14 août 2005

Nos meilleures années (2003) de Marco Tullio Giordana

Titre original : « La meglio gioventù »

Nos meilleures années Elle :
J’ai complètement craqué pour Nos meilleures années, un film de six heures qui rappelle la belle époque du cinéma italien. Marco Tullio Giordana se livre à une brillante et bouleversante analyse de la société italienne des dernières quarante années. Pour cela, il choisit de suivre passionnément le destin d’une famille et plus particulièrement celui de deux frères dont les parcours vont s’opposer. Mattéo, le solitaire est idéaliste et coléreux. Nicola, le médecin tourné vers les autres, sacrifie sa vie pour sa femme terroriste. Cette saga familiale souligne les idéaux qui animent la jeunesse, l’envie de se trouver une place dans la société pendant qu’autour règne la violence, la corruption. Les évènements politiques qui ont marqué l’Italie défilent sous nos yeux. Les utopies s’estompent au fur et à mesure que les années défilent. Les personnages finissent par se couler dans le moule et se fondre dans le système. Les personnages sont très attachants. Leur vie s’égrène et fait étrangement écho à la nôtre. Le réalisateur est très sobre dans sa mise en scène même s’il sait faire appel à l’émotion quand besoin est. Enfin, c’est une réelle performance de tenir le spectateur en haleine pendant six heures.
Note : 5 étoiles

Lui :
Ce film de six heures nous fait suivre le parcours de deux frères depuis 1966 jusqu’en 2000. La chaleur humaine qui se dégage de Nos meilleurs années est franchement remarquable, elle engendre une extraordinaire proximité des personnages. Le scénario ne repose pas sur une succession de catastrophes ou d’évènements particuliers mais plutôt sur des seconds rôles assez hors du commun, ce qui permet à l’histoire d’aborder plusieurs domaines, politiques notamment, même si ces domaines sont quelque peu survolés. Marco Tullio Giordana parvient à faire passer beaucoup d’émotions, sans jamais abuser d’effets faciles et au final les 6h de film sont passionnantes à suivre.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Luigi Lo Cascio, Alessio Boni, Adriana Asti
Voir la fiche du film et la filmographie de Marco Tullio Giordana sur le site IMDB.

Voir les autres films de Marco Tullio Giordana chroniqués sur ce blog…

14 réflexions sur « Nos meilleures années (2003) de Marco Tullio Giordana »

  1. J’ai aussi apprécié ce film. Le côté balayage des 40 dernières années m’a fait penser à Forest Gump. À défaut d’avoir fait une grande carrière au cinéma (2 x 3 heures), j’espère qu’il aura un certain succès en DVD.

  2. C’est vrai que c’est le genre de film qui convient bien au support DVD. Il est sorti en coffret de 3 DVD.

  3. J’ai aussi beaucoup aimé ce film (projeté en 2 séances au cinéma). Surtout la première partie. J’ai été transportée par l’histoire et l’Histoire : aussi « confortable » qu’un bon long roman.

  4. Un film stupéfiant et particulièrement attachant qui à lui seul réunit une palette des sentiments qui nous animent un moment ou à un autre de notre existence ,comme l’amour,la passion,la différence , la haine,le désespoir,l’amitié,la joie l’espérance et les regrets.
    Des acteurs tellement talentueux qu’ils nous invitent à partager leur quotidien et on y croit , car l’émotion vous étreint au fil des évènements . Six heures de pur bonheur à regarder en version originale cela va de soit !

  5. Le handicap majeur des films est leur brièveté. Lorsque nous entrons dans un roman, même court, le choix nous est accordé : lire plus ou moins rapidement, s’autoriser des pauses multiples ; cette liberté donne le temps à notre mental d’être apprivoisé par les personnages, de colorer notre réceptivité à leurs plaisirs ou souffrances par une sensibilité, un panel d’émotions, qui ont tout le temps de prendre leur place. La vision d’un film nous interdit cette prise de contact à vitesse variable. L’absorption se fait d’un trait, sous peine de cassure dommageable dans l’impact du déroulement narratif. Nous voici donc en présence d’êtres inconnus, souvent totalement étrangers à notre monde, parfois nombreux, avec lesquels nous devons nous familiariser, qui ont pour mission de nous faire pénétrer dans leur vécu ponctuel et de nous émouvoir. A peine commençons-nous à vibrer, que les cent minutes, gorgées d’événements divers, de digressions nombreuses, sont terminées ! Loin d’entrer en sympathie avec ceux qui sont apparus sur l’écran, notre ressenti a souvent effleuré seulement leur ombre…
    L’un des éléments déterminants de la réussite d’un film, réside dans sa capacité à savoir créer un pont de communication entre les personnages et les spectateurs. L’envoûtement exceptionnel que dégage, par exemple (et à mon sens, bien sûr !), « Il était une fois en Amérique », tient sans doute à la savante imbrication du vécu de Noodles à différentes périodes. Le film dure 4 heures, certes, et cet aspect technique n’est pas négligeable. Mais c’est surtout l’élément « multi-époques vitales » qui génère l’intimité profonde que l’on peut ressentir : Noodles n’est pas saisi dans le créneau restreint d’une étape personnelle mouvementée, dont l’avant et l’après nous sont dissimulés. Il est enfant, adolescent, jeune adulte, presque vieillard. Ce sont tous ses âges que nous parcourons, qui défilent devant nous, et auxquels nous sommes sensibilisés, donnant l’impression que nous avons l’opportunité de partager tout ce qu’il a été.
    Cette longue digression pour en venir à l’aspect positif des téléfilms, qui sont, bien souvent, considérés comme des sous-films. Ce mépris est parfois justifié, lorsque la durée devient un but, provoquant répétitions ou délayages. Dans le cas présent, six heures semblent une durée bien dérisoire, tant l’attachement que nous éprouvons pour tous les personnages de cette oeuvre prend rapidement l’aspect d’un partage privilégié, d’une affection intime. Historiquement, plusieurs décennies sont balayées par le récit : les inondations catastrophiques de Florence, l’élan libertaire de 1968, la sombre période des « Brigades rouges », l’assassinat des juges en Sicile… Mais le réalisateur ne s’appesantit à aucun moment sur l’aspect documentaire. La multitude des changements sociaux ne donne jamais l’impression d’un parachutage artificiel, manipulé, ne prend jamais le chemin d’une simplification arbitraire. Tous les événements sont une toile de fond sur laquelle évoluent des individus simples, qui pourraient être nos amis, dont on suit l’évolution avec l’émotion quotidienne qui nous étreint lorsque l’un de nos proches partage ses joies ou ses peines. Avec une fluidité remarquable, la narration suit les méandres évolutifs de chacun, glisse sans heurt d’une époque à une autre, caresse avec sensibilité et tendresse les transformations personnelles, les penchants, les désirs, les choix cruciaux, les dérives mentales, passe progressivement des aspirations instinctives de la jeunesse aux élans de l’âme qui, dans la seconde partie, conduisent ceux qui ont su grandir malgré les épreuves, ou à cause d’elles, vers une harmonie intérieure capable de guérir la descendance. 
    Matteo, particulièrement émouvant, incapable de trouver sa place harmonieuse dans le cercle de famille, Nicola et ses idéaux humanitaires, Giulia, écartelée intérieurement entre ses pulsions extrêmes, Giorgia, la belle malade fermée au monde, Carlo, le brillant économiste, Mirella Utano (Maya Sansa) et la lumière qui transperce son regard, Sarah (Camilla Filippi), capable de l’un des actes les plus difficiles qui soient à notre ego : le pardon… Tous, qu’ils soient d’ombre ou de lumière, sont peints avec une spontanéité, un respect, une tendresse, une générosité, un naturel, qui les rendent immédiatement sympathiques, au sens propre du terme. Si nous vibrons aussi facilement à toute la gamme de leurs émotions, c’est parce qu’ils sont observés avec les yeux du cœur. Pas d’esbroufe, pas de grands élans lyriques, pas de réalisation clinquante, la communion demeure toujours au niveau de l’expérience intime, rendant l’assimilation des sentiments vécus par l’ensemble des protagonistes, quels que soient leurs tendances ou tempéraments, immédiatement possible par tout humain normalement ouvert à l’émotion et à autrui.   Un hymne à la Vie merveilleux, qui recèle une qualité aussi précieuse qu’exceptionnelle : la capacité de faire germer, à travers les deuils, les souffrances, les désespoirs, les amours avortées, qui sont le lot de tout humain, la vibration du bonheur dans l’âme de celui qui accepte de résonner avec lui. 
    ( Un léger bémol, bien secondaire, sur le doublage de certains personnages (le père de famille, Angelo, par exemple), qui manque de naturel et semble plaqué artificiellement sur la bande originale. )

  6. Il est assez étrange de venir commenter une critique de film longtemps après sa mise en ligne… et alors que je n’ai pas revu le film en question depuis sa sortie !

    Mais il m’avait suffisamment marqué pour que j’en garde un souvenir très précis, et pour que j’aie envie d’ajouter quelques mots.

    D’abord une précision qui manque dans la présentation : ce film si bien « équilibré » en tant qu’œuvre cinématographique était au départ une saga télé de 6 épisodes d’un peu plus d’une heure chacun. Ce détail éclaire le rythme particulier du récit (il y a dans chacune des « deux parties » de sa diffusion en salles, trois « époques » avec leur cohérence propre… et pourtant parfaitement enchaînées sans que l’on s’aperçoive de ce fait si on ne le sait pas). Comme les BD qui paraissaient deux pages par deux pages et dont on se délecte encore plus en le sachant et en devinant les « chutes » hebdomadaires à peine perceptibles une fois le récit présenté en un seul bloc (ex : les Spirou de Franquin), ce film témoigne d’une maîtrise parfaite de l’articulation « longue durée / rythme intermédiaire ».

    Ensuite une impression : que les personnages sont « beaux » ! L’empathie de Nicola, évoquée dès le premier « épisode » par son examinateur du diplôme de médecin, est présente tout au long du film. Un homme qui doute, qui aime, qui écoute, qui va sans cesse vers les autres – et que la subtilité et les doutes tiennent éloigné d’un terrorisme qui aurait pu le séduire. Un « juste ». Je n’ai pas d’autre mot.
    Les doutes de Matteo sont plus violents, mais lui aussi est attachant et nous touche. Mirella est d’une grâce lumineuse, malgré un nombre limité de scènes (qui n’est pas tombé amoureux de Maya Sansa en voyant ce film ?).

    Enfin, l’arrière-plan politique et historique est juste assez effacé pour que l’histoire reste celle d’humains « à notre hauteur », et juste assez présent pour que nous nous trouvions plongés dans ces 40 années en ayant l’impression de les vivre de l’intérieur et en comprenant (un peu) les facteurs d’évolution des personnages.

    Lorsque je suis sorti de la « première partie » de 3 heures du seul cinéma qui diffusait le film en VO, j’étais terriblement déçu de devoir attendre le lendemain pour pouvoir accéder à la deuxième partie (elles étaient diffusées en alternance). Et lorsque je suis sorti de la « deuxième partie », je me suis surpris à me dire « Quoi, déjà fini ? » et à être déjà nostalgique et orphelin de ces personnages.

    Si ce n’est pas un chef d’œuvre, j’ignore le sens de ce mot. Mais j’avoue : étant amoureux fou de l’Italie, mon regard est certainement biaisé. Pour autant, je pense que quelqu’un qui est indifférent à ce pays et à son histoire ne peut que changer d’avis en le voyant.

  7. J’oubliais : Nos meilleures années ne manque pas de références à Nous nous sommes tant aimés. De nombreux personnages peuvent être croisés d’un film à l’autre… mais dans des positions différentes (certains personnages de « Nous nous sommes tant aimés » se retrouvent séparés en deux personnages distincts de « Nos meilleures années », et vice-versa), et le schéma narratif possède de nombreuses correspondances.

    Bien sûr, l’arrière-plan politique est plus discret dans Nos meilleures années, mais les deux films témoignent d’un même amour de leur réalisateur respectif pour ses personnages.

    Cette comparaison (très partielle) n’est en rien une critique : c’est selon moi une forme d’hommage, particulièrement réussi.

  8. J ai revu recemment pour la troisième fois ce film extraordinaire depuis sa sortie lors de l été 2003. À chaque vision je replonge dedans comme lors de la premiere fois, l émotion est toujours aussi forte et l on apprécie des détails nouveaux. Exemple de points qui m ont marque : Scène de témoignages lors du procès des méthodes psychiatriques, discussion de Nicolas avec son copain Carlo sur les raisons qui poussent ce dernier a rester en Italie en dépit de la menace terroriste qui pèse sur ses epauĺes, interview du paysan mafieux sicilien qui na rien vu rien entendu, disputes conjugales qui finissent toujours bien des parents carats..Je l ai vu accompagné d alorscents de 13 a 16 ans qui ne connaissent pas l Italie et de personnes plus âgées qui ont vécu l ensemble de ces événements et il y a une unanimite denchantemen

  9. Je viens de revoir La meglio gioventù, et je reste bouleversé et scotché par cette fresque étonnante.

    Après cette deuxième vision, je suis particulièrement épaté par l’épaisseur des personnages et des situations humaines. À plusieurs reprises, je me suis surpris à avoir l’impression de passer un moment agréable avec des amis — avec tout ce que cela implique, notamment le fait qu’il ne peut pas y avoir de « longueurs », car dans ces moments humains forts, même des scènes où il ne se passe pas grand chose sont intenses, pleines. Les retrouvailles récurrentes entre les uns et les autres nous touchent, s’inscrivent dans un « tout » qui fait que même les épisodes les plus anodins sont emplis de chaleur et d’humanité, que même des discussions anecdotiques nous captivent et nous impliquent.

    L’air de rien se construit une trame d’une intensité humaine rare. Et pour ne rien gâter, les personnages principaux sont complexes, réalistes, incroyablement bien campés. Matteo le tourmenté qui ne supporte pas de ne pas pouvoir maîtriser sa vie sociale comme il maîtrise un livre et qui ne cesse de fuir, si beau, si brillant, si fragile et violent à la fois, si touchant. Nicola le « juste », l’attentionné plein d’humour et de vivacité, toujours tourné vers les autres et toujours respectueux de la liberté de ceux qu’il aime, même quand il s’aperçoit trop tard qu’il faut parfois retenir et affronter *. Giovanna la grande sœur qui donne toute sa vie à son idéal judiciaire mais qui reste un point fixe pour cette fratrie qu’elle adore. Le père et la mère, typés mais sensibles, complexes. Carlo et Berto, les amis pour la vie, si opposés l’un de l’autre et même parfois un peu décalés du récit, et pourtant toujours complémentaires de Nicola. Giulia l’écorchée vive faussement froide, qui se perd peu à peu dans un engrenage mental et militant qui lui a permis d’extérioriser sa colère mais finit par la broyer. Mirella la lumineuse, dont la personnalité extravertie se heurte au mystère de Matteo, avant sa maturité appaisée. Giorgia enfin, qui déclenche tout sans presque jamais agir, victime brisée par un système psychiatrique carcéral et tortionnaire puis sauvée et émancipée, littéralement libérée des chaînes mentales que l’hôpital carcéral ne cessait d’alourdir, dans une évolution psychiatriquement vraissemblable et en toutes petites touches.

    Tou·te·s sont d’une finesse rarement vue au cinéma, sans doute parce que le film prend le temps de les faire exister sans avoir besoin de les réduire à des archétypes ou des situations marquantes. Mais au delà du scénario et du montage, cette performance n’aurait pas été possible si M.T. Giordana et son équipe n’avaient pas réussi à choisir pour chaque rôle l’acteur ou l’actrice parfait·e. Ils et elles sont tellement leurs personnages qu’il m’est impossible d’imaginer une seule permutation, une seule amélioration dans le casting.

    La scène magnifique ** qui conclut presque le film (avant l’épilogue au Cap Nord) est caractéristique de cet équilibre entre mise en scène, interprétation et rythme (non-précipité). Les deux personnages marchent, se regardent parfois, et leurs regards ne se croisent pas forcément : M.T. Giordana prend le temps d’installer une situation « réelle », où chacun n’agit pas forcément en symétrie de l’autre. Idem après l’intervention du troisième personnage (quel frisson à ce moment-là, quel plaisir de le revoir !), les regards entre les deux ne se recoupent pas, il y a ces hésitations et décalages de la vraie vie. La séquence prend le temps nécessaire. Et comme cela conclut un film entièrement construit avec cette finesse et cette profondeur, nous y sommes totalement impliqués.

    Au tout-début du film, quand Nicola passait son examen de médecine, un vieux ponte iconoclaste lui avait donné deux points de bonus pour « sympathie », cette capacité (si précieuse pour un médecin) de se mettre à la place de l’autre. Voilà qui résume sans doute la démarche de M.T. Giordana dans sa mise en scène, sa direction d’acteurs et son montage : il arrive à nous faire totalement entrer dans la vie de ses personnages ***. Je comprends maintenant pourquoi je me sentais si perdu en sortant du cinéma après la fin de la deuxième partie, pourquoi j’aurais voulu que le film dure encore et encore : comment les quitter après les avoir aussi intensément accompagnés ?

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    * L’attachement de Nicola à laisser aux autres leur liberté et à ne pas les contraindre, qui le conduit deux fois à d’infinis regrets, est en outre parfaitement cohérent avec le combat de sa vie : ouvrir les hôpitaux psychiatriques en contribuant à abattre la psychiatrie carcérale, sortir les autres de leurs prisons physiques et mentales. Son amour est respectueux et attentionné, et ce n’est pas un archétype « trop parfait » car tout est parfaitement cohérent. Et il doit apprendre à s’opposer parfois à sa propre nature.

    ** Tel que je relate cette scène, quelqu’un qui n’a pas encore vu le film ne pourra pas deviner de quels personnages il s’agit, et il ne faut surtout pas lui dire ! Mais celles et ceux qui l’ont vu sauront de quelle scène je parle. Elle est banale, et exceptionnelle. Elle n’est rien, elle est tout.

    *** Et je ne sais où et comment introduire un autre mot qui résume la démarche de M.T. Giordana ici : la tendresse. Il porte sur tous les personnages un regard qui ne juge pas mais qui aime, chacun tel qu’il est, chacune telle qu’elle est. Rarement aussi j’ai vu des personnages filmé avec autant de tendresse. De réalisme, de complexité évolutive (grâce au cadre temporel large), oui, mais de tendresse.

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