Titre original : Badlands
Elle :
En bref : Très beau film aussi bien sur le plan visuel que sur le plan scénaristique. Magie onirique de la lumière et de la nature, folie des contradictions humaines. Martin Sheen et Sissy Spaceck sont luminescents.
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Lui :
En bref : Beau premier film, quelque peu improvisé et fait sans grands moyens. Terrence Malick parvient à nous captiver avec ce récit de la fuite en avant de deux êtres sans logique ni repère.
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Acteurs: Martin Sheen, Sissy Spacek
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CAVALE FOLLE
« Puisque tout le monde est armé, faisons des vagues, et commençons par tuer le père »
J’extrapole en me mettant dans l’esprit de Kit « anti-héros » du premier film d’un Terrence Malick inconnu. Sans doute n’avais-je pas bien pris toute la fusion/distance que seul le temps permet, tout excité alors par une voie ouverte par Bonnie & Clyde d’Arthur Penn, réalisé cinq ans avant et dont je n’avais même pas relevé la présence au générique de son confrère. Certes le couple fusionnel formé par Martin Sheen et Sissy Spacek ne relevait pas du même glamour irrésistible que Beatty/Dunaway ; inconnus du public, ils prenaient une autre envolée, plus secrète, plus confuse, moins explicable, tout en suivant la même border line
Loin d’obtenir l’engouement public du film de son confrère, Badlands nous ramène sur la piste d’un couple de fugitifs amoureux, mais pour qui l’amour, où plutôt les relations physiques n’ont guère d’importance que boire ou manger ou tuer. Ce qui compte avant tout c’est cavaler à toutes berzingue à bord de bagnoles – on parle de Studebakers – dans les grands espaces (Sud Dakota) de ces « mauvaises terres » du titre où les fugitifs roulent vers la frontière suivante. De ces terres on ne verra jamais les cartes postales extraordinaires des paysages géologiques du parc, mais des immensités plates et prairies vallonnées où au milieu coulent aussi des rivières
Avant même leur échappée, le couple est criminel : le meurtre du père/« beau-père » qui lui-même avait occis à bout portant le chien de sa fille en représailles de ses fréquentations. Ils en feront autant : une balle/un meurtre pour autant de gens croisés aussitôt après avoir foutu le feu à la maison paternelle autant pour ne pas laisser d’indices que pour se débarrasser des encombres du passé. Seul le présent compte. Différence avec le film ainé : Kit et Holly ne courent pas du tout après le dieu Dollar, ils aspirent simplement à une forme de liberté et ne savent pas qu’elle n’existe pas selon leur désir
Tout cela dans un style de grande liberté aidé d’une photo magnifique (quatre directeurs de la photo) où la nature est omniprésente
Le côté littéraire de cette cavale fusionnelle est assuré par la voix off de la fille qui semble lire dès la première minute des fragments passés d’un journal anodin qu’elle tient, bien qu’on ne sache jamais d’où cette voix provient
Ces jeunes gens taiseux tous les deux – elle toute jeune étudiante mineure aux taches de rousseur et tenues proprettes, encore mal dans sa peau, n’ayant rien d’une Marilyn ou d’une Bonnie Parker, lui dix ans de plus dans une vie désolante – videur de poubelles – décrit par les autres comme un clone de James Dean (dont Sheen joue à plein), une autre fureur de vivre, car lui se verrait plutôt chanteur comme Nat King Cole, n’ont jamais l’un comme l’autre connu de filles ni de garçons, d’aventures, dégagent une forme d’innocence et ont des rêves qu’ils ne savent formaliser. Bien sur, on le sent, on le sait, ces rêves vont tous se fracasser, on a compris déjà que tout explosera mal, comme un Eden rêvé que l’on détruit sans l’avoir déjà reconnu ; mais avec le sentiment d’y laisser leurs traces en restant totalement imperméables au tragique qu’ils sèment, qu’ils s’aiment. Ce n’est pas le final interminablement hoquetant de Bonnie & Clyde. Lors de leur arrestation en douceur et presque légèreté, Kit se fait photographier et filmer telle une star accoudée à une carlingue d’avion donnant une conférence de presse décontractée, distribue des affaires personnelles comme des talismans et signant des autographes
On apprit plus tard que ces personnages étaient des personnes qui existèrent dans les années 50 et dont le fait divers servit de modèle, et je découvre que Malick himself joue un caméo dans le rôle d’un visiteur se faisant éconduire échappant ainsi à une balle
On connaît La forme d’une ville de Julien Gracq, on pourrait gloser ici sur La forme d’un film – Malick n’est certes pas le seul à œuvrer sur ce point précis – mais il faut admettre qu’ils sont peu à jouer dans cette cour (la suite de l’oeuvre le confirmera)