11 octobre 2014

Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven

Basic InstinctNick Curran (Michael Douglas) est chargé d’enquêter sur le meurtre d’une ex-rock star. Il fait la rencontre de Catherine Tramell (Sharon Stone), brillante écrivaine de romans policiers, que fréquentait la victime. Face à ses talents de manipulatrice, l’enquêteur est persuadé qu’elle est l’auteur du crime… En réalité, le plus manipulateur dans Basic Instinct est certainement le réalisateur Paul Verhoeven qui a tout fait pour donner une réputation sulfureuse à son thriller et y a parfaitement réussi. Elle s’est bâtie autour de la fameuse scène de l’interrogatoire qui a affolé les sens d’une bonne partie de la gent masculine et sur le magnétisme de Sharon Stone qui venait de poser nue dans Playboy (pari audacieux pour une actrice dont la carrière peinait à démarrer). Si l’on peut être agacé de cette manipulation, il faut reconnaitre au film des qualités dans la mise en place et le déroulement de cette histoire, Verhoeven distillant une tension permanente et passablement électrique. Pour cela, il utilise le thème de la femme manipulatrice et prédatrice.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Michael Douglas, Sharon Stone, George Dzundza, Jeanne Tripplehorn
Voir la fiche du film et la filmographie de Paul Verhoeven sur le site IMDB.

Voir les autres films de Paul Verhoeven chroniqués sur ce blog…

Il a été tourné une suite :
Basic Instinct 2 de Michael Caton-Jones (2006) avec Sharon Stone et David Morrissey (généralement jugée calamiteuse).

3 réflexions sur « Basic Instinct (1992) de Paul Verhoeven »

  1. Ah, sur Basic Instinct, il faut absolument lire l’analyse exaltée de Jacques Saada dans le Guide des Films de Jean Tulard. C’est un grand moment !

    « Dans le somptueux clair-obscur à la Rembrandt d’une vaste chambre en forme d’autel, décorée de vitraux ornés de croix d’apparence celtique, un couple enlacé fait l’amour. Peu à peu, la jeune femme oriente la bataille amoureuse en une dérive rituelle où, chevauchant son partenaire, elle entrave ses poignets avec un foulard de soie blanche en le crucifiant aux montants de leur couche ; puis, se redressant au-dessus de lui, telle la Vénus d’Ille, soulevée par l’orgasme naissant, le visage balayé de ses magnifiques cheveux blonds par un rythme incantatoire, déhanchant son corps sculptural en une véritable parade sexuelle, tend le bras vers un pic à glace dissimulé derrière elle, sous le drap, le saisit en guise de poignard sacrificiel et, avec l’effrayante puissance déployée dans la splendeur cambrée de son corps, l’en frappe à l’instant de l’éjaculation dans un jaillissement de sang, continuant de l’en frapper à coups redoublés avec une sauvagerie guerrière surgie du fond des âges… La victime de cette cérémonie sanglante est un certain Johnny Boz, ange déchu du rock. L’enquête est confiée à l’inspecteur Nick Curran de la police de San Francisco, et à son collègue, Gus Moran. Très vite, leurs investigations vont les mener vers une jeune, riche, brillante et talentueuse romancière blonde, à l’impressionnante beauté, Catherine Tramell, dont la grandiose résidence surplombe, tel un temple, l’océan que reflète son regard. Or, par un phénomène étrange, le déroulement de l’enquête semble pousser les protagonistes à s’entredétruire sous l’emprise de la jeune femme ou à vivre sous sa domination ; plus étrange encore, les romans de Catherine Tramell, comme le fil des Parques, apparaissent sceller le cours des destinées humaines.
    Transcendé, sublimé, par la puissance du génie dramatique et la formidable beauté de Sharon Stone, « Basic Instinct » constitue avec « Sliver » un tournant, la somme dramaturgique charnière de cette fin de siècle dont Sharon Stone est la plus fabuleuse révélation.
    La fascinante puissance du prologue de Basic Instinct prépare l’implacable épilogue de « Sliver » ; son propre épilogue, sans fin, annonçant, grâce à l’intercession divine de Sharon Stone, le retour et la prise de possession mystique de son appartement par Catherine, métamorphosée en Carly, dans « Sliver », à l’instar de Wotan devenu le Voyageur dans Siegfried.
    De « Basic Instinct » ou l’instinct fondamental à « Sliver » ou le chaos des instincts, Sharon Stone est le démiurge de la mise en oeuvre du concept nietzschéen d' »instinct » : ayant, dans « Basic Instinct », imposé le règne de l’instinct fondamental dans l’élan qui détermine le choix de l' »élu » et dans celui que donne la sensation d’avoir été choisi, par la perception de l' »autre », Catherine, devenue momentanément Carly, met fin au chaos des instincts et à l’égarement blasphématoire de ceux qui prétendent jouer à Dieu, en dressant le constat de destruction de leurs ambitions sacrilèges. « Basic Instinct » est, par ailleurs, enrichi d’innombrables points de repère, mythologiques notamment : Catherine méditant devant le bûcher purificateur, au lendemain de la nuit d’amour ; son environnement d’amazones, Roxane, Hazel, Beth ; sa parure précieuse dans les dernières scènes ; l’utilisation du blanc et du noir (les deux Lotus, noire et blanche, de Catherine ; son foulard et son châle, sa robe, son manteau, son tailleur, blancs… ; les vêtements noirs de Roxane) ; le plan final où resplendit le pic-épée comme dans une crypte. Il faudrait décoder chaque plan, voire chaque écran de la « régie » dans « Sliver ».
    Une idéale fusion, proche du drame wagnérien, de tous ses éléments constitutifs – scénario, dialogues, décors, photo, montage, musique, interprétation – portés à leur plus haut point de rigueur par une mise en scène idéale, confère au chef-d’oeuvre de Sharon Stone et Paul Verhoeven les tonalités rarissimes d’une création intimiste et grandiose à la fois.
    Pour incarner le personnage immense, surhumain, unique, le plus absolu de la dramaturgie contemporaine, de Catherine Tramell, il fallait une parfaite adéquation entre un être d’essence supérieure, Sharon Stone, et un rôle impliquant une mission dont la stratégie et la finalité seraient les siennes. Hasard et nécessité, arrivant à son heure, écartant des lois sans force par la force des ses propres lois qui deviendront les nôtres, Sharon Stone donne naissance à un personnage infaillible, aux normes inconnues jusqu’à elle.
    Protectrice du Graal, elle-même déesse, Sharon Stone est vraiment l’envoyée des dieux : Parque ordonnatrice de la vie et la mort, d’une férocité inexpiable à l’encontre de la médiocrité profane, suractivant l’un par l’autre le plaisir des sens et l’intellect, unissant le païen au sacré, le sacral au mystique, l’Occident et l’Orient, Apollon et Dionysos, Éros et Thanatos, la cathédrale et le temple, ouvrant et fermant à volonté celui de Janus dont elle s’approprie les deux visages, pour unir enfin l’Olympe et l’Assemblée où, inversant les rôles, l’ironique déesse provoque de son tribunal, par un légendaire décroisement et croisement de jambes, l’humanité, là où elle en connaît les faiblesses, tout en choisissant l’élu (Nick).
    Réconciliant Sparte et Athènes au soleil de Nietzsche, Sharon Stone déploie, de l’extrême fragilité à l’infinie puissance, une course exploratoire avec la rigueur conceptuelle et le légitime orgueil d’un auteur.
    Transmutant toutes les valeurs par-delà le bien et le mal, Sharon Stone catalyse toutes les potentialités divines et humaines dont nous sommes les comptables depuis Eschyle et Homère. Parque de nos destinées, elle donne naissance à un sur-être dont la volonté de puissance, de pouvoir (Wille zur Macht) n’exclut pas du « surhumain », « l’humain, trop humain ». Son intervention liminaire, d’essence sacrale, le châtiment de l’humanité déclinante prise en la personne de Johnny Boz, déclenche la seule réaction envisageable – une enquête policière – par une société incrédule qui, ayant perdu le sens du message sacral initiatique, ne croit plus qu’au mensonge, seul de nature à suspendre son incrédulité ; cet état de suspension of disbelief auquel Catherine fait allusion, lors d’une scène capitale, dans la voiture qui l’emmène vers son interrogatoire.
    Lorsque ayant semé les « vrais-faux » indices qui lui suffiront à égarer les hommes, à clore l’enquête en refermant la porte sur les certitudes qui satisfont leur logique, la déesse aura estimé sa mission terminée, seule une défaillance humaine de femme amoureuse chez la manipulatrice suprême, telle Mme de Merteuil qui ressentirait soudainement la vulnérabilité de Mme de Tourvel, lui fera surseoir à l’élimination de l’élu d’un moment, sous l’égide menaçante du pic à glace sacrificiel devenu épée de Damoclès.
    Aussi lumineuse que le prélude de Lohengrin, aussi intense que celui de Parsifal, aussi radieuse et majestueuse que le lever du jour et la scène finale du Crépuscule des dieux, Sharon Stone est aussi belle qu’une page de Wagner à laquelle Mozart et Richard Strauss auraient collaboré et dont l’admirable partition qu’elle a su inspirer à Jerry Goldsmith, entièrement structurée à partir des leitmotive de son personnage, nous offre la plénitude. La distinction aristocratique, la force de caractère, la puissante expressivité, les nuances infinies de ses traits, de sa voix, de sa diction, comme sous-tendues par un bonapartisme conquérant, sont aussi décisives dans leur perfection et leur ascendant impérieux que la symphonie Héroïque de Beethoven.
    Sharon Stone nous élève à l’origine de la tragédie par la surnaturelle beauté d’un cérémonial où sa danse sacrale et le rituel incantatoire de sa gestuelle amoureuse s’organisent en une authentique liturgie ; où Circé maîtrisant Ulysse à la pointe de son glaive redonne au monde cette sensation d’absolu qui l’avait abandonné.
    Incarnant cette voisine de palier du Soleil dont rêvait Nietzsche, Sharon Stone, par son charisme, fait partie de ces quelques êtres dont on a le sentiment troublant et fort qu’on les attendait depuis l’aube des temps. Par l’épée, par le feu, par le sang, elle nous entraîne et nous guide à travers les décombres de la décadence contemporaine vers la nouvelle aube, régénératrice, du troisième millénaire. Sa volonté de pouvoir, sa conception du monde, sa Weltanschauung, lui fraient tout naturellement sa voie vers l’ère nouvelle d’une Ordnung personnelle.
    Par la synthèse de Catherine et de Carly, Sharon Stone réalise ainsi le rêve nietzschéen du sur-être aux dimensions infinies, Catherine révélant parfois les fragilités de femme de Carly et l’humaine, trop humaine Carly, rendue plus forte par ce qui ne l’a pas tuée, dressée, telle l’archange saint Michel, face à l’humanité déchue, nous restituant Catherine dans sa toute-puissance. »

  2. Attention : il s’agit de la gent masculine !

    Certes, le T final se prononce, ce qui peut laisser croire à la présence d’un E, mais ce dernier changerait tout ! Une « gente masculine », c’est une femme gentille et masculine :-).

    Nous pouvons rencontrer des gentes dames (= des femmes aimables), mais une gent masculine (= l’ensemble des hommes) et une gent féminine (l’ensemble des femmes). La gente Sharon affole la gent masculine.

    Tant qu’à pinailler, je suppose que Sharon Stone joue une écrivaine de romans policiers, c’est-à-dire qu’elle ne s’est pas contentée d’en écrire un. Mais cela est vraiment secondaire, bien sûr.

    … Et n’hésitez pas à supprimer mon commentaire une fois intégrées ces petites rectifications orthographiques.

  3. @Jacques C : Merci de m’avoir signalé ces erreurs. C’est corrigé.

    @Luc Jardin :
    Ah, le fameux Jacques Saada !!
    Je crois que beaucoup se sont demandé s’il s’agissait d’humour ou pas… Personnellement, je pense que oui. Jacques Saada est probablement un pseudonyme : hormis les analyses des films de Sharon Stone dans le guide de Tulard, ce critique n’a pas (à ma connaissance) écrit d’autres textes. De plus, dans la forme, c’est assez bien écrit, cela ressemble à un exercice de style. Sur le fond, il se lâche vraiment et c’est assez drôle.

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