18 novembre 2011

Toute la ville danse (1938) de Julien Duvivier

Titre original : « The Great Waltz »

Toute la ville danseTourné par Julien Duvivier aux Etats-Unis (1), Toute la ville danse est une biographie (très) romancée de Johan Strauss. Le scénario est assez indigent, sombrant dans le mélo aussi conventionnel qu’affligeant. Mais l’intérêt de Toute la ville danse n’est pas là… Son premier atout, ce sont les morceaux musicaux, joliment recréés dans leur environnement naturel dans le Vienne du XIXe siècle. Son deuxième atout réside dans la superbe photographie et l’étonnante virtuosité technique : la caméra virevolte, semble légère, nous entraîne dans un tourbillon enivrant (2). Le troisième atout est la soprano russe Miliza Korjus. Toute la ville danse D’une grande beauté, elle fait preuve d’une extraordinaire présence à l’écran et illumine le film autant par son sourire que par sa voix. Sa carrière cinématographie commence et, hélas, se termine avec ce film (3). Au final, à condition d’être (très) indulgent avec le scénario, Toute la ville danse est un bon et beau divertissement musical. Dans un registre assez inhabituel pour lui, Julien Duvivier a su créer un grand succès.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Luise Rainer, Fernand Gravey, Miliza Korjus, Hugh Herbert, Lionel Atwill
Voir la fiche du film et la filmographie de Julien Duvivier sur le site IMDB.

Voir les autres films de Julien Duvivier chroniqués sur ce blog…

Remarques :
La fin du film (les adieux près du bateau à aubes et la création-éclair du Beau Danube Bleu) a été tournée par Josef von Sternberg. Certaines scènes de valses auraient été tournées par Victor Fleming.

(1) Le succès de Pépé le Moko avait retenu l’attention des dirigeants de la M.G.M. qui invitèrent Julien Duvivier à venir à Hollywood tourner Toute la ville danse. Le film terminé, Duvivier est rentré en France. Il reviendra à Hollywood pendant la guerre, de 1940 à 1945.
(2) On trouve parmi les mémos de David O.Selznick une requête adressée à l’équipe d’Autant en Emporte le vent alors en cours de tournage : « Je désire vivement que toute l’équipe technique voie immédiatement The Great Waltz qui est, à mon avis, l’une des meilleures réalisations techniques d’Hollywood depuis plusieurs années. »
(3) Miliza Korjus fut nominée aux Oscars pour ce rôle. Hélas, victime l’année suivante d’un accident automobile où elle faillit perdre une jambe, elle ne tournera d’autres films si ce n’est un (assez obscur) film mexicain pendant la guerre. Elle poursuivra toutefois sa carrière de chanteuse d’opéra.

Autres films sur la vie de Johan Strauss :
Waltzes from Vienna (Le chant du Danube) d’Alfred Hitchcock (1933)
The Great Waltz (Toute la ville danse) d’Andrew L. Stone (1972)

22 juin 2011

Romance inachevée (1954) de Anthony Mann

Titre original : « The Glenn Miller story »

Romance inachevéeLui :
Romance inachevée n’est pas la première biographie d’artiste portée au cinéma mais, par l’immense succès qu’il rencontra, le film d’Anthony Mann a créé les codes hollywoodien du genre… un maniérisme qui perdure dans les ‘biopics’ d’aujourd’hui. Cette biographie du chef d’orchestre et arrangeur de jazz Glenn Miller est simplifiée ; elle n’est pas exempte, loin de là, d’anachronismes. Le film reste toutefois intéressant grâceRomance inachevée au talent de James Stewart qui ressemble étonnamment au vrai Glenn Miller (voir la photo ci-contre) et qui apporte une grande humanité au personnage. Intéressant grâce aussi au talent d’Anthony Mann qui, s’il paraît un peu maladroit dans les plans d’orchestre, manie l’ellipse avec délicatesse. Il montre ainsi plus souvent les conséquences : par exemple, il nous fait apprendre rapidement la mort de Glenn Miller par la bouche de militaires et, dans le plan suivant, sa femme (June Allyson) a déjà appris la nouvelle (1). Anthony Mann évite ainsi les excès de pathos ou les effets trop appuyés qui auraient alourdi l’ensemble. Si l’on peut regretter ses côtés les plus conventionnels, Romance inachevée est plaisant, facile à regarder, doté d’une capacité à vous mettre de bonne humeur. Sur le plan musical, il est en tous cas assez riche (2). Peu connu en France, le film reste, encore aujourd’hui, très populaire aux Etats-Unis.
Note : 3 étoiles

Acteurs: James Stewart, June Allyson, Harry Morgan, Charles Drake
Voir la fiche du film et la filmographie de Anthony Mann sur le site IMDB.

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Remarques :
(1) En revanche, le message post-mortem final est une invention scénaristique puisque Glenn Miller a enregistré Little Brown Jug en 1938, donc ce morceau ne pouvait être joué pour la première fois en décembre 1944… C’est toutefois une invention scénaristique brillante car il est difficile de rester insensible à cette scène finale.
(2) Sur le plan musical, on notera Basin’ Street Blues dans le petit club de Harlem par Louis Armstrong, Gene Krupa (batteur), Cozy Cole (2e batteur), Barney Bigard (clarinette) et Babe Russin (sax), Chatanooga Choo Choo chantée devant les troupes en Angleterre par Frances Langford et Les Modernaires et, bien entendu, tous les morceaux les plus célèbres de Glenn Miller.
Ben Pollack (le batteur et chef d’orchestre qui a embauché Glenn Miller dans les années 20) joue son propre rôle ; il avait toutefois à l’époque le même âge que Glenn Miller,  24 ans.
Dans tout le film, c’est Murray McEachern (tromboniste de Benny Goodman) qui a doublé James Stewart au trombone. Henry Mancini et Joseph Gershenson ont assuré la direction musicale. John « Chummy » MacGregor (pianiste de Glenn Miller) a été conseiller.