28 mars 2007

Touchez pas au grisbi (1953) de Jacques Becker

Touchez pas au grisbiElle :
Beau film noir psychologique où Becker nous emmène dans les cabarets chics et corrompus de Paris. Comme à l’accoutumée Gabin excelle dans le rôle du truand charmeur avec sa gouaille populaire. La police est quasi inexistante. Seules, deux bandes rivales s’affrontent pour récupérer le fameux Grisbi.
Note : 4 étoiles

Lui :
Magnifique polar à la française, c’est à dire s’attardant à décrire la personnalité, les sentiments de son personnage principal, en l’occurrence un casseur de banque qui doit protéger son butin. Gabin occupe centre du film avec son personnage bourru et taciturne au grand coeur. Grand et brillant malfrat, plein de classe, il tranche avec son complice, terne et gauche, un « perdant ». Le film est certes sans éclat, très classique, mais procure toujours un grand plaisir à regarder, ne serait-ce que pour son atmosphère feutrée et un Gabin magistral. Certainement, l’un des meilleurs films policiers français.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, René Dary, Lino Ventura, Daniel Cauchy, Paul Frankeur, Jeanne Moreau
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Becker sur le site imdb.com.

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2 réflexions sur « Touchez pas au grisbi (1953) de Jacques Becker »

  1. ETUDE DE CARACTERES

    Un mot d’argot, un titre en coup de semonce, et un air lancinant à l’harmonica (Jean Wiener) écouté au juke-box (« Je vais me jouer mon air ») ont déclenché un grand succès le 17/03/54 aux cinémas Colisée et Marivaux (4 200 000 entrées en France) pour ce gros coup de fatigue chez les gangsters de Pigalle qui, après un vol de lingots d’or planqués et convoités par une bande rivale, se rêvent rangés des voitures dans leurs pénates, aspirant retraités : les héros sont bien fatigués.
    Jacques Becker signe un film de facture classique, le plaisir d’une bonne interprétation dans une histoire toute simple, si ce n’est la surprise d’un film au rythme lent, ralenti, en osmose avec l’âge des protagonistes et interprètes et à leur aspiration. Max et Riton, le duo de personnages principaux masculins (l’amitié virile plus forte que tout le reste) affichent chacun 50 piges, et 50 balais en 54 ne ressemblent pas aux cinquantenaires d’aujourd’hui. Max le menteur, alias Jean Gabin, pourquoi le menteur?, est un truand désabusé, blanchi, portant pyjama rayé, se brossant les dents convenablement matin et soir, popote, se préparant des petits frichtis dégustés sur le pouce en douce, portant encore beau mais aspirant au plaisir de ne plus rien faire dans la vie. Dans cette société la femme est juste une utilité de façade et d’hygiène occasionnelle (Jeanne Moreau débutante se contente de recevoir des claques qu’à partir de ce film Gabin va se faire un plaisir autant qu’un devoir – joint à celui du spectateur – de perfectionner sur ses partenaires féminines; on y retrouve donc la virilité silencieuse face à la féminité bavarde)
    « Touchez pas au grisbi » se révèle avant tout une étude de caractères plutôt qu’un film d’action de la série noire ou qu’un décalque du film de gangsters à l’américaine, nul lyrisme, nul style melvillien à venir. Même les images, un peu ternes, participent de cette ambiance, même la langue d’Albert Simonin qu’on a pas mal expurgée pour le grand public de l’époque, s’assèche
    Tout se concentre sur les rapports entre les deux hommes (pemier tandem masculin pour Gabin qui va en ouvrir d’autres à venir : Delon, Belmondo, Ventura, De Funès, Bourvil, Blier, Fernandel.. ) Max le menteur – pourquoi le menteur ? – et Riton, juste deux hommes du milieu qui se dirigent vers la fin
    (le film consacre aussi les débuts de Lino Ventura)
    Si on évoque ici ce film c’est qu’il représente un jalon dans la carrière de Jean Gabin – deuxième époque après la guerre – lui permettant de rebondir, retrouver le succès populaire auprès du public et de la critique, le plaçant sur orbite pour la première place masculine qu’il va occuper encore longtemps dans le coeur du public. De plus le film présenté au festival de Venise avec L’air de Paris de Marcel Carné valent à l’interprète un prix d’interprétation. Le Gabin jeune premier et gueule d’amour de la première époque, première manière, est mort et enterré. On verra souvent désormais à ses cotés de jeunes poulains à lancer et à protéger. Certes il va retrouver encore une fois Carné, Duvivier et Renoir, rencontrer Autant-Lara, Decoin et Audiard, mais peu à peu toute une série de scénarios bâtis autour de sa personne et traités par des cinéastes de moindre envergure vont faire place à un Gabin différent, radicalement opposé à celui de ses débuts, ouvrant la voie vers des personnages assis institutionnellement (juge, banquier, avocat, patron, président…) et vers le patriarche du cinéma français qu’il va devenir
    à suivre donc pour une troisième période

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