James Bond est chargé d’enquêter sur un certain Goldfinger, un milliardaire obsédé par l’or. L’homme va se révéler être bien plus dangereux qu’escompté…
C’est avec ce troisième volet de ses aventures que le mythe James Bond prend une ampleur inégalée. Les producteurs réalisent un sans-faute commercial par une habile campagne de préparation et en plaçant la majorité de l’intrigue aux Etats-Unis afin de gagner définitivement le public américain. Cet épisode ancre définitivement les ingrédients et le style de la série. L’histoire est bien équilibrée et les innombrables invraisemblances n’ont aucune importance car elles nourrissent le « rêve ». Le détachement, très empreint de flegme britannique, est toujours de mise : le méchant a des rapports très courtois avec l’agent secret tout en ayant la ferme intention de le tuer. Le modernisme est encore plus poussé avec l’utilisation d’un laser (peu connu à cette époque) et l’introduction de l’Aston Martin aux multiples gadgets. Guy Hamilton a une approche sans doute moins esthétique que Terence Young mais se montre efficace dans sa réalisation : il sait indéniablement créer des scènes fortes qui restent dans les esprits. Goldfinger est sans doute le premier blockbuster du cinéma moderne : le succès fut en effet fulgurant et planétaire, James Bond devint un phénomène de société. Pour un film britannique (c’est à dire non américain), c’est vraiment assez unique.
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Acteurs: Sean Connery, Gert Fröbe, Honor Blackman, Shirley Eaton, Tania Mallet, Harold Sakata, Bernard Lee
Voir la fiche du film et la filmographie de Guy Hamilton sur le site IMDB.
Voir les autres films de Guy Hamilton chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur James Bond…
Remarques :
* Quelques semaines avant la sortie du film, Ian Fleming décédera d’une crise cardiaque durant une partie de golf.
* Gert Fröbe est doublé (par Michael Collins) car l’acteur allemand ne parle pas anglais (contrairement à ce qu’on avait affirmé à Guy Hamilton).
* La majorité du tournage s’est déroulé en Angleterre. Sean Connery n’a même pas mis les pieds aux Etats-Unis pour le tournage.
Dean Connery dans Goldfinger de Guy Hamilton.
Gert Fröbe dans Goldfinger de Guy Hamilton.
Honor Blackman (ex-Avengers) dans Goldfinger de Guy Hamilton.
Harold Sakata dans Goldfinger de Guy Hamilton.
L’Aston Martin DB5 de James Bond dans Goldfinger de Guy Hamilton.
(Le modèle réduit Corgi Toys de cette Aston Martin allait faire la joie de toute une génération de jeunes bambins.)
« Goldfinger » est le maitre-etalon de ce que la serie deviendra suite a son enorme succes mondial. C’est tres justifie car le film est une merveilleuse distraction. Du pregenerique memorable dont Michel Audiard dira qu’il y a plus d’idees dans les 10 premieres minutes de « Goldfinger » que dans toute la Nouvelle Vague au climax dans l’avion.
Le film est rempli de scenes devenues celebres dont la moindre n’est pas la femme couverte d’or.
Le nom du personnage joue par Honor Blakman, Pussy Galore, failli etre change pour celui de Kitty Galore a cause du caractere tres audacieux et surtout tres ose de ce patronyme imagine par Ian Fleming, qui entre soit dit devait etre un fieffe coquin pour faire une chose pareille. Je ne l’ai vraiment compris que lorsque j’ai appris la signification du mot « galore » en francais, cela veut dire « a gogo ». Je presume que vous savez ce que « pussy » signifie. Et maintenant, vous savez le reste. Rooooooh!
Decouvrant la veritable signification de son nom, j’ai du coup immediatement compris pourquoi son equipe est entierement feminine, et pourquoi elle dit a l’espion anglais qu’elle est impermeable a son charme lors de leur premeire rencontre dans le film, Pussy Galore est une lesbienne que James Bond remettra dans le droit chemin.
Oui, le nom « Pussy Galore » n’est pas un parangon d’élégance… on peut même se laisser aller à le qualifier un tantinet vulgaire.
🙂
Pour moi, ce film est un mystère * – ou plutôt, explique très bien la dérive des films d’action. Il me semble difficile de critiquer la nullité (certaine) de nombreux films d’action actuels tout en admirant ce machin assez infâme : j’y renonce et dois admettre que ce film est mauvais.
OK, c’est vrai, Goldfinger enchaîne les scènes d’action de façon efficace, et a ouvert la voie aux films d’action hollywoodiens qui pullulent aujourd’hui (et qui n’existeraient sans doute pas sans des films comme celui-ci). Il a créé un genre bien plus que les deux précédent James Bond, dont le rythme était beaucoup plus lent et moins varié.
Mais vous parlez à raison d’innombrables invraisemblances, et c’est un même un festival de n’importe quoi puissance dix. Je ne suis pas sûr qu’il existe une seule situation du film qui soit cohérente avec celle qui précède, un seul comportement des méchants qui soit vraisemblable. J’ai rarement vu un scénario qui méprise à ce point les spectateurs. Je ne sais pas si le roman de Fleming était aussi lamentable, mais ça ne me donne pas envie de vérifier.
Et franchement, au-delà de la grossièreté réac immonde soulignée par Henry (le fait que Pussy Galore soit « une lesbienne que James Bond remettra dans le droit chemin »), la scène dans la grange n’est pas autre chose qu’une scène de viol. Elle est tout simplement insoutenable, d’autant plus avec le terrifiant « male gaze » conduisant à imaginer lourdement que « en fait elle aimait ça, la s… ». C’est presque une auto-caricature de masculinisme abject.
Alors, oui, c’est vrai : les films de James Bond ont toujours eu ce « male gaze » qui transforme toutes les femmes en objet sexuel, et des scénarios un peu débiles. Mais celui-là est quand même un des pires sur ces deux aspects. Reste l’efficacité des scènes d’action. Bof. Je ne vois pas pourquoi ce médiocre critère, considéré à raison comme insuffisant pour sauver les navets qui sortent à la pelle depuis 20 ans, devient magiquement rédempteur lorsqu’il s’agit de ce James Bond.
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* Quand j’écris qu’il est un mystère, c’est qu’il reste adulé malgré sa médiocrité éclatante et son sexisme nauséabond et militant, c’est qu’il ait pu littéralement créer un genre alors qu’il est bien moins bon, par exemple que l’opus précédent.
Ah, Goldfinger, le premier « vrai » film que j’ai vu ado, à sa sortie…
En 1964 ce film se voulait une aimable distraction style SF, mais il était finalement totalement prémonitoire, et bien en-deçà de la réalité actuelle: en 1964, l’once d’or valait 35 dollars, aujourd’hui 5000… bien mieux que le projet de Goldfinger, non? Et le petit laser prêt à griller les bijoux de famille de ce pauvre James, maintenant il grille un missile à des kilomètres, à la vitesse de la lumière…
Le meilleur, ce film était finalement aussi une terrible dystopie, qui est même dépassée actuellement: c’est quand même fort d’avoir inventé un personnage si excessif qu’il semblait impossible qu’il puisse exister un jour. Et pourtant, cette espèce de potentat rouquin arrogant a fini par exister vraiment, et en bien pire! Ah, la scène de la triche au golf… »Ils ne diront rien du tout, le golf est à moi ». Et cette scène a vraiment eu lieu, en Ecosse, le 28 juillet 2025! Qui a dit « Festival de n’importe quoi puissance dix »???
Vous croyez vraiment qu’on parlait de l’anecdotique scène de golf quand on soulignait l’incohérence délirante du scénario ?
Sérieusement, vous ne comprenez pas ce qu’est un scénario ? La question n’a jamais été la vraissemblance de personnages ou de scènes. La question est que chaque péripétie est impossible dans la continuité de la précédente, parfois même grotesque, comme si on avait des scénaristes différents qui avaient fait un « cadavre exquis » en écrivant chaque chapitre sans savoir ce qui s’était passé avant et ce qui se passerait après. Le plus grotesque étant le « revirement » magique de Pussy Galore, une caricature de ce que tout scénariste est censé apprendre à éviter à tout prix : le deus ex machina qui retourne toute l’action par magie sans aucune explication. À ce niveau-là, ça donne l’impression qu’ils voulaient boucler l’histoire coûte que coûte sans ajouter 10 minutes de scénario (on voyait parfois ça dans les BD en 44 planches qui étaient publiées en revue au fur et à mesure de leur écriture-dessin et qui bâclaient les deux dernières pages pour faire tenir le dénouement dans un format imposé ; or ici cette justification n’existe même pas).
(Quant au « potentat rouquin » du film, il est assez médiocre et anecdotique par rapport au « numéro 1 » de SPECTRE dans la même série de films, et carrément dérisoire par rapport au vrai potentat fasciste actuel ; donc pas prémonitoire puisque pas du tout dans le même registre de « pouvoir de nuisance »).
Incidemment, une réplique de l’opus suivant se moque directement et explicitement de l’absurde retournement magique de situation de celui-ci, ce qui prouve que soit Terence Young soit l’équipe de scénaristes a estimé que les réalisateurs de Goldfinger étaient allé un peu trop loin dans la facilité et la caricature. Ce n’est même pas moi qui le dis, ce sont les scénaristes d’Opération Tonnerre qui s’en moquent.