art c’est chiant » comme vous l’avez supposé).

    Si je sors parfois dans les premiers résultats de Google, notamment pour les exemples que vous citez, c’est souvent parce que presque personne ne parle de ces films. Parfois cela m’embête d’être bien placé, comme sur Maine-Océan, où j’ai fait en sorte de redescendre… Publiez un article sur Maine-Océan, et vous sortirez certainement très bien sur Google.

    A propos du danger de l’uniformisation, ce n’était nullement mon propos de vous classer parmi les uniformisateurs. Vraiment pas.

    Sur ce que vous dites sur les Cahiers, je suis d’accord avec vous sur le rôle qu’ils ont joué. Je ne suis pas anti-Cahiers et il ne faut pas compter sur moi pour leur casser du sucre sur le dos… simplement je ne partage pas entièrement cette conception du cinéma, ne serait-ce que sur l’importance à accorder au scénario (non pas dans son sens technique… mais dans le sens « support d’une histoire »). Le fond du problème est là à mon avis. Et il faut arrêter avec l’argument « vous ne considérez pas le cinéma comme un art »… sinon je vous sors un argument tout aussi passe-partout : « vous voulez placer le cinéma dans une tour d’ivoire ».
    :-))

    Cordialement

  11. Merci
    Je n’ai rien à ajouter. Bonne continuation.
    Ah si, une chose. Ce serait une bonne idée de permettre à vos visiteurs de noter aux aussi les films. Chacun comparera les notes, et les films que vous n’aimez pas seront peut-être « sauvés » par le public.
    Mais c’est peut-être compliqué techniquement à mettre en place.

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