30 juin 2005

Le désordre et la nuit (1958) de Gilles Grangier

Desordre_nuitElle :
Polar classique bien filmé avec un Gabin qui enfile le costard d’un flic qui succombe aux charmes d’une prostituée. Pas courant pour cet acteur. Le meurtre du proxénète à élucider, un trafic de drogue, une superbe musique de jazz dans un club considéré comme un lieu de perdition, les lumières de la ville dans la nuit. Bref, les ingrédients habituels du film noir. On peut reprocher un scénario un peu mince ainsi que certains clichés. A voir pour l’ambiance.
Note : 3 étoiles

Lui :
Assez beau film noir, avec un Gabin qui excelle dans son style « monolithe au grand coeur ». L’atmosphère « nuit parisienne » est complète avec ses clubs où l’on joue du bon jazz, ses petits truands qui roulent en grosses voitures américaines. Un film noir fort bien ficelé, le genre qui ne vieillit pas.
Note : 3 étoiles

Acteurs:  Jean Gabin, Danielle DarrieuxPaul Frankeur, Robert Manuel, Nadja Tiller, Hazel Scott
Voir la fiche du film et la filmographie de Gilles Grangier sur le site imdb.com.

2 commentaires sur « Le désordre et la nuit (1958) de Gilles Grangier »

  1. LE CREPUSCULE DU DESORDRE

    14 Mai 58. A Alger, en insurrection, on exige le retour de Gaulle afin que l’Algérie «reste française». La décolonisation n’est pas encore à l’ordre du jour. Ce qui, donne, par exemple, dans ce « Désordre »: Hazel Scott (actrice et chanteuse noire américaine): «Je suppose que vous êtes le flic ?» Lui (Gabin): «Et vous la négresse !» Sans commentaire
    Aussi, Grangier nous emmène dans le milieu des boites de jazz parisiennes mal fréquentées où l’on écoute de la musique chantée par des noirs ! C’est très exotique. Un flic trouve même ça «osé».
    14 mai 58. A Paris, entre «Maigret tend un piège» (sorti en janvier) et «En cas de Malheur» (en septembre) sort le vrai dernier film de sa seconde et grande carrière. Dans ce «Désordre» où il nous semble plus jeune et moins pépère que chez le consciencieux Delannoy («Maigret tend un piège»), pour la dernière fois, les jeunes filles aiment ses yeux bleus, son indépendance, sa force tranquille, ses colères et même les paires de baffes qu’il leur administre. Jacques Robert et Audiard l’ont planté en flic amoureux, alcolo, solitaire, mal vu par sa hiérarchie, mais efficace. Un personnage précurseur pour le roman, le cinéma et la T.V. Une rôle sans suite pour lui.
    Désormais, dans cette Ve république gaullienne, place aux vieux « dabes » ou « Pachas », aux gentilhomme déchus, aux patriarches bougons et atrabilaires. Ils sont là, eux aussi, pour les dix ans qui viennent !
    Pour cette dernière valse du «Gabinos» (dixit Arletty) Danielle Darrieux est de la fête. Superbe encore. Là, en bourgeoise folle amoureuse, jusqu’au crime, d’un beau voyou. On songe encore à «Bébé Donge» ! Nadja Tiller apparaît. Incandescente fille de très bonne famille allemande, happée, évidemment, par les nuits parisiennes et la drogue, et aux prises avec la pègre. Une Romy Schneider non aboutie. Dommage.
    Mais nous ne sommes pas prêts d’oublier. D’ailleurs, il se passe quelque chose entre elle et notre Jeannot national. Du moins ils réussissent à nous le faire croire. Comme qui dirait un Trouble. Nous les retrouverons, comme dans une suite, sept ans plus tard, grâce au « Rififi à Paname» de La Patellière. Elle, en ancienne maîtresse de Lui et mariée au meilleur ami et complice de Lui. Ils n’en mourront pas, mais le mari et ami (trafiquant d’or et, surtout, d’armes en direction du Cuba de Castro !) si ! Mais plus rien de troublant. Ronronnant plutôt. Un charme envolé.
    Mais ce qui fascine également dans ce «Désordre» c’est le recours incessant jusqu’à saturation des miroirs. On réfléchit (presque) dans chaque scène. Ce n’est pas nouveau, seulement là ça frise la schizophrénie et on s’interroge. Pourquoi cette galerie de glaces ? C’est évident, Grangier a vu et revu «Miroir» (1947) de Raymond Lamy, avec déjà un Gabin décalé et à double face, traversant les miroirs
    Ce «Désordre» ne vaut peut être pas la «Razzia sur la Chnouf» quoi que…Grangier n’est pas Decoin, du moins quand ce dernier veut bien se donner la peine de l’être. Mais voilà un très bon cinéaste naturaliste. Et même un peu mieux que çà…Là, son meilleur film.

  2. RAFLES SUR LA VILLE

    C’est le printemps du polar sur arte où je viens de déguster cette plutôt bonne cuvée, la meilleure de Gilles Grangier – aux dires de IVANI ci-dessus – réalisateur dont je connais peu la filmographie et qui a beaucoup fait tourner Gabin

    Ce polar réaliste tourné aux studios de Boulogne démarre sur un solo de batterie dans une boite de nuit en désordre, pleine comme un oeuf du coté de l’Etoile, saxo, trompette et foule dansante (on voit Jean-Pierre Cassel faire de la figuration), puis un air de polar prend la relève, toute une faune s’installe et cause, cause, une chanteuse noire apparait en blanc et chante d’une voix voilée en s’accompagnant au piano une de ces mélodies comme on les entend dans les séries noires, puis le patron du lieu, un certain Simoni (Roger Hanin) se fait vite dessoudé au bois, bref toute une entrée en matière avant que n’arrive le lendemain la vedette sur les lieux, l’inspecteur solitaire et borné de la PJ chargé de l’enquête de routine, temps argentées, sapé d’un costard rayé, cravaté, imper mastic au col relevé, 83,4 kgs avec son chapeau (on l’apprendra plus tard), c’est, vous l’avez reconnu, Jean Gabin en fin de sa deuxième période
    « J’ai peut être pas l’air d’un inspecteur de police, mais j’en suis un » dit-il à la fille
    Dès la première rencontre, la fille de la boite (elle s’appelle Lucky, révélation de Nadja Tiller, jolie allumeuse amoureuse au visage ovale et yeux brillants, camée et tragique) 23 ans, embarque le flic. Et en sortant tous deux de la boite de jazz, après avoir marché sous la pluie : « Regarde la lumière, comme ça brille, on croirait marcher sur des paillettes », le flic, bientôt 60 ans, couche tout de go avec la fille qui pourrait être sa fille, et pendant qu’elle se déshabille en plusieurs temps dans la chambre d’hôtel de passe, il la questionne. Ici, un doute : couche t’il parce qu’il en a envie, parce qu’elle lui plait, ou par ce qu’il veut lui soutirer des renseignements?
    Après une ellipse, on les retrouve plus tard, c’est à dire après. Tandis qu’elle est toujours au lit, il est déjà rhabillé (le spectateur pense à juste titre que Gabin ne s’est pas déshabillé) et reprend, c’est à dire poursuit son interrogatoire. Elle dit : « Tu es un bon amant mais un sale flic », et le spectateur reste dubitatif
    La fille chante seule au milieu de tous et seul le flic la regarde, champ, contre-champ, l’amour nait, superbe photographie de ce moment, avant que ça ne devienne une passion. « Entre l’amour et la passion, il y a autant de différence qu’entre le jour et la nuit »
    Le film bénéficie d’un excellent dialogue presque poétique d »Audiard, d’enchainements de bonnes séquences plutôt bien construites jusqu’à la fin, de bistrots en rafles, de tractions en attractions, de nuits grises en nuits noires, et du parfum volatile qui émane encore du flacon de cet ouvrage qui n’a rien d’une grande oeuvre mais tient toujours la route malgré l’absorption de doubles Pernod/Rhum servis par un barman blasé

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