12 novembre 2009

Le voleur (1967) de Louis Malle

Le voleurElle :
(pas vu)

Lui :
En adaptant un roman de Georges Darien, écrivain de la fin du XIXe siècle assez violemment anti-bourgeois, Louis Malle gomme les motivations sociales et politiques du héros, un bandit de haut vol, pour se concentrer sur l’aspect reconstitution. Sur ce plan, Le Voleur est assez remarquable, l’atmosphère de la société 1900 est parfaitement et minutieusement restituée. En revanche, le contenu manque quelque peu de sel et il ne reste que les performances d’un voleur dans le style Arsène Lupin sans flamboyance. Le film paraît ainsi très froid et semble même un peu vain, sans enjeu et sans portée (même si on peut penser que certains personnages secondaires, comme le curé dévoyé, pouvaient choquer les esprits beaucoup plus en 1967 que maintenant). De plus, il n’est pas certain que Jean-Paul Belmondo ait été le meilleur choix pour ce rôle, il semble totalement décalé dans ses habits et n’a pas l’élégance que son personnage est censé avoir. En revanche, les seconds rôles sont parfaitement tenus, surtout du côté féminin, avec une mention spéciale pour Geneviève Bujolds qui est absolument lumineuse dans ce film. Toutefois, au final, Le Voleur nous laisse sur un sentiment de déception.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Jean-Paul Belmondo, Geneviève Bujold, Marie Dubois, Julien Guiomar, Paul Le Person, Françoise Fabian, Marlène Jobert, Charles Denner
Voir la fiche du film et la filmographie de Louis Malle sur le site IMDB.

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8 réflexions sur « Le voleur (1967) de Louis Malle »

  1. Puisque personne ne fait de commentaire, je m’y résoud enfin. Je vous trouve un peu dur avec ce film qui est loin d’être le pire de Louis Malle. Il est assez proche finalement du roman de Darien. Mais il y a deux défaut, le premier est d’avoir fait jouer Belmondo qui a une allure trop rustique pour ce personnage de bourgeois déclassé. Le second c’est que Darien ne voulait pas dans son ouvrage donner un sens moral particulier, mais seulement dénoncer l’absurdité d’uen société cupide. Il me semble que de ce point de vue Louis Malle a réussi son pari.
    Bref J’y aurais mis une note un peu plus relevée.

  2. Le film est d’une ironie mordante à l’égard des bourgeois. Je trouve Belmondo excellent car sa nonchalance et sa désinvolture traduisent parfaitement son dégout de la société française. Le reproche qui lui est fait d’être à contre-temps de son personnage par ses manières frustres, est au contraire, selon moi, une qualité.
    Au delà de la dénonciation des valeurs bourgeoises, ce film traduit aussi l’incompréhension de la France gaullienne à l’égard des aspirations de la jeunesse des années 60.
    L’atmosphère froide du film est une illustration de la froideur d’une société intéressée uniquement par l’argent et sans aucun sentiment.
    Une grande réussite !

  3. Au contraire , je trouve que Belmondo est parfaitement cynique et tout à fais bien dans son role .comme il dit  » je fais un sale métier mais j’ai une excuse , je le fais salement . » les roles féminins sont exceptionnels .marie Dubois , lumineuse en femme vénale ,g. Bujold très jeune fille de bonne famille ,j. Guiomar convaincant , comme toujours ; il y a les possédants , les ouvriers et les voleurs .au xxI ème siècle , rien n’a changé .La différence de classe est toujours là .on comprend qu’il est eu des mouvements anrchistes à cette époque .Très bon film que je regarde souvent .

  4. Excellent film « dégommé » par la critique. !!! Guiomar et denner y sont pour beaucoup dans la réussite de cet excellent film qui reste un des 5 films les plus désespéréments noirs que je n’ai vu. Bebel, complètement à contre emploi joue juste. Louis Malle a été, quoi qu’en pense la critique, très bien inspiré… D’ailleurs, en le regardant plus de 40 ans après, il n’a pas pris une ride. Par contre il est vrai qu’à sa sortie en 67, les critiques attendaient, vue l’époque, peut être quelque chose de plus « choquant »… Ben non, Malle a fait un film qui était fait pour rester et non un film « daté » et creux, ce qui explique pourquoi les critiques sont passés à côté…

  5. c est un excellent film tout semble à sa place je ne vois pas maintenant qui aurai pu tenir le role de Belmondo je trouve meme que c est lui qui donne de la hauteur à ce film les autres acteurs sont excellents aussi (Guiomar Denner Dubois )
    un regret je ne le vois pas assez souvent passer à la telé et je ne l ai pas dans ma video theque
    Salut à toutes et à tous

  6. Le caractère « froid » du film, regretté par le critique, donne en fait au film une couleur de désenchantement global. On est loin de l’ambiance de fantomas ou de la panthère rose.

  7. Un chef d’oeuvre. le meilleur rôle de Belmondo dans le registre sérieux. C’est dur, froid, cynique, très impressionnant. Dans un genre un peu différent malgré tout il renvoie au journal d’une femme de chambre de Bunuel adapté d’un roman d’Octave Mirbeau, grand auteur désespéré de la fin du XIXè. On retrouve la même ambiance. J’adore ce film. Merci pour votre site

  8. PORTRAIT D’UN MARGINAL
    Je n’avais encore jamais pu voir ce film, je ne sais pourquoi, le cycle actuel consacré à Jean Claude Carrière (scénariste adaptateur du Voleur) à la cinémathèque a vaincu cette lacune
    C’est un portrait d’homme dans une société, celle du XIX° finissant
    Réalisé avec talent, esprit et humour noir par Louis Malle qui, on le sait, a choisi avec le cinéma une émancipation violente de son milieu (issu d’une famille de riches industriels) et trouvant sans doute ici des échos, pour ne pas dire un alter égo de fiction fantasmée avec le personnage de Georges Randal
    Malle, cinéaste solitaire, en marge, douloureux, élégant à l’image de son héros
    « Tu es froid comme une lame » dit un des personnages au voleur. Le film est à la hauteur de cette réplique (brillant dialogue de Daniel Boulanger) : d’une beauté froide et élégante mais aussi attachante (comme beaucoup d’autres Malle) à l’instar du héros, devenu voleur de « haut vol » par dépit, par défi, lui l’orphelin issu de la bourgeoisie, spolié de ses biens par un oncle qui lui refuse également la main de sa cousine, et qui fait de lui ce personnage de bourgeois se retournant contre sa classe en la dévalisant méthodiquement avec perte et fracas, froidement et sèchement comme autant de coups rendus par des perforations comme des saillies vengeresses (pied de biche et autres outils de travail…) « Vous avez l’air d’un homme bien élevé, et dire que vous avez une pince monseigneur dans votre poche »/ « Je fais un sale métier mais j’ai une excuse, je le fais salement » / « Vous faites plus de mal à un rentier en lui fractionnant son coffre-fort qu’en lui perçant le ventre »
    Le film est brillamment construit autour d’une scène pivot permettant différents flash-back, celle de la mise à sac d’une riche demeure bourgeoise familiale qui faillit être la sienne. Tout tourne autour du portrait du héros voleur (impressionnante distribution masculine et féminine) « C’est un bien sale métier que vous faites monsieur, mais comme c’est intéressant ». En le cernant on découvre un individualiste qui s’oppose à l’ordre établi non pour le changer vraiment – il n’est intéressé que par sa propre cause – mais pour, comme il le dit, désosser la carcasse bourgeoise. »Je vole, donc je suis » C’est en cela que la film de Malle est subtil et réussi; « Détruire la propriété! Vous voulez scier la branche sur laquelle vous êtes assis! – C’est bien ce qui me dérange »
    Pour lui la liberté n’a que le goût de la solitude (il refuse l’argent et la femme de sa vie)
    La reconstitution fin de siècle de cette époque anarchisante (terroriste) où des bombes éclataient partout se superpose rétrospectivement à celle de la sortie du film fin février 67, à juste un an des événements de 68 et d’une France sclérosée
    Ce film noir tranchant comme un diamant dérobé, constitué d’un budget conséquent et d’une équipe artistique formidable, ne se savourerait pas aujourd’hui sans le dernier point abordé et qui est en fait son premier, je veux parler du choix et de l’interprétation de Belmondo, anti Cartouche anti Homme de Rio et Arsène Lupin. Il s’y révèle que l’acteur y est assez exceptionnel, froid, cynique, élégant, sobre, dur, méthodique, au phrasé parcimonieux, tenu et contenu, parfaitement incarné dans sa solitude de bourgeois voleur et dans sa philosophie de vie
     » – Et après ? – Après, je rentre, de nouveau je ne suis plus rien, j’attends la prochaine fois »

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