17 juillet 2015

The Big Lebowski (1998) de Joel Coen et Ethan Coen

The Big LebowskiJeff Lebowski, qui se fait appeler The Dude ( = « Le mec »)(1), passe le plus clair de son temps à flemmasser, fumer des joints et jouer au bowling avec ses deux copains. Un soir en rentrant chez lui, il est tabassé par deux malfrats qui veulent récupérer une forte somme d’argent due par sa femme. Jeff n’est pas marié. Il est évident qu’il y a erreur sur la personne. Effectivement, Jeff a un homonyme, un millionnaire surnommé The Big Lebowski auquel il va rendre visite : il espère ainsi obtenir un dédommagement pour son tapis sur lequel l’un des malfrats a uriné… Dans la filmographie des frères Coen, The Big Lebowski vient juste après Fargo. Il en reprend un peu l’esprit mais va beaucoup plus loin dans l’humour et la loufoquerie. L’histoire rebondit sans cesse, chaque situation en entraîne une autre, encore plus ubuesque que la précédente. L’humour est omniprésent et il ne fléchit jamais ; les dialogues sont savoureux. A sa sortie, The Big Lebowski n’a pas vraiment conquis le public mais, peu à peu, il est devenu extrêmement populaire et même adulé. On peut penser que le personnage de sympathique loser (figure récurrente chez les Coen) fédère plus dans le monde des années 2010 que quinze ans auparavant. Jeff Bridges et John Goodman sont particulièrement remarquables.
Elle: 3 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi, Philip Seymour Hoffman, John Turturro
Voir la fiche du film et la filmographie de Joel Coen et Ethan Coen sur le site IMDB.

Voir les autres films de Joel Coen et Ethan Coen chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur les frères Coen

The Big Lebowski
Jeff Bridges, Steve Buscemi et John Goodman dans The Big Lebowski des Frères Coen.

Remarques :
* Dans l’une des versions modifiées pour la télévision américaine, la phrase « This is what happens when you fuck a stranger in the ass! » aurait été changée en « This is what happens when you find a stranger in the Alps! »
Si cette anecdote (lue sur IMDB) est vraie (ce dont je doute un peu), je me demande comment ils ont fait pour les 291 autres utilisations du F-word (comme disent les américains) : 3 fois par minute en moyenne, on n’est pas loin des Affranchis de Scorsese!

* Le personnage de Walter (joué par John Goodman) serait inspiré de John Milius, scénariste et réalisateur (de Conan le Barbare notamment) assez réactionnaire, fana des armes et de tout ce qui est militaire, et que les Coen connaissent bien !

* Clin d’oeil à Fargo : Steve Buscemi qui était un véritable moulin à paroles dans Fargo ne peut en placer une car John Goodman n’arrête pas de lui dire « La ferme ! » dès qu’il commence à ouvrir la bouche.

(1) On aurait envie de dire à celui qui a traduit (pour la V.F.) « The Dude » par « Le Duc » qu’il n’a vraiment rien compris au film… Comme il l’explique lui-même, Jeff Lebowski n’aime pas son nom car il le trouve trop distingué, trop particulier. Il veut se fondre dans la masse. Il ne va donc pas se faire appeler « Le Duc ». En fait, il s’est choisi un surnom le plus anonyme possible : « le mec ».  Et c’est là un point assez essentiel de son caractère.

3 réflexions sur « The Big Lebowski (1998) de Joel Coen et Ethan Coen »

  1. Il ne faut pas oublier que le doublage impose de choisir des mots dont la prononciation est conforme aux mouvements des lèvres. Bien sûr, il peut y avoir des entorses ponctuelles, masquées dans le flot des répliques, mais un terme qui revient souvent et parfois de façon isolée doit impérativement respecter cette règle élémentaire. Sinon, cela heurte le regard (ou plutôt la correspondance entre regard et oreille), cela choque inconsciemment puis consciemment, et cela « distrait » du film (et donne une piètre opinion du doublage). Un mot dont la prononciation est totalement déphasée du mouvement des lèvres conduit vraiment à détourner l’attention et signifie un vrai « ratage ».

    Ici, je suppose que les traducteurs se sont arraché les cheveux. L’attaque par un D est très très marquée visuellement, et ne laisse pas beaucoup de latitude. « Le type » aurait sans doute pu faire approximativement l’affaire pour l’attaque du mot… mais aurait été complètement décalé sur la fin de l’articulation (le P de type étant incompatible avec le mouvement des lèvres du D final de Dude).

    Ils ont manifestement choisi la cohérence visuelle au détriment du sens. C’est contestable, bien sûr… mais ce n’est sans doute pas dû au fait de n’avoir « rien compris au film ». C’est un compromis. Peut-être pas le meilleur, mais réalisé probablement en conscience et en ayant pesé le pour et le contre (et en ayant conscience du « contre »).

    ————–

    La traduction dans les sous-titres est différente… et elle est souvent clairement différente dans la plupart des films, d’ailleurs réalisée par une autre équipe. Pour les sous-titres, la contrainte est celle de la « place » disponible pour une lecture en un coup d’œil, sachant qu’il faut en outre que ce soit synchronisé avec les attitudes (un long discours ne peut pas être « découpé » n’importe comment dans les sous-titres, il faut parfois condenser ou synthétiser… quitte à laisser un petit temps vide ensuite, à cause des expressions corporelles, du rythme, etc.).

    Il est très instructif de s’amuser à suivre un film étranger en VF… avec les sous-titres français ;-). Cela donne réellement deux fils très différents ! En général, celui des sous-titres est à la fois plus complet et plus proche de l’original.

    Raison de plus pour préférer les VO sous-titrées.

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    J’ai remarqué toutefois que les sous-titres reprennent parfois les choix « clefs » du doublage (sans doute pour éviter une trop grande rupture entre les deux). Ainsi, dans Le bon, la brute et le truand (dont la traduction du titre est déjà très discutable, puisque la traduction littérale est : « Le bon, le laid et le truand »), le doublage a choisi d’appeler le personnage de Clint Eastwood « Blondin ». C’est idiot, vraiment idiot dans le fond, puisque ça laisse penser que c’est son nom (ça sonne comme un patronyme, et personne n’utilise ce terme en français pour un nom commun)… alors qu’en italien il s’appelle simplement « le blond », ou « blondinet ». C’est un surnom !

    Pour moi, ce choix d’avoir traduit biondo par « Blondin » (et je crois que dans les sous-titres ils mettent même une imbécile majuscule) est une trahison aussi importante que ce « le Duc ». Cela fait prendre pour un nom ce qui est un surnom, or le fait que le personnage joué par Eastwood ne soit pas nommé (contrairement aux deux autres) est fondamental dans ce film. C’est un élément-clef de son « identité », ou plutôt de sa non-identité (idée dont Sergio Leone se resservira… et Eastwood aussi, d’ailleurs).

    Pour le doublage, je comprends (exactement comme pour « le Duc ») : il est impossible de faire correspondre « blondinet » au mouvement des lèvres d’un mot dissyllabique. Pour les sous-titres, je ne comprends pas vraiment qu’ils reprennent cette trahison inutile. Mais voilà, certains choix sont « mythifiés » et deviennent immuables, même lorsqu’ils sont objectivement imbéciles : simplement parce que « on a l’habitude qu’il soit appelé Blondin ». Pfff…

    Je viens de constater d’ailleurs que les auteurs de la fiche Wikipédia française du film de Leone « n’ont rien compris au film », et là, c’est certain : ils s’acharnent à présenter le bon sous le nom Blondin, considéré comme un patronyme et en n’ayant manifestement rien compris de ce qu’il recouvre. Re-pfff…

    ————–

    À ce sujet, il est impératif de voir le film Tigre et dragon en VO sous-titrée, car la scène « presque finale » dans la grotte, qui est absolument centrale et assez magnifique au sujet de la relation entre Li Mu Bai et Shu Lien (pour qui connaît un peu le bouddhisme et le stade ultime auquel Li Mu Bai est sur le point de parvenir), est totalement massacrée dans la VF (que j’ai vue un jour par hasard, heureusement après avoir vu le film en VO). Il était sans doute impossible aux traducteurs de faire « coller » aux mouvements des lèvres la réplique sublime de Li Mu Bai — et la trahison est bien plus grave que d’avoir traduit ici « the Dude » par « le Duc ». À l’impossible, nul n’est tenu. Mais là, ça gâche tout.

  2. Ah, merci pour tous ces détails.
    Oui, c’est très possible que ce soit dans un soucis de cohérence visuelle mais je me demande si ce n’est pas plus simplement pour que cela sonne mieux…

    C’est vrai qu’en France, personne ne va se faire appeler « le mec » ou « le gus »… Ceci dit, je crois que personne ne se serait fait appeler The Dude non plus aux Etats-Unis (du moins avant la sortie du film). D’ailleurs le narrateur (le cowboy) dit bien au début du film que, là d’où il vient, personne ne voudrait d’un nom pareil.

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