18 juin 2006

Broken Flowers (2005) de Jim Jarmusch

Broken Flowers Elle :
Un célibataire endurci qui s’est fait plaquer par toutes ses compagnes part sans conviction à la recherche d’un fils hypothétique à travers l’Amérique. Solitaire, prostré devant sa télévision, cet homme interprété par un Bill Murray impassible contemple sans rien faire le vide abyssal de son existence. On retrouve la patte de Jarmusch face à cette Amérique désenchantée, sa prédilection pour les errances et son amour pour la musique. Ce road-movie amer et teinté de touches d’humour transforme le regard de cet homme qui revit le passé en rencontrant quatre anciennes compagnes vingt ans plus tard. Peu à peu, il s’intéresse au devenir de cette filiation sans toutefois pouvoir agir car il est trop tard. Un bon film sur le temps qui passe mais que j’ai trouvé un peu lent. Je préfère toujours les premiers Jarmusch tels que Stranger than Paradise, Down by Law ou encore Nights on Earth.
Note : 3 étoiles

Lui :
« Broken flowers » est une lente introspection, triste et mélancolique, d’un homme qui a vécu avec plusieurs femmes et part à la recherche de celle qui lui affirme qu’il a un fils. Jim Jarmusch se complaît à prendre certains clichés hollywoodiens à contre-pied : cet homme qui possède les attributs classiques de la réussite sociale est totalement passif, pris en main par un voisin, débrouillard et pauvre. D’ailleurs, la façon dont Bill Murray interprète son personnage évoque par moment Buster Keaton par son apathie apparente. On ne sent même pas de désenchantement dans cette dégringolade où chaque rencontre est pire que la précédente ; non, juste une très grande mélancolie. Jarmusch réussit une nouvelle fois à faire un film d’ambiance, avec entre autres une belle utilisation de la musique. Cependant, le personnage joué par Bill Murray n’a pas toute la force qu’il faudrait et le film apparaît souvent excessivement lent. Il a toutefois le grand mérite de se situer tout à fait en dehors des schémas classique du cinéma hollywoodien actuel. D’ailleurs, qu’Hollywood ait vendu ce film comme une comédie est une chose qui me dépasse un peu. Sans doute est-ce du fait de la présence de Bill Murray, car personnellement je trouve ce film effroyablement triste, à l’image de sa scène finale, très courte, très simple, mais aussi assez terrible en soi.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Bill Murray, Jeffrey Wright, Sharon Stone, Jessica Lange, Julie Delpy
Voir la fiche du film et la filmographie de Jim Jarmusch sur le site IMDB.

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31 mai 2006

Mon petit doigt m’a dit… (2005) de Pascal Thomas

Mon petit doigt m'a dit... Elle :
Malgré le talent de Catherine Frot et d’André Dussollier, je ne suis pas parvenue à aller jusqu’au bout de cette fantaisie policière adaptée d’un roman d’Agatha Christie. Le mélange de burlesque à l’intrigue finit par agacer et nuit au suspense de l’histoire. On finit par s’ennuyer profondément.
Note : pas d'étoile

Lui :
Dans Mon petit doigt m’a dit, Pascal Thomas est parvenu à bien rendre ce subtil mélange d’intrigue et de dérision que l’on peut trouver dans certains romans policiers anglais, ceux d’Agatha Christie en l’occurrence, le tout saupoudré de ce petit côté désuet qui place l’ensemble un peu hors du temps (un petit côté “Club des 5″). Les aspects éventuellement un peu sordides de l’intrigue policière sont ainsi parfaitement contrebalancés par une série continuelle de petites touches d’humour, au premier rang desquelles se trouve le métier, totalement improbable, de Dussollier qui évolue dans un monde militaire assez croquignolesque. Comme d’habitude, Catherine Frot excelle dans son rôle de femme gentiment farfelue. L’ensemble donne un film léger, assez hors normes, mais vraiment plaisant. Un vrai et bon divertissement.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Catherine Frot, André Dussollier, Geneviève Bujold, Laurent Terzieff, Valérie Kaprisky
Voir la fiche du film et la filmographie de Pascal Thomas sur le site IMDB.

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Note : Le roman d’Agatha Christie « By the pricking of my thumbs » a été également adapté pour la télévision anglaise en 2006, une version qui semble avoir été peu appréciée.

2e note : Intrigué par le titre anglais du roman (« By the pricking of my thumbs », littéralement « Par le fourmillement de mes pouces »), j’en ai recherché la signification…
Cela vient de Macbeth :
By the pricking of my thumbs,
Something wicked this way comes.

Shakespeare fait référence à une croyance remontant à l’époque romaine qui disait qu’un fourmillement dans le pouce gauche était l’un des indices annonciateurs de l’influence du Mal.

16 mai 2006

Le souffleur (2005) de Guillaume Pixie

Le souffleur Elle :
Un film atypique à l’univers décalé dont le personnage principal est un souffleur de théâtre pris de vertige quand il sort de son trou pour retrouver le cycle de la vie. Ce personnage lunaire est interprété par le réalisateur lui-même. Ce premier film très court est une comédie légère et pleine d’humour absurde, même si le scénario manque un peu d’épaisseur et n’est pas exempt de maladresses.
Note : 3 étoiles

Lui :
Pour son premier film, Guillaume Pixie joue sur le registre de l’humour gentiment absurde et décalé. C’est plutôt réussi car on rit bien alors que son histoire est totalement invraisemblable… C’est en tout cas d’un style peu courant dans le cinéma et il mérite tout notre intérêt.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Guillaume Pixie, Frédéric Diefenthal, Linda Hardy, Elodie Navarre
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12 mai 2006

La Petite Chartreuse (2005) de Jean-Pierre Denis

La   Petite Chartreuse Elle :
Un film sobre sur la rencontre émouvante entre la petite Eva plongée dans le coma et un libraire, ancien alcoolique meurtri qui l’a renversée accidentellement. La mère délaisse sa fille incapable de faire face et s’en remet complètement à cet homme qui parvient à rentrer en contact avec Eva. Ces trois personnages ont le mal de vivre et ont besoin les uns des autres. Peu de dialogues mais plutôt des gestes de tendresse et des regards. Olivier Gourmet, Marie-José Croze et la petite Bertille Noël Bruneau jouent tout en retenue ce qui rend leurs personnages attachants.
Note : 4   étoiles

Lui :
Pour cette adaptation du roman de Pierre Péju, Jean-Pierre Denis réussit à faire un film d’une grande sobriété, tout en non-dits, où l’on découvre peu à peu la personnalité du personnage principal solidement interprété par Olivier Gourmet. Il y a donc beaucoup de délicatesse dans cet échange entre cet homme au passé chargé et une petite fille dangereusement frêle. Le film rend parfaitement toute la fragilité de cette union inopinée. Beaucoup de présence des acteurs dans ce film assez réussi.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Olivier Gourmet, Marie-Josée Croze, Bertille Noël-Bruneau
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10 mai 2006

Un fil à la patte (2005) de Michel Deville

Un fil à la   patte Elle :
(abandon rapide)

Lui :
Dans cette adaptation du plus célèbre vaudeville de Feydeau, Michel et Rosalinde Deville ont réécrit entièrement les dialogues pour lui donner une orientation plus moderne, notamment dans la place que tiennent les femmes. Le début de Un fil à la Patte est assez tonitruant, peut-être même un peu trop, avec des personnages et une camera qui virevoltent dans tous les sens. La suite nous laisse plus de répit et le plaisir visible que prennent les acteurs à jouer est communicatif : Charles Berling est merveilleux, Emmanuelle Béart, mutine et charmante et Timsit, emprunté à souhait. Michel Deville montre une grande maîtrise dans la mise en scène, extraordinairement fluide tout en étant fringante et même parfois étourdissante. Une réussite.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Emmanuelle Béart, Charles Berling, Patrick Timsit, Dominique Blanc, Stanislas Merhar, Tom Novembre, Julie Depardieu, Sara Forestier
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13 avril 2006

Nèg maron (2005) de Jean-Claude Flamand

Titre original : « Neg mawon »

Nèg maron Elle :
(pas vu)

Lui :
Centré sur deux jeunes, ce film antillais est une chronique sociale sur la Guadeloupe, loin des clichés et des cartes postales. Ces deux jeunes sans avenir vont basculer, involontairement, de leur monde de petits larcins vers des choses plus graves. Le film est assez convaincant, joué avec beaucoup de conviction. C’est cette authenticité qui fait la réussite du film : aucun misérabilisme, aucun artifice. Les dialogues sont un peu durs à comprendre au début mais l’on s’y fait rapidement.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Admiral T., Didier Daly, Stomy Bugsy
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8 avril 2006

Trouble (2005) d’ Harry Cleven

Trouble Elle :
(pas vu)

Lui :
Dès le début de ce thriller, le réalisateur utilise les codes traditionnels du genre pour créer une atmosphère lourde : infra graves, images troubles… Ce maniérisme empêche un peu de s’intéresser à cette histoire de jumeaux qui se redécouvrent après de nombreuses années. On sait dès le départ que cela va mal se passer et la suite confirme bien entendu notre pressentiment, le dernier tiers de film devenant même assez sanglant. Peu de réelles surprises donc et beaucoup de « procédés ». Seul Benoît Magimel parvient à tirer son épingle du jeu en donnant une belle prestation, mais cela ne peut suffire hélas.
Note : 1 étoile

Acteurs: Benoît Magimel, Natacha Régnier, Olivier Gourmet
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1 avril 2006

Boudu (2005) de Gérard Jugnot

Boudu Elle :
(pas vu)

Lui :
Beaucoup plus simple que la version de Jean Renoir de 1932, ce Boudu version 2005 manque un peu de relief et d’étoffe. Si les trois acteurs principaux jouent sans surprise des personnages tout à fait conformes à l’image, il faut reconnaître que Depardieu est particulièrement à l’aise dans son personnage, on sent qu’il l’aime bien et c’est un plaisir de le regarder jouer. De son côté, Catherine Frot joue merveilleusement (une fois de plus) une bourgeoise gentiment fofolle et névrosée. Sans ces deux acteurs, le film serait assez ennuyeux. Les moments où les dialogues décollent sont hélas trop rares, mais on sent alors ce qu’aurait pu être cette comédie. Gérard Jugnot a gommé trop de choses, dans le personnage de Boudu notamment, pour arriver à un résultat gentillet, bourré de bonnes intentions mais tout de même un peu fade.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Gérard Depardieu, Gérard Jugnot, Catherine Frot, Constance Dollé
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25 mars 2006

De battre mon coeur s’est arrêté (2005) de Jacques Audiard

De battre mon   coeur s'est arrêté Elle :
C’est avec une caméra énergique et un montage nerveux que Jacques Audiard nous immerge de façon émotionnelle et physique dans l’univers de Thomas, un jeune homme partagé entre l’emprise intéressée d’un père malfrat et le passé d’une mère pianiste décédée. On alterne entre le monde glauque et violent des magouilles immobilières et le milieu feutré des pianistes dans lequel Thomas tente d’entrer. Dans ce rôle d’homme tantôt tourmenté, parfois cruel ou touché par la grâce, on découvre un Romain Duris époustouflant. Comme transfiguré par la découverte de lui-même, on assiste avec émotion à sa transformation intérieure qui va lui permettre de s’affranchir de son passé familial douloureux et de construire son avenir. Un beau film plein d’intensité.
Note : 5 étoiles

Lui :
Avec De battre mon coeur s’est arrêté, Jacques Audiard réussit un film assez sombre où l’on retrouve ce côté biface que l’on avait dans son film précédent Sur mes lèvres : son personnage principal a en effet deux visages, la face sombre (le petit malfrat) et la face claire (le pianiste, l’amant). Le film est, par extension, à la fois policier et psychologique. Il filme cela en longs plans assez serrés avec une caméra à l’épaule très mobile et étonnamment efficace. Il est indéniable que Jacques Audiard a su se développer un style. Le film n’est pourtant pas sans défaut, on peut lui reprocher un certain côté macho et surtout d’être exclusivement centré sur son personnage principal : sans l’excellente prestation de Romain Duris (qui prouve ici qu’il ne faut pas le cantonner aux rôles d’adolescents attardés), le film ne tiendrait certainement pas car il n’y a aucune place pour les personnages secondaires qui sont, de ce fait, tous très fades.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Romain Duris, Niels Arestrup, Aure Atika
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21 mars 2006

La marche de l’empereur (2005) de Luc Jacquet

La   marche de l'empereur Elle :
Rien à dire sur la qualité de ces paysages extraordinaires de banquise bleutée dans lesquelles évoluent maladroitement les silhouettes fragiles des manchots. Les compositions et cadrages sont de toute beauté. La faiblesse du documentaire réside dans la bande son de musique assez mièvre et dans les voix off de Romane Bohringer et de Charles Berling qui traduisent en mots les pensées de ces manchots. Cela frise parfois le ridicule. Ces voix sont trop lointaines et pas suffisamment convaincantes pour nous tenir en haleine. Il aurait mieux valu utiliser une bonne voix off chaleureuse pour donner de l’information. Dommage car un certain ennui se fait sentir au bout d’un moment. Le making of m’a davantage intéressée. Dans le même genre, j’ai préféré le Peuple Migrateur ou La Planète bleue.
Note : 3 étoiles

Lui :
De bien belles images et un sujet assez étonnant mais le parti pris de faire « parler » les manchots n’est pas très heureux : rapidement cela agace. Un commentaire traditionnel eut été plus adapté. La bande musicale paraît aussi un peu déplacée. Le documentaire sur le tournage est plus intéressant que le film, ce qui est un peu gênant tout de même.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Charles Berling, Romane Bohringer
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